Profil d'opérations 2013 - Soudan
Environnement opérationnel
Contexte
L'environnement opérationnel au Soudan, marqué par d'incessants déplacements et mouvements de population, est particulièrement difficile. L'action du HCR dans le pays porte sur quatre situations distinctes : Khartoum, les zones visées par des protocoles spéciaux, le Soudan oriental et le Darfour. La population relevant de la compétence du HCR comprend environ 2,3 millions de déplacés internes, quelque 140 000 réfugiés, 7 000 demandeurs d'asile et, selon les estimations, des centaines de milliers de personnes risquant de devenir apatrides. La plupart sont des réfugiés originaires d'Erythrée, d'Ethiopie, du Tchad, de République démocratique du Congo (RDC) et de Somalie, mais il y aussi une importante population de déplacés internes au Darfour, à Khartoum et au Soudan oriental.
En 2012, le HCR a lancé avec succès l'Initiative pour des solutions transitoires, de concert avec le PNUD et la Banque mondiale et en étroit partenariat avec le Gouvernement soudanais, afin de promouvoir l'autosuffisance de quelque 77 000 réfugiés de longue date au Soudan oriental. Le HCR a également entrepris de mettre en œuvre, avec l'OIM et les autorités locales, un projet destiné à lutter contre la traite, le trafic et l'enlèvement de réfugiés et de demandeurs d'asile au Soudan oriental.
Depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, les désaccords sur la répartition des ressources pétrolières entre le Soudan et le Soudan du Sud ainsi que l'arrêt des exportations de pétrole ont provoqué une forte inflation au Soudan. En outre, les combats qui ont troublé les trois zones visées par des protocoles ont entraîné des déplacements internes dans les régions frontalières, ainsi que des exodes massifs de réfugiés vers l'Ethiopie et le Soudan du Sud en 2011 et 2012.
Le Document de Doha pour la paix au Darfour, signé par le Gouvernement et l'un des groupes rebelles en 2011, et le mouvement ininterrompu de retour volontaire des déplacés internes et des réfugiés constituent des évolutions prometteuses. Néanmoins, les violences qui ont éclaté au Darfour en juillet et en août 2012 ont entraîné de nouveaux déplacements internes.
A la suite de la sécession du Soudan du Sud, les individus d'origine sud-soudanaise qui résidaient au Soudan se sont vu retirer automatiquement la nationalité soudanaise. Le HCR s'emploie à réduire le risque d'apatridie pour ces groupes en aidant le Gouvernement du Soudan du Sud à délivrer des documents à ses ressortissants au Soudan.
En avril 2012, le HCR a assumé la responsabilité du secteur des abris d'urgence/articles non alimentaires au Soudan, y compris la chaîne commune d'acheminement de l'aide humanitaire pour le Darfour. Néanmoins, du mois d'avril au mois d'août 2012, les restrictions imposées par les autorités sur la circulation des articles non alimentaires entre les entrepôts et les régions de déplacement ont eu un impact sur la capacité du Haut Commissariat et de ses partenaires à venir en aide aux personnes relevant de la compétence du HCR.
Besoins
Au Soudan oriental, les réfugiés et la communauté locale souffrent d'une pauvreté aiguë et d'un manque d'accès aux soins médicaux, à l'éducation et à l'emploi. Les réfugiés sont également confrontés à des difficultés d'intégration sur place et à l'heure actuelle, il n'y a pas de possibilités de rapatriement librement consenti. La sécheresse persistante a dégradé les terres et réduit la superficie des pâturages, entraînant une malnutrition chez les réfugiés et au sein des communautés d'accueil. Parallèlement, 1 800 nouveaux réfugiés et demandeurs d'asile arrivent chaque mois dans le pays bravent des trafiquants, des passeurs et des kidnappeurs qui n'hésitent pas à recourir à la violence.
Au Darfour, bien que de nombreux déplacés internes soient rentrés dans leur localité d'origine, la plupart des zones de retour manquent toujours des services et des infrastructures les plus indispensables, et quelque 2,3 millions de personnes sont encore déplacées. Environ 34 000 Tchadiens réfugiés au Darfour, dont 8 000 accueillis dans des camps, ont également besoin d'une aide essentielle.
Les questions post-indépendance non résolues ont entraîné des combats et des déplacements dans les trois zones visées par des protocoles spéciaux. Les déplacés souffrent de malnutrition et d'un manque d'accès aux services essentiels en raison de l'interruption du cycle de production agricole et de la paralysie des services sociaux.
