La violence à Bangui provoque de nouveaux déplacements en République centrafricaine

Articles d'actualité, 1 avril 2014

© HCR/A.Greco
Ce déplacé a trouvé abri avec ses amis dans une église dans une ville au nord de Bangui.

BANGUI, République centrafricaine, 1er avril (HCR) Une nouvelle vague de violence s'est abattue sur Bangui cette semaine, forçant environ 16 000 personnes à fuir en quête de sécurité au sein de la République centrafricaine (RCA).

La capitale en proie aux violences a été le théâtre d'une intensification des attaques commises principalement par des milices anti-balaka sur les populations musulmanes et des troupes de l'Union africaine qui les protègent. Par ailleurs, la semaine dernière, à Bangui, un groupe de jeunes musulmans a attaqué des chrétiens durant une cérémonie de funérailles et ils ont tué 20 personnes parmi les présents.

Le renouveau des violences intercommunautaires a provoqué de nouveaux déplacements dans le pays et au-delà de ses frontières. Depuis les attaques dans la capitale en début de cette semaine, le nombre des personnes déplacées internes en RCA a augmenté et comprend désormais 637 000 individus, y compris 207 000 à Bangui. Ce chiffre représente une hausse d'environ 16 000 personnes.

Au pic de la crise, près d'un million de personnes étaient déplacées par les violences à l'intérieur de la République centrafricaine, y compris 700 000 à Bangui. Plus de 2 000 personnes ont été tuées dans le conflit entre les combattants seleka et anti-balaka depuis décembre 2013.

Les forces anti-balaka contrôlent les principales routes depuis et vers Bangui ainsi que beaucoup de villes et villages dans le sud-ouest du pays. Les anti-balaka menacent tout particulièrement les musulmans dans le quartier PK12 de Bangui, à Boda, Carnot et Berberati, dans l'ouest de Bangui et dans la ville de Bossangoa, plus au nord.

« Nous craignons pour la vie de 19 000 musulmans dans ces localités. Le HCR est prêt à aider à leur évacuation vers des zones plus sûres à l'intérieur ou à l'extérieur du pays », a déclaré la porte-parole du HCR Fatoumata Lejeune-Kaba aux journalistes à Genève mardi.

« Les représentants de la population musulmane à Boda ont indiqué à notre personnel la semaine dernière qu'ils se sentaient pris au piège et que la présence et la protection assurées par les troupes françaises les avaient jusqu'ici empêchés de se faire tuer. Ils ont ajouté que leur liberté de mouvement est restreinte et ils demandent un transfert vers un lieu plus sûr », a-t-elle ajouté.

Beaucoup de Chrétiens à Boda craignent également les miliciens anti-Balaka, qui opèrent en toute impunité.

Le HCR et ses partenaires s'apprêtent à envoyer du personnel vers cette zone cette semaine pour établir une présence humanitaire et livrer de l'aide aux personnes menacées à Boda et Carnot. Parallèlement, le HCR étudie la possibilité de leur réinstallation à Kabo et Moyen Sido dans le nord du pays.

La ville de Bemal, également au nord, a été identifiée pour y transférer des communautés menacées. Une mission conjointe du HCR et du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) s'y rend aujourd'hui pour discuter avec des jeunes de la région qui s'inquiètent de leur sécurité, en cas de transfert.

Parallèlement, les réfugiés, pour la plupart des musulmans, continuent d'affluer dans les pays voisins de la République centrafricaine. Ces trois derniers mois, plus de 82 000 Centrafricains ont trouvé refuge au Cameroun, en République démocratique du Congo, au Congo et au Tchad.

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Edwige fait face à la perte en s'activant et en aidant les autres dans le camp de Mole

Edwige Kpomako est une femme pressée; mais cette énergie aide également cette réfugiée originaire de République centrafricaine (RCA) à faire face à la tragédie qui l'a forcée à fuir vers le nord de la République démocratique du Congo (RDC) en 2013. Avant que la violence ne ravage de nouveau son pays en 2012, la jeune femme de 25 ans étudiait en Master de littérature américaine à Bangui, et sa vie était tournée vers l'avenir. « J'ai commencé ma thèse sur l'oeuvre d'Arthur Miller mais, à cause de la situation en RCA…. », explique-t-elle, sans pouvoir terminer sa phrase. A la place, elle a dû fuir précipitamment en RDC avec un frère plus jeune, mais son fiancé et un fils de 10 ans ont été tués dans les violences intercommunautaires en RCA.

