Le chef du HCR se déclare choqué par un nouveau naufrage en Méditerranée

Communiqués de presse, 12 octobre 2013

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a fait part de son émoi après un nouveau naufrage en Méditerranée qui a coûté la vie à 26 personnes au moins, pour la plupart des femmes et des enfants.

M. Guterres a salué l'action conjointe des garde-côtes maltais qui ont porté secours à 147 personnes, ainsi que de la marine italienne, qui en a sauvé 56 autres. Mais selon les survivants, quelque 400 Syriens et Palestiniens se trouvaient à bord de ce bateau. Il y aurait donc de nombreuses personnes portées disparues ou qui ont péri noyées. Le sauvetage a eu lieu à une distance de 60 milles nautiques au sud-est de Lampedusa, dans les eaux maltaises.

« C'est la troisième tragédie de bateau en Méditerranée en seulement deux semaines », a déclaré M. Guterres. « C'est une honte de voir des centaines de migrants et de réfugiés qui périssent noyés aux frontières de l'Europe. »

M. Guterres a fait également part de son inquiétude sur les Syriens qui fuient un conflit effrayant, qui ont recours à cette traversée périlleuse et qui périssent noyés dans leur quête d'un refuge en Europe. « Il y a quelque chose de fondamentalement inhumain dans un monde où des Syriens sont obligés de risquer leur vie aux mains de passeurs sans scrupules, dans leur quête de sécurité en Europe. Ils ont échappé aux balles et aux bombes seulement pour périr noyés sans même pouvoir demander l'asile », a-t-il dit.

M. Guterres est également profondément préoccupé par des témoignages de rescapés selon lesquels ils ont reçu des tirs par balles depuis un navire peu après avoir quitté le port de Zuwara, en Libye. Ces tirs ont blessé trois passagers. Il espère que cet incident puisse être clarifié et que les responsables soient traduits en justice.

Deux autres bateaux, l'un avec 183 passagers et l'autre avec 83 passagers, ont été secourus hier soir au large de Lampedusa. Quelque 785 personnes sont hébergées sur l'île, y compris les 156 survivants du naufrage du 3 octobre dernier. Jusqu'à présent, 359 corps ont été récupérés depuis l'épave.

Le HCR appelle à un certain nombre de mesures urgentes pour éviter de nouvelles tragédies et accroître le partage de la charge :

1. Le renforcement des capacités de sauvetage de recherche en mer dans la Méditerranée pour identifier les bateaux en détresse, et tout particulièrement ceux transportant des réfugiés et des migrants.

2. Les capitaines de navires menant des opérations de recherche et de sauvetage ne devraient être ni accusés de faciliter la traite des personnes secourues ni menacés de poursuites criminelles.

3. La mise en place de mécanismes efficaces et prévisibles pour l'identification de lieux de sécurité pour le débarquement des réfugiés et des migrants secourus.

4. L'amélioration des structures d'accueil à Malte et à Lampedusa ainsi que la mise en place d'installations supplémentaires avec un accès à l'assistance et à des soins.

5. La mise en place de mécanismes de signalement et d'orientation, y compris pour l'accès à des procédures d'asile justes et efficaces pour ceux qui pourraient éventuellement avoir besoin d'une protection internationale, fondé sur le fait que le débarquement n'implique pas nécessairement l'entière responsabilité pour le traitement des demandes d'asile et la recherche de solutions de l'État sur le territoire duquel les personnes secourues en mer sont débarquées.

6. Les personnes qui sont retrouvées et qui ont besoin de protection internationale devraient avoir accès à une solution durable, incluant notamment des mécanismes pour une répartition ou une réinstallation équitable des personnes reconnues comme réfugiés ou bénéficiaires d'une protection subsidiaire au sein de l'Union européenne ou d'une évacuation vers un centre de transit d'évacuation désigné sur la base de modèles existants d'où des efforts de réinstallation pourraient être entrepris à la fois vers des pays européens et d'autres non-européens.

