En mission de sauvetage avec la marine italienne en haute mer

Articles d'actualité, 21 mars 2014

© HCR/A.D'Amato
Ce navire de débarquement de la marine italienne transporte 186 personnes secourues en mer. Il les transfèrera dans un bateau plus grand qui les conduira jusqu'à la terre ferme.

A BORD DU SAN GIUSTO, Mer Méditerranée, 21 mars (HCR) Les vents et les vagues décident du destin de ceux qui fuient à travers la Méditerranée. Quand les rafales soufflent du nord au sud et que la houle se déchaîne au large de la côte libyenne, les demandeurs d'asile restent cachés dans de petites maisons avec leurs passeurs. Mais quand le temps s'éclaircit et que les courants atmosphériques soufflent du sud au nord, ils se regroupent au bord de la mer pour embarquer sur des bateaux pneumatiques gris et des barques en bois colorées et mettent le cap vers l'horizon marin.

Ils viennent de Syrie, du Mali, du Soudan, de Gambie, de Somalie et de la République centrafricaine, le pays le plus au sud parmi les pays d'origine. Ils se poussent les uns contre les autres et contre les bords fragiles de leurs embarcations impropres à la navigation. Ils ont payé 1 500 dollars chacun pour embarquer sur ces bateaux le long des plages voisines de Tripoli, en Libye, et faire un aller simple vers un bout de terre italien sur l'île de Lampedusa, la porte d'entrée pour l'Europe.

Les bons jours, leurs bateaux, équipés de moteurs d'une puissance de 40 chevaux, peuvent filer quatre nœuds à l'heure. S'ils ont de la chance, les passeurs auront prévu une lumière à bord d'un des bateaux. S'ils ont encore plus de chance, quelqu'un aura un téléphone satellite pour appeler les autorités italiennes après avoir dépassé les eaux territoriales libyennes de 12 milles.

Si les eaux le long des côtes sont invariablement calmes, les hautes mers sont souvent peu clémentes. Au fil des années, des milliers de demandeurs d'asile ont péri dans le bras de mer de 190 milles entre Tripoli et Lampedusa.

Mais il a fallu une terrible catastrophe pour que des mesures soient prises. Celle-ci s'est produite la nuit du 3 octobre 2013, lorsque 368 Erythréens ont péri après que leur bateau a chaviré à portée de vue de l'île de Lampedusa, suivie peu après de la noyade de 232 Syriens qui tentaient d'atteindre l'Europe. Leur mort a provoqué un tollé général et a poussé le gouvernement italien à lancer une mission de sauvetage.

Une flottille de cinq navires de la marine, menée par le « San Giusto » et composée de plus de 850 membres d'équipage, a été constituée et a depuis lors secouru plus de 10 000 personnes, dont plus de 600 femmes et 1 000 enfants. Cette semaine encore, les Italiens ont porté secours à au moins 2 000 personnes qui se trouvaient à bord de plus d'une douzaine d'embarcations surchargées, les embarcations profitant des conditions météorologiques favorables pour entreprendre la traversée.

Il faut une journée au San Giusto, un avion de transport militaire de 8 200 tonnes, pour parcourir pesamment les eaux entre Lampedusa et la côte libyenne. Le bateau est conçu pour accueillir jusqu'à 500 personnes. Mais en mission il peut prendre 820 réfugiés, en plus de son équipage normal de 300 marins. Les ressources sont utilisées au maximum, mais il n'y a pas d'autre choix. « Nous prenons autant de personnes que possible », explique Mario Mattesi, le capitaine du San Giusto. « Nous n'abandonnons personne ».

Mario Mattesi, qui conduit une Harley Davidson quand il est sur la terre ferme, a commencé dans l'aéronavale, pilotant des hélicoptères pour la force de maintien de la paix de l'ONU en ex-Yougoslavie en 1993 et en Somalie en 1994. Au cours de sa brillante carrière, il a aussi commandé une frégate, mais le capitaine de 50 ans considère la protection des réfugiés comme l'une des plus importantes missions auxquelles il a participé.