Après avoir franchi le fleuve Oubangui vers la RDC, Edwige a été transférée vers Mole, un camp qui héberge plus de 13 000 réfugiés. Tentant désespérément d'avancer dans la vie et de rester active, elle a commencé à aider les autres, à assumer un rôle de direction et à participer à des activités communautaires, notamment la capoeira, un art martial brésilien. Elle dirige le comité des femmes, s'engage dans des activités visant à combattre la violence sexuelle et agit comme officier de liaison au centre de santé. Elle donne aussi des cours et tient un petit commerce en vendant des crèmes pour le visage. « J'ai découvert que je n'étais pas faible », déclare Edwige, en restant optimiste. Elle est certaine que son pays va sortir de son cauchemar et se reconstruire et qu'elle deviendra un jour une avocate spécialisée dans la défense des droits humains au service des réfugiés.

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Joie en demi-teinte pour les retrouvailles d'une famille de réfugiés centrafricains

La violence et les conflits en République centrafricaine ont forcé des centaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers depuis la mi-décembre. Beaucoup ont trouvé refuge dans les pays voisins, y compris 80 000 personnes au Cameroun. Avec le traumatisme et la confusion causés par les déplacements de populations, des familles sont séparées. Les réfugiés font face à de nombreux dangers sur le chemin de la sécurité, et leur voyage peut durer plusieurs semaines. Ramatou, une mère de 11 enfants âgée de 45 ans, a été séparée de trois de ses fils et de son mari quand des miliciens ont attaqué son village en janvier. Elle est partie en courant avec huit enfants et elle a fini par rejoindre le Cameroun avec l'aide des troupes de l'Union africaine pour le maintien de la paix. Son mari et ses trois fils ont couru dans une autre direction. Ils ont enduré de nombreuses épreuves dans la brousse, et ont été séparés à nouveau. Plus tôt ce mois-ci, Ramatou a retrouvé ses deux cadets dans le camp de réfugiés de Mbile au Cameroun. Elle était ravie, mais aussi consternée de les voir non accompagnés. Elle espère revoir bientôt son mari et son fils aîné. Le photographe Fred Noy a assisté à leurs retrouvailles émouvantes.

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Les enfants réfugiés centrafricains tout juste arrivés au Cameroun souffrent de malnutrition

Les réfugiés centrafricains arrivent au Cameroun en nombre croissant, dans un état de grande faiblesse physique. Ils passent des semaines voire des mois cachés dans la brousse, où il leur était difficile de trouver de la nourriture et de l'eau. Ils dorment en plein air. Ils ne peuvent pas retourner chez eux. Parmi ces réfugiés, les plus vulnérables sont les enfants âgés de moins de cinq ans. Rencontrer ces enfants émaciés est bouleversant. Ils ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence après s'être nourris de racines et de feuilles. Selon les estimations, environ 40% des enfants récemment arrivés souffrent de malnutrition. Pour certains, le voyage est de trop. Le HCR aide à sauver des vies dans l'est du Cameroun. Avec Médecins Sans Frontières, le HCR appuie un centre d'aide nutritionnelle à Batouri. MSF y envoie des enfants depuis son dispensaire de la ville frontalière de Gbiti, où se trouvent environ 20 000 sur les 80 000 réfugiés centrafricains arrivés au Cameroun. Le dispensaire de Gbiti est débordé. Les partenaires étendent la capacité du centre d'aide nutritionnelle, qui traite environ 100 enfants. Davantage encore arrivent chaque jour et le HCR a monté des tentes pour y abriter les enfants et leurs Mamans. Le photographe Frédéric Noy s'est rendu la semaine dernière à Gbiti et Batouri. Il y a capturé la série suivante d'images saisissantes et évocatrices.

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Lors d'une mission en République centrafricaine, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a décrit la violence et le déplacement forcé survenant dans le pays comme étant une tragédie silencieuse.
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La guerre se déroulant en République centrafricaine a reçu peu d'attention de la part des médias, en comparaison avec le conflit du Darfour, alors que ses effets sont semblables. Plus de 17 000 Centrafricains ont traversé la frontière vers le Tchad depuis janvier 2009, portant ainsi le total des réfugiés centrafricains à près de 70 000 dans ce pays.