7. La collecte, l'analyse et le partage des données sur les mouvements en mer dans la région Méditerranéenne, visant à accroître la connaissance des itinéraires, des motivations et le profil des arrivants comme base pour élaborer les évaluations et des réponses partagées.

8. La poursuite du développement des capacités et le renforcement des institutions dans les pays de transit, y compris des efforts de coordination pour identifier et poursuivre les personnes impliquées dans le trafic et la traite d'êtres humains.

9. Le renforcement des stratégies de protection dans les pays de premier asile qui sont traversés par des personnes embarquées sur les bateaux. Ces stratégies peuvent inclure le soutien à l'intégration locale à travers l'éducation formelle, la formation professionnelle et le soutien aux moyens d'existence. Elle devrait également inclure une amélioration des efforts pour la réinstallation, un accès facilité aux options de regroupement familial et d'autres mécanismes d'entrée pour la protection.

10. L'augmentation des programmes d'information de grande ampleur dans les médias locaux et le long des routes de transit, y compris les points d'entrée, visant à informer toute la population potentielle des risques de nouveaux déplacements.

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A la dérive vers l'Italie

Chaque année, la mer Méditerranée - une destination estivale parmi les plus prisées en Europe - se transforme en cimetière. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants s'y noient, au cours de leur tentative désespérée pour atteindre des pays de l'Union européenne (UE).

La distance entre l'île italienne de Lampedusa et la côte libyenne est tout juste de 290 kilomètres. En 2006, quelque 18 000 personnes ont traversé ce bras de mer - la plupart dans des embarcations gonflables équipées de moteurs hors-bord. Certains cherchaient du travail, d'autres voulaient retrouver des membres de leur famille ou d'autres encore fuyaient la persécution, le conflit ou les violences. Ils n'avaient pas d'autre choix que celui de fuir, en quête de sécurité, via des itinéraires clandestins.

Parmi ceux qui ont réussi à atteindre Lampedusa, quelque 6 000 d'entre eux ont demandé l'asile. Et près de la moitié ont été reconnus comme réfugiés ou ont obtenu la protection des autorités italiennes.

En août 2007, les autorités à Lampedusa ont ouvert un nouveau centre de réception pour assurer que les personnes arrivant par bateau ou secourues en mer soient accueillies dans la dignité, et hébergées de façon appropriée, et qu'elles puissent recevoir des soins de santé.

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La distinction Nansen pour les réfugiés est remise à une avocate de Malte pour ses efforts et son courage.

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Fuir la Libye par la mer

Des milliers de personnes, principalement originaires de l'Afrique subsaharienne, s'entassent dans des embarcations de fortune impropres à la navigation pour fuir la guerre faisant rage en Libye, leur pays d'adoption. Leur destination de choix est l'île touristique de Lampedusa, située dans la mer Méditerranée à environ 600 kilomètres au nord de la Libye. Bon nombre de ces passagers arrivent traumatisés et épuisés par la traversée en haute mer. D'autres trouvent la mort durant ce voyage.

Un migrant ivoirien décrit ainsi la vie à Tripoli avant son départ : « Il n'y avait aucun lieu en paix. On entendait des tirs partout. Puis l'OTAN a débuté les bombardements. Nous n'avions rien à manger. Des Libyens ont commencé à attaquer les étrangers la nuit, pour voler leur argent, leur téléphone mobile, tout ce qu'ils avaient... Impossible de rester là-bas avec eux. Il valait mieux prendre la fuite. »

Le HCR estime qu'une personne sur dix meurt pendant le voyage en mer. Les corps rejetés par la mer sont inhumés au cimetière de Lampedusa.

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L'année dernière, plus de 13 000 personnes sont arrivées à Lampedusa en Italie. Beaucoup d'autres sont mortes durant la tentative de traversée. De jeunes hommes originaires du continent africain aux familles syriennes…. Tous partagent le même rêve…. de sécurité et de stabilité en Europe.
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