« Les personnes que nous sauvons sont absolument désespérées », déclare-t-il. « Vous pouvez lire la peur et le stress sur leur visage, en particulier le visage des enfants. Ils sont prêts à risquer leur vie simplement pour avoir une petite chance de vivre dignement et de dormir en paix ».

Sauver des personnes terrifiées et meurtries sur le plan émotionnel, entassées dans des embarcations branlantes et les transférer vers de grands navires de la marine nécessitent de la coordination et des compétences. Le radar du navire scrute la mer. Les hélicoptères effectuent des missions de reconnaissance.

Pendant ce temps, les grands navires envoient de petits bateaux de patrouille chercher les migrants et les ramener vers les navires. Parfois les personnes en détresse sur les bateaux appellent la marine italienne à l'aide au moyen d'un téléphone satellite. Le commandement italien note le signalement GPS de la compagnie de téléphonie et lance une opération de sauvetage.

Ils ont toujours du travail, surtout quand il fait beau. Récemment, un lundi matin à 11h52, le lieutenant Enea Naldi a décollé du pont du San Giusto dans son hélicoptère EH-101 et s'est stabilisé à 1 000 mètres environ. A cette altitude, il peut scruter la mer sur un rayon de 80 milles. Il est rapidement descendu en-dessous des nuages, à environ 300 mètres d'altitude, pour examiner de plus près un petit bateau ballotté par les vagues. C'était un chalutier et l'hélicoptère s'est de nouveau élevé dans les airs.

« Quand la mer est d'huile, nous pouvons les repérer [les bateaux des passeurs], déclare le lieutenant Naldi. « Mais quand il y a des vagues, ce n'est pas facile ». Le lieutenant Naldi explique que les bateaux en bois sont les plus faciles à trouver dans l'eau. En même temps, trouver une personne passée par-dessus bord est quasiment impossible. Après deux heures dans les airs, l'hélicoptère est retourné vers le navire.

Un autre jour, la frégate de sauvetage Grecale a localisé une petite embarcation en bois au large de la côte après qu'une personne à bord a contacté la Croix-Rouge italienne. Un skiff a été lancé, l'équipage s'est muni des coordonnées du bateau et a rapidement découvert 219 personnes entassées sur une minuscule embarcation bleu et blanc.

Les passagers comprenaient six familles syriennes, des Ethiopiens, des Maliens, des Népalais, des Nigérians, des Pakistanais et des Soudanais. Ils ont été acheminés vers le San Giusto et confié aux soins de Tiziana Manisco, un médecin de 30 ans.

Dans le groupe se trouvaient deux femmes enceintes et un homme souffrant d'une maladie cardiaque. La plupart se remettaient du mal de mer. Leurs vêtements étaient trempés et beaucoup n'avaient pas de chaussures. Certains avaient des blessures non soignées.

Le docteur Manisco les a examinés et leur a donné des médicaments si nécessaire. Beaucoup expriment leur reconnaissance envers le médecin pour l'attention qu'il leur accorde. Il y a plusieurs mois, une femme qui avait accouché de jumeaux juste après avoir été secourue par le San Giusto a choisi d'appeler ses fils « Santino » et « Giustino ».

Au pont inférieur, Musio Rocco, 49 ans, a préparé un repas typiquement italien pour les 219 personnes pleines de gratitude pour avoir été sauvées de la mer. « Ici nous faisons la cuisine avec amour », déclare le chef cuisinier du navire dont l'équipe avait préparé un « pomodori gratinati » (gratin de tomates). Il y aura des pâtes et de la pizza pour le dîner pas de porc pour les survivants majoritairement musulmans.

« Ici, à bord, nous voulons qu'ils sachent ce que c'est d'être en Italie », affirme Musio Rocco. « Ils mangeront la même chose que nous.».

Par Greg Beals, à bord du San Giusto, Mer Méditerranée

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