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Synthèse sur les Dialogues régionaux
Sept dialogues, sept villes
Les dialogues régionaux conduits par le HCR avec des femmes et des jeunes filles réfugiées ont été animés. Chacune des réunions a eu sa propre originalité, mais toutes ont aidé à mettre en avant les problèmes et les défis auxquels sont soumises les femmes et les jeunes filles après avoir été forcées de quitter leur pays d'origine du fait de la violence ou de la persécution. Des recommandations issues de ces dialogues seront communiquées lors de la réunion ministérielle qui se tiendra à Genève en décembre 2011. Un résumé des sept dialogues est présenté ci-dessous.
New Delhi, Inde
Le premier dialogue régional, qui a réuni plus de 200 femmes, hommes et enfants réfugiés d'Afghanistan, de Birmanie et de Somalie s'est déroulé à New Delhi du 8 au 23 novembre 2010. Les femmes ont fait un récit poignant de leur survie et de leurs difficultés à vivre dans un environnement urbain surpeuplé. Elles ont décrit comment elles doivent affronter quotidiennement les problèmes liés aux documents d'identité, à l'accès aux services essentiels et au coût élevé de la vie, sans parler des risques de violence sexuelle et sexiste. Certaines sont exploitées sexuellement ou font l'objet de discrimination salariale, mais elles ont peu de moyens de faire valoir leurs droits.
Les participants ont fait remarquer à quel point les questions liées à la protection sont interdépendantes. La violence sexuelle et sexiste, par exemple, peut résulter d'une combinaison de facteurs - logements dangereux, exploitation au travail, tensions familiales, discrimination, etc.
Les participants ont aussi discuté des moyens, même modestes, de surmonter les problèmes auxquels ils sont confrontés. Ils ont fait des recommandations au gouvernement, au HCR et à ses partenaires opérationnels. L'un des messages à retenir est que les réfugiés sont capables de résoudre leurs propres problèmes si on leur donne accès aux informations et aux ressources adéquates. Ils ne cessent de réclamer leur participation dans la recherche de solutions et que soient mises à profit leur expertise et leurs connaissances.
Medellín, Colombie
Le deuxième dialogue régional s'est déroulé à Medellín, la deuxième ville de Colombie, du 24 janvier au 9 février 2011. Plus de 80 personnes déplacées - femmes, hommes et jeunes filles - étaient présentes. Près de 200 000 personnes déplacées vivent dans la ville, dont 11 000 ayant été forcées de fuir une partie de la ville pour une autre. Le ton de la réunion a été donné quand l'une des participantes a déclaré que lorsqu'une femme déplacée arrive à Medellín, « elle a trois choix : la prostitution, la mendicité ou la famine. »
Les participants ont évoqué les nombreuses menaces qui pèsent sur les femmes et les jeunes filles déplacées à Medellín et dans d'autres zones urbaines - violence, insécurité présence de bandes armées, etc. Beaucoup d'entre elles doivent se prostituer pour survivre. La plupart des personnes déplacées sont pauvres, elles vivent dans des zones défavorisées et ont besoin d'aide. Les femmes prenant part à la discussion ont souhaité que leurs enfants puissent avoir accès à la formation professionnelle et à une meilleure éducation afin d'échapper à la spirale de la pauvreté, de la violence et de l'injustice. Elles ont demandé que des stratégies efficaces soient mises en place pour lutter contre la violence sexuelle et sexiste et permettre aux personnes traumatisées de recevoir une aide psychologique. Elles ont également proposé la création d'un centre communautaire pour femmes où elles pourraient s'entraider et tirer parti de l'expérience des autres. Malgré la situation difficile dans laquelle ils se trouvent, les participants se disent optimistes face à l'avenir.