Des centaines de milliers de Sud-Soudanais vivent encore au Soudan. Ils sont d'origine mixte, soudanaise et sud-soudanaise, ou d'origine inconnue, mais sont dans l'incapacité de prouver leur nationalité et sont par conséquent exposés à un risque d'apatridie.
| 2013 Chiffres HCR prévisionnels pour le Soudan | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| TYPE DE POPULATION | ORIGINE | JAN 2013 | DEC 2013 | ||
| TOTAL DANS LE PAYS | NB PERS. ASSISTEES PAR LE HCR |
TOTAL DANS LE PAYS | NB PERS. ASSISTEES PAR LE HCR |
||
| Total | 2 828 650 | 1 874 340 | 2 954 950 | 1 975 140 | |
| Réfugiés | Tchad | 8 300 | 8 300 | 8 500 | 8 500 |
| Erythrée | 115 000 | 88 500 | 125 000 | 69 000 | |
| Ethiopie | 5 000 | 550 | 5 500 | 600 | |
| Pays divers | 600 | 120 | 800 | 150 | |
| Apparentés réfugiés | Tchad | 25 000 | 10 000 | 15 000 | 5 000 |
| Pays divers | 3 000 | 1 500 | 3 000 | 1 500 | |
| Demandeurs d'asile | RDC | 150 | 150 | 100 | 100 |
| Erythrée | 2 600 | 50 | 2 800 | 80 | |
| Ethiopie | 3 300 | 70 | 3 500 | 100 | |
| Pays divers | 700 | 100 | 750 | 110 | |
| Réfugiés rapatriés | Soudan | 20 000 | 20 000 | 80 000 | 80 000 |
| Déplacés internes | Soudan | 2 300 000 | 1 400 000 | 2 300 000 | 1 400 000 |
| Déplacés de retour | Soudan | 345 000 | 345 000 | 410 000 | 410 000 |
Objectifs et cibles prioritaires en 2013
Autonomisation et autogestion communautaires
L'accès aux services financiers est facilité et une formation professionnelle assurée.
-
Les réfugiés au Soudan oriental ont davantage accès aux moyens de subsistance et à la formation professionnelle.
-
Quelque 3 400 réfugiés au Soudan oriental ont davantage accès aux services financiers (y compris aux prêts).
Environnement de protection favorable
Des lois et des politiques sont élaborées ou renforcées.
-
Au Soudan, la législation et les pratiques en matière d'apatridie sont conformes aux normes internationales.
Processus de protection et documents adéquats
La qualité de l'enregistrement et du profilage est améliorée ou maintenue.
-
Quelque 85 pour cent des réfugiés sont enregistrés individuellement.
Sécurité face à la violence et à l'exploitation
La protection et la prise en charge des nouveaux arrivants, en particulier des victimes du trafic ou de la traite sont renforcées.
-
Toutes les victimes identifiées de la traite des êtres humains, d'enlèvements, de traumatismes et/ou de violences sexuelles, ainsi que tous les enfants non accompagnés ou séparés, sont protégés, enregistrés individuellement et transférés vers les services pertinents.
Besoins de base et services essentiels
Une éducation primaire et secondaire est offerte aux réfugiés.
-
Dans les camps, tous les enfants des tranches d'âge correspondantes sont scolarisés dans le primaire ou dans le secondaire.
Des abris et des infrastructures sont construits, améliorés ou entretenus.
-
Quelque 90 pour cent des réfugiés accueillis dans les camps du Soudan oriental et du Darfour vivent dans des logements convenables.
L'approvisionnement en eau potable est amélioré ou maintenu.
-
Environ 90 pour cent des réfugiés au Darfour et au Soudan oriental reçoivent 20 litres d'eau potable par personne et par jour.
Solutions durables
Tout le potentiel en matière de retour volontaire est réalisé.
-
Tous les déplacés internes au Darfour qui ont l'intention de rentrer en 2013 le font de leur plein gré.
-
Quelque 700 missions de suivi sur le terrain sont entreprises.
-
Les programmes destinés à promouvoir la coexistence sont encouragés avec l'aide des acteurs du développement, des acteurs gouvernementaux et autres partenaires.
Stratégie et activités en 2013
Au Soudan oriental, le HCR entend promouvoir l'intégration socio-économique des réfugiés dans la région en mettant en œuvre des projets d'autosuffisance et de renforcement des moyens de subsistance. De concert avec le PNUD et la Banque mondiale, le HCR mettra en œuvre l'Initiative pour des solutions transitoires afin de stimuler l'autosuffisance, qui est la solution la plus viable pour cette population. Les nouveaux arrivants recevront des abris et bénéficieront de services essentiels. Tout au long de l'année 2013, le HCR et l'OIM exécuteront conjointement un projet pour lutter contre le trafic, la traite et l'enlèvement des demandeurs d'asile au Soudan oriental.
