Un passager clandestin africain passionné de football en Argentine

Articles d'actualité, 7 octobre 2013

© Courtesy of Boca Juniors
Bayan joue dans l'équipe juniors de Boca au stade de La Bombonera.

BUENOS AIRES, Argentine, 7 octobre (HCR) Il y a trois ans, Bayan Mahmoud s'est introduit en tant que passager clandestin à bord d'un cargo dans le port animé de Cape Coast, au sud du Ghana. Alors âgé de 16 ans, il n'avait aucune idée de sa destination, mais il avait peur et il voulait juste partir le plus loin possible.

Son souhait s'est réalisé. Il a débarqué de l'autre côté de l'océan Atlantique en Argentine, après une traversée de trois semaines. Depuis il a également rempli de nouveaux objectifs et sa vie a changé, grâce à son habileté pour le football dans un pays où ce jeu est quasiment une religion.

Bayan avait rejoint Cape Coast, après avoir fui la reprise d'un conflit ethnique au nord du Ghana entre les tribus Kusasis et Mamprusis. Lorsque la violence a éclaté en 2010, lui et son frère Muntala étaient hébergés dans un orphelinat car leurs parents avaient été tués lors d'une précédente vague de violences.

Ils se sont enfuis, mais ils ont été séparés pendant le voyage. Le chemin de Bayan l'a emmené à bord d'un navire au long cours et vers l'incertitude. C'est grâce à la bienveillance d'un membre de l'équipage qu'il a survécu au long voyage transatlantique. Celui-ci a repéré le jeune garçon et il a décidé de lui donner de la nourriture et de l'eau sans alerter les autres marins à bord.

Lorsque le bateau est effectué sa première escale en Argentine, l'adolescent a été confronté à de nombreux défis. Les deux premières nuits, il a dormi dans la rue. Puis, de nouveau, une autre personne au grand cœur l'a placé dans un bus vers la capitale argentine, Buenos Aires.

Encore une fois, le garçon a eu de la chance : dans la grande ville, il a rencontré un Sénégalais qui parlait anglais et qui l'a orienté vers la Commission nationale de l'Argentine pour les réfugiés (CONARE). En tant que mineur non accompagné, il est devenu pupille des autorités et il a obtenu le statut de réfugié ainsi que de l'aide et la protection.

La vie a continué de lui sourire quand il a été repéré par un découvreur de Boca Juniors l'un des meilleurs clubs de football du pays alors qu'il jouait au football dans un parc de Buenos Aires avec des amis. Bayan a été recruté et il joue désormais pour les équipes de jeunes du club tout en continuant à perfectionner son jeu. Il a un immense talent et Boca prédit un bel avenir pour ce jeune Ghanéen.

Le club de Boca l'héberge également dans une auberge gérée par le club pour accueillir de jeunes joueurs venant de tout le pays. Le club s'assure également qu'il reçoit une éducation. Et par-dessus tout, Boca Juniors a aidé Bayan à reprendre contact avec son frère, Muntala, via les réseaux sociaux. Il attend avec impatience de le revoir et le HCR l'aide dans cet objectif. « Il est ma seule famille et je serais très heureux qu'il soit là près de moi », explique-t-il.

Bayan pratique le football tous les jours et il rêve de jouer en tant que milieu de terrain au sein de l'équipe première de Boca dans leur stade La Bombonera qui peut accueillir jusqu'à 40 000 spectateurs. « Je veux aussi être le premier joueur de football noir dans l'équipe nationale argentine », indique-t-il.

Son parcours multipliant les triomphes contre l'adversité lui a fait gagner beaucoup d'amis en Argentine, où il fait partie des quelque 5 000 réfugiés et demandeurs d'asile, principalement originaires de l'Amérique latine. « Bayan est un jeune garçon résilient, gai, attachant et plein d'espoir. Pour un club comme Boca qui a été fondé par des immigrants, il est extrêmement gratifiant de le compter parmi nous », explique Daniel Angelici, le Président de Boca Juniors.

L'histoire de Bayan est une source d'inspiration à de nombreux niveaux. Non seulement il a surmonté l'adversité et la persécution, mais il a aussi montré comment l'intégration peut fonctionner. Son histoire souligne pour tous les enfants, y compris les personnes déracinées l'importance du sport et de l'éducation, ce que le HCR promeut d'ailleurs depuis longtemps.

Pour les jeunes réfugiés vulnérables, le sport peut aider à contrer les problèmes psycho-sociaux ainsi que le stress et la solitude. Il contribue également à conserver une bonne forme physique et un bien-être psychologique ainsi qu'à s'intégrer socialement en fournissant un environnement sûr dans lequel un enfant peut se développer physiquement, émotionnellement et psychologiquement.

Tout en rêvant à un avenir prometteur en tant que joueur de football professionnel, Bayan se souvient aussi de ses parents et d'autres qui n'ont pas réussi. « Je prie toujours pour eux, je sais qu'ils seraient très fiers de moi », déclare-t-il. Et quand cet article allait être publié, il a eu une excellente nouvelle : son frère a reçu le