Amman, Jordanie
Le troisième dialogue régional s'est déroulé à Amman, la capitale jordanienne, du 7 au 22 février 2011. Quelque 130 réfugiés d'Iraq, de Somalie et du Soudan, dont près de 80 femmes, ont assisté à la réunion. Les participants ont tenu à remercier la Jordanie de leur avoir offert un refuge alors que le pays est lui-même confronté à de nombreuses difficultés. Ils ont aussi décrit les multiples problèmes auxquels leurs familles sont confrontées, dont la discrimination et les mauvais traitements, en particulier envers les enfants.
De nombreux réfugiés ont déclaré être dépendants de l'aide parce qu'ils n'ont pas d'argent et sont incapables de travailler. En raison de leurs ressources financières limitées, disent-ils, ils n'ont eu accès qu'à des logements de mauvaise qualité, ce qui a affecté leur santé et a entraîné par la suite des problèmes familiaux comme la violence au foyer, les disputes et la dépression. Les problèmes médicaux représentent une autre difficulté importante étant donné le coût élevé des soins. Le dialogue a permis aux participants de proposer des solutions à leurs problèmes.
Kyangwali, Ouganda
Contrairement aux trois rencontres précédentes, le dialogue qui s'est tenu en Ouganda du 7 au 18 mars s'est déroulé sur le terrain. En effet, plus de 110 réfugiés du Burundi, de la République démocratique du Congo, du Rwanda et du Soudan du Sud, dont 70 femmes, se sont réunis dans le camp de réfugiés de Kyangwali, près du lac Albert, pour discuter d'un large éventail de questions. Tout en étant reconnaissants des terres allouées par le gouvernement, les participants ont dit qu'ils étaient confrontés à de nombreuses difficultés dans leur vie quotidienne. Comme les sources de revenus sont rares, les femmes et les jeunes filles doivent se prostituer pour survivre, tandis que les enfants doivent souvent effectuer des travaux pénibles. Les femmes et les jeunes filles sont aussi confrontées au risque de viol lorsqu'elles vont chercher de l'eau ou du bois de chauffe et les victimes de viol ne reçoivent pas l'aide médicale, psychologique et juridique dont elles ont besoin.
Les participants ont également indiqué que les écoles étaient surpeuplées et qu'il n'y avait pas suffisamment d'enseignants compétents. De nombreux enfants abandonnent l'école après le primaire, parce que leurs parents n'ont pas suffisamment d'argent pour acheter les uniformes ou les fournitures scolaires. Les filles quittent l'école lorsqu'elles se marient ou deviennent enceintes. Les soins de santé sont médiocres et les médicaments rarement disponibles. De nombreuses familles n'ont pas accès à l'eau potable en quantité suffisante, car les puits sont éloignés ou mal entretenus. Les abris sont petits et ils ne comportent souvent qu'une seule pièce.
Les femmes et les hommes qui participaient au dialogue ont demandé davantage d'accès à la formation professionnelle, afin d'améliorer leurs perspectives économiques. Les femmes ont également demandé à participer davantage aux structures dirigeantes et que leurs points de vue soient pris en compte dans la communauté.
Lusaka, Zambie
Plus de 100 réfugiés d'Angola, du Rwanda, de la République démocratique du Congo, du Burundi, de l'Éthiopie et de la Somalie se sont réunis du 6 au 11 avril 2011 à Lusaka, la capitale de la Zambie, pour participer au cinquième dialogue. La violence sexuelle et sexiste a été l'un des principaux points examinés. Les femmes étaient particulièrement préoccupées par le fait que les auteurs de ces crimes restent impunis, en particulier ceux qui sont soupçonnés de viol sur des fillettes âgées d'à peine 4 ans parfois.
Elles ont exprimé leurs craintes à laisser leurs enfants seuls à la maison, ou à envoyer leurs filles dans des écoles surpeuplées où leur protection n'est pas garantie. Elles ont aussi parlé des difficultés causées par le manque de liberté de mouvement, en particulier dans les zones urbaines, et par un accès insuffisant aux soins et au personnel médical ainsi qu'aux médicaments. Certaines cliniques sont tellement éloignées que les gens meurent en chemin. Selon une participante, « il y a de nombreuses grossesses non désirées chez les adolescentes, mais il n'y a pas suffisamment de soins médicaux. Les filles meurent en se rendant à la clinique simplement parce que leurs hanches ne sont pas assez larges ».
