Retrouvailles aigres-douces en Sicile pour une famille syrienne rescapée d'un naufrage en Méditerranée

Articles d'actualité, 13 novembre 2013

© HCR/P.Tesoriero
Deux des enfants appartenant à des familles syriennes récemment réunies explorent les rues de Sant'Angelo Muxaro, où a eu lieu le regroupement familial.

SANT'ANGELO MUXARO, Italie, 12 novembre (HCR) Lors d'une soirée chargée en émotion au début de ce mois, quatre familles ont récemment été réunies dans une commune sicilienne, loin de leur pays déchiré par le conflit. Ils ont tous vécu une terrible tragédie en mer.

Les 13 réfugiés syriens ayant bénéficié de ce regroupement familial organisé dans une salle de la mairie de Sant'Angelo Muxaro étaient passagers d'un bateau de passeurs qui se dirigeait vers l'Europe. L'embarcation avait fait naufrage le 11 octobre dernier, à environ 95 kilomètres de l'île de Lampedusa, le territoire le plus méridional de l'Italie. Les garde-côtes italiens et la marine maltaise ont réussi à secourir 211 personnes, mais 27 corps sans vie avaient été retrouvés et plus de 250 personnes sont portées disparues en Méditerranée.

Dans la confusion, des familles ont été séparées. Les enfants non accompagnés ont été pris en charge et transportés vers la Sicile. Les adultes ont, eux, été transportés vers Malte. L'attente de nouvelles sur le devenir des proches a été une épreuve. Les familles réunies à Sant'Angelo Muxaro ont été prévenues, dès que cela a été possible, sur le sort de leurs proches qui avaient été transportés ailleurs.

Ces retrouvailles ont été douces-amères pour certains et une expérience éprouvante pour tous après un long voyage pour rejoindre la ville qui va désormais devenir leur lieu d'hébergement temporaire, dans le cadre d'un programme gouvernemental italien. Farah* a failli perdre connaissance quand elle a reconnu sa fille à la fenêtre d'un bus après un trajet de trois heures vers Sant'Angelo Muxaro. Hashim a pleuré de joie et de douleur tout en tenant dans ses bras Dawud, deux ans. La mère du petit garçon s'est noyée durant la tragédie au cours de la traversée qui devait les amener en lieu sûr après avoir fui la violence déchirant la Syrie. Plus de deux millions de personnes ont fui vers d'autres pays de la région.

Farah, son mari Jaber, et Hashim faisaient partie d'un groupe de six adultes et un enfant qui ont été transportés depuis Malte vers la Sicile environ trois semaines après la tragédie en mer. Ce transport s'est effectué grâce à l'aide conjointe du HCR et de ses partenaires, y compris les autorités italiennes et maltaises, la Croix-Rouge italienne, l'Organisation internationale pour les migrations, Save the Children et le Jesuit Refugee Service.

Les procédures administratives habituelles ont été accélérées, mais les sept personnes à Malte Farah, Jaber, Hashim, Rashid, Ilham, Issam et son fils Labib ont dû rassembler des documents et passer des tests ADN selon la décision d'un tribunal pour enfants en Sicile.

« Les procédures ont été très complexes du fait de la présence d'enfants dans cette affaire », a indiqué Laurens Jolles, Représentant régional du HCR, tout en remerciant toutes les personnes ayant travaillé pour permettre ce regroupement familial dans un temps aussi limité. « Nous sommes ravis de voir que ce regroupement familial s'est finalement effectué », a-t-il ajouté.

Après les démarches administratives, le groupe de Malte a été transporté par avion depuis La Vallette avec un membre du personnel du HCR. L'émotion était palpable alors qu'ils se préparaient à quitter La Vallette. « Peu importe que ce soit en Italie ou à Malte, je veux juste retrouver Amira », a répété Farah plusieurs fois à l'aéroport.

Dans l'avion vers Catane, dans l'est de la Sicile, Labib, quatre ans, s'est endormi. Il n'avait pas conscience de l'importance de la réunion à venir avec son frère Abdel. Mais son père, Issam, n'a cessé de demander des nouvelles concernant sa femme et leurs deux autres enfants, qui sont portés disparus. L'excitation était à son comble lors du trajet en route vers Sant'Angelo Muxaro. « C'est loin ? Quand arrivons-nous ? », n'ont cessé de demander Rachid et Ilham, qui ont finalement retrouvé leurs trois jeunes enfants, y compris un bébé de 10 mois.

Les quatre familles vont bénéficier d'un programme de réception, dans le cadre du Système italien pour la Protection des demandeurs d'asile et des réfugiés. Ils peuvent vivre où ils veulent en Italie durant l'examen de leur demande d'asile. Les familles reçoivent un abri, de la nourriture, des vêtements, une allocation d'aide financière et des cours de langue. Ils peuvent également accéder à la gratuité de l'éducation et des soins de santé. Ils bénéficieront de ce programme pour plus d'un an.

Parallèlement, certains enfants ont déjà commencé à adopter la culture italienne et à parler italien. « Machinina, machinina », a dit Abdel à son frère, en pointant du doigt une voiture miniature avec laquelle ils jouaient. Même Issam, leur père, est déterminé pour son insertion dans le pays. « Je vais apprendre l'italien », a-t-il promis.

* Les noms des réfugiés sont fictifs pour des raisons de protection

Par Pietro Tesoriero et Anouar Belrhazi à Sant'Angelo Muxaro, Italie. Federico Fossi à Rome, Italie, a contribué à cet article.

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L'histoire de Jihan

Comme des millions d'autres, Jihan, 34 ans, était prête à tout pour échapper à la guerre sévissant en Syrie et pour mettre sa famille en sécurité. Contrairement à la plupart, Jihan est aveugle.

Il y a neuf mois, elle a fui Damas avec Ashraf, son mari âgé de 35 ans, qui est également en train de perdre la vue. Avec leurs deux fils, ils se sont rendus en Turquie par la mer Méditerranée, à bord d'un bateau avec 40 autres personnes. Ils espéraient que le voyage ne durerait huit heures. Ils n'avaient aucune garantie d'arriver sains et saufs.

Après une périlleuse traversée qui aura duré 45 heures, la famille est enfin arrivée à Milos, une île grecque de la mer Egée, à des kilomètres de la destination qui était prévue. Sans aucun soutien ni aucune assistance, ils ont dû se débrouiller pour se rendre à Athènes.

La police les a détenus pendant quatre jours à leur arrivée. On leur a demandé de rester hors d'Athènes, ainsi que trois autres villes grecques, en les laissant à l'abandon.

Démunis et épuisés, la famille a été contrainte de se séparer. Ashraf est parti vers le nord en quête d'asile et Jihan s'est rendue à Lavrion avec ses deux enfants, une installation informelle à une heure de route de la capitale grecque.

Aujourd'hui, Jihan est impatiente de retrouver son mari qui, entre temps, a obtenu le statut de réfugié au Danemark. La chambre qu'elle partage avec ses deux fils, Ahmed, 5 ans, et Mohammad, 7 ans, est minuscule, et elle s'inquiète pour leur éducation. Sans greffe de la cornée, une chirurgie très complexe dont elle a besoin d'urgence, son oeil gauche se fermera à jamais.

« Nous sommes venus ici en quête d'une vie meilleure et pour trouver des personnes qui seraient plus à même de comprendre notre situation », explique-t-elle d'un air triste. « Je suis tellement en colère quand je vois qu'ils ne comprennent pas. »

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Une simple tente pour commencer : un enseignant syrien ouvre une école en Jordanie

Dans la zone semi-rurale de Kherbet Al-Souk, dans la banlieue d'Amman, des réfugiés syriens qui n'avaient pas pu inscrire leurs enfants dans des écoles publiques surpeuplées ont pris les choses en mains. Ils ont ouvert eux-mêmes une petite école dans leur installation spontanée comptant environ 500 réfugiés. Les familles vivaient dans les camps de Za'atri ou d'Al-Aghwar, mais ils ont déménagé pour se rapprocher de leurs proches et accéder aux services essentiels dans la capitale. Assurer l'éducation à tous les enfants réfugiés en Jordanie est difficile pour le gouvernement et ses partenaires, y compris le HCR. Selon les Nations Unies, plus de la moitié de tous les enfants réfugiés syriens en Jordanie ne sont pas scolarisés. A Kherbet Al-Souk, l'école gérée par les réfugiés se compose d'une grande tente où les élèves sont assis à même le sol avec leurs manuels. Ils suivent les cours tous ensemble avec les plus jeunes d'entre eux aux premiers rangs. Avant, ils passaient beaucoup de temps à jouer, mais ils n'apprenaient rien. Un réfugié, Djamal, a décidé de faire quelque chose. Le photographe Shawn Baldwin a rencontré Djamal et s'est rendu dans cette école sous tente. Voici quelques-unes de ses photos.

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Un visage parmi un million d'autres : les difficultés des réfugiés syriens au Liban

Ils sont partout au Liban - un million de réfugiés syriens, dans un pays de 4,8 millions d'habitants. Il n'y a pas de camps de réfugiés au Liban. La plupart des réfugiés louent des appartements, tandis que les autres vivent dans des abris de fortune, des garages, des usines et des prisons. Trois ans après le début de la crise en Syrie, le Liban est devenu le pays au monde hébergeant la plus forte densité de réfugiés par habitant. Le Liban tente de faire face. Le montant des loyers a grimpé en flèche, les logements se font rares ; le prix des denrées augmente. Pendant ce temps, une génération pourrait être sacrifiée. La moitié des réfugiés syriens sont des enfants ; la plupart ne vont pas à l'école. Beaucoup travaillent pour aider leurs familles à survivre. Certains se marient jeunes, d'autres mendient pour gagner un peu d'argent. Pourtant, ils ont tous les mêmes rêves d'éducation.

Dans la ville de Tripoli, au nord du Liban, beaucoup de Syriens vivent dans le district d'Al Tanak, surnommé « Tin City » (« ville de tôle »). Longtemps habité par les populations pauvres de la ville, ce quartier est désormais une banlieue surréaliste - des tas d'ordures d'un côté, une grande roue de l'autre. Les habitants cohabitent avec les rats. « Ils sont gros comme des chats », déclare l'un d'eux. « Ils n'ont pas peur de nous, c'est nous qui avons peur d'eux ».

La photo-journaliste plusieurs fois primée, Lynsey Addario, a visité la « ville de tôle » et d'autres régions du Liban avec le HCR pour montrer les visages et faire connaître les souffrances des Syriens dans le monde. A travers ses publications dans le New York Times et National Geographic, Lynsey Addario a mis en lumière les victimes des conflits et les violations des droits dans le monde, en particulier les femmes.

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