Le HCR luttera contre l'apatridie en offrant des conseils techniques aux autorités soudanaises et en aidant le Gouvernement sud-soudanais à délivrer des papiers d'identité au Soudan. Il surveillera également la protection des personnes qui risquent de devenir apatrides. L'Organisation continuera à recommander d'offrir une assistance aux Sud-Soudanais bloqués aux points de départ, à assurer le suivi de la protection et à dispenser une aide essentielle aux individus très vulnérables en 2013. Elle aidera les autorités à répondre aux besoins des réfugiés urbains en matière de détermination du statut, de documents, d'articles de première nécessité et d'emploi.
Au Darfour, le HCR offrira une aide en matière de nutrition, de santé et de moyens de subsistance aux réfugiés vivant dans des camps. Il prêtera son concours à son homologue gouvernemental, le Commissaire aux réfugiés, pour faciliter la délivrance de documents aux réfugiés. Le HCR veillera également à ce que les fonctionnaires locaux soient mieux en mesure d'offrir une protection juridique et physique adéquate aux déplacés internes, aux réfugiés et aux demandeurs d'asile en les formant au droit des réfugiés, à la détermination du statut de réfugié et à l'enregistrement, ainsi qu'en les aidant à se familiariser avec les Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l'intérieur de leur propre pays.
En collaboration avec ses partenaires, le HCR s'attachera à promouvoir la confiance et la réconciliation entre les communautés voisines, notamment entre les nomades et les agriculteurs qui se disputent des ressources rares. En tant que chef de file des secteurs protection et abris d'urgence/articles non alimentaires, et co-chef de file pour le retour des déplacés internes, le HCR coordonnera les interventions humanitaires destinées à combler les lacunes dans ces domaines.
L'accès aux trois zones visées par des protocoles spéciaux reste problématique mais le HCR continuera de codiriger le secteur de la protection avec le ministère du Bien-être et de la sécurité sociale. Alors que les autres partenaires humanitaires réduisent leurs opérations au Darfour, le HCR maintient une présence sans équivalent dans des localités reculées, opérant par l'intermédiaire de sept bureaux de terrain qui ont mené plus de 700 missions en 2011.
Contraintes
Bien que le Gouvernement du Soudan ait autorisé certaines organisations humanitaires à revenir dans les trois régions visées par des protocoles spéciaux en 2012, les zones d'activité ont été restreintes. En outre, le niveau élevé d'insécurité a entravé les efforts visant à venir en aide aux personnes touchées par les violences. Il est probable que des tensions non résolues continuent de générer des conflits en 2013, particulièrement dans les Etats du Nil bleu et du Kordofan méridional, entraînant de nouveaux déplacements et des exodes de réfugiés vers le Soudan du Sud.
Bien que les conditions générales de sécurité se soient améliorées au Darfour, en particulier au Darfour-Ouest, certaines régions sont toujours troublées par des combats sporadiques et la criminalité a augmenté, de sorte que des pirates de la route attaquent à présent des véhicules et que des humanitaires se font enlever. Cette situation engendre de nouveaux déplacements et entrave l'accès des travailleurs humanitaires aux populations relevant de la compétence du HCR. Le manque de services essentiels dans les zones de retour décourage également les personnes qui souhaiteraient rentrer.
Organisation et mise en œuvre
Coordination
Le HCR poursuivra sa collaboration avec les autorités locales et des entités du Gouvernement central comme les ministères de l'Intérieur, des Affaires étrangères et de la Justice. En tant que chef de file sectoriel, le HCR coordonnera les interventions relatives à la protection, aux abris d'urgence et articles non alimentaires, aux retours et à la réintégration. L'Organisation travaillera avec ses partenaires habituels, le PAM, le FNUAP, l'UNICEF et le BCAH, tout en renforçant ses alliances avec les ONG internationales et nationales. Ces dernières jouent un rôle crucial en offrant protection et assistance dans les régions où l'accès du HCR est limité.
Au Soudan oriental, le HCR renforcera son partenariat avec le PNUD et la Banque mondiale dans le cadre de l'Initiative pour des solutions transitoires. Il travaillera également avec l'OIM pour lutter contre les problèmes de traite des êtres humains. En qualité de chef de file du secteur de la protection, le HCR collaborera avec les chefs de file de sous-modules tels que le FNUAP, chargé des violences sexistes, et l'UNICEF, responsable de la protection de l'enfance. Au Darfour, le HCR participera aux travaux du Mécanisme de vérification commun.
Informations financières
Entre 2008 et 2011, le budget total pour le Soudan est passé de 110 millions à 232,5 millions de dollars E.-U., du fait de l'augmentation constante des programmes tant annuels que supplémentaires. La forte diminution observée en 2012, avec un budget établi à 133,9 millions de dollars E.-U., est en réalité imputable à la séparation du Soudan et du Soudan du Sud. En 2013, les besoins au Soudan sont estimés à 116,7 millions de dollars E.-U.