Toutes les personnes présentes se sont engagées à mettre en œuvre les recommandations formulées par les femmes réfugiées. Le bureau du HCR continuera à organiser des dialogues et à renforcer l'autonomie des femmes dans les camps. Erika Feller, l'une des dirigeantes du HCR, était sur place et a souhaité que le modèle des dialogues soit repris dans le monde entier.
Camps d'Umpium et de Mae La, Thaïlande
Sur quelque 140 000 réfugiés vivant le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, environ 50% d'entre eux ne sont pas enregistrés, ce qui explique les nombreux problèmes décrits par les 200 réfugiés birmans des camps d'Umpium et de Mae La, en Thaïlande, qui ont participé au sixième dialogue régional du 2 au 13 mai 2011.
« Si je ne suis pas enregistrée, c'est comme si je n'existais pas, je n'ai ni statut, ni droits », a déclaré une femme de l'ethnie karen, qui n'a toujours pas été immatriculée depuis sept ans. Les réfugiés qui ne sont pas enregistrés font face à de nombreux problèmes, dont le manque d'accès à un abri, à la justice et à la nourriture, et la peur constante de subir de la violence ou d'être expulsé de force. Toutes les femmes non enregistrées ont dit ne pas recevoir de serviettes hygiéniques, ce qui pose problème pour aller à l'école ou au travail.
Mais la vie des personnes enregistrées n'est pas vraiment meilleure, disent les participants. Une grande partie de la nourriture qu'ils reçoivent est de mauvaise qualité et insuffisante, et l'accès aux soins médicaux de pointe est presque impossible. Les réfugiés qui sortent des camps pour chercher un emploi risquent de se faire arrêter ou exploiter. Les femmes célibataires chefs de famille disent qu'elles n'ont aucune aide particulière et elles sont souvent obligées de se prostituer en échange de nourriture ou d'un logement pour elles-mêmes et leurs enfants. La violence sexuelle et la violence familiale sont un problème majeur.
De nombreuses suggestions ont été faites pour améliorer la qualité de vie et la dignité des femmes dans les camps - fourniture de serviettes hygiéniques pour toutes, nourriture de meilleure qualité, suivi adéquat des cas de violence sexuelle et sexiste, présence des femmes aux postes de direction et droit d'être enregistrées ou d'obtenir des documents d'identité.
Helsinki, Finlande
Beaucoup de femmes prenant part au dialogue de Helsinki ont souligné leurs difficultés d'intégration. Près de 50 femmes réfugiées d'Afghanistan, d'Iraq, d'Iran, de Somalie, de l'ex-République yougoslave de Macédoine, du Kosovo et de Sri Lanka se sont réunies du 20 au 23 mai 2011 dans la capitale finlandaise pour ce dernier dialogue tenu pour la première fois dans un pays de réinstallation.
Lors de discussions franches et ouvertes, les femmes ont évoqué les difficultés qu'elles rencontrent dans leur vie en société et à la maison alors qu'elles tentent de se réinstaller, qu'elles doivent composer avec le choc culturel et se bâtir une nouvelle vie. Comme les places dans les villes sont limitées, les nouveaux arrivants doivent parfois séjourner pendant plusieurs années dans les centres d'accueil, où il est difficile de s'intégrer, apprendre la langue finlandaise et commencer une nouvelle vie. La réunion familiale peut également prendre un certain temps, ce qui ajoute à l'angoisse et à l'isolement ressentis à l'arrivée.
Les femmes se sont dites préoccupées par les attitudes négatives à l'égard des étrangers, des immigrants et des réfugiés, qui se sont accentuées au cours des derniers mois. Elles sont malgré tout déterminées à ne pas être un fardeau pour la société finlandaise mais, au contraire, à y contribuer grâce aux connaissances et à l'enthousiasme qu'elles peuvent apporter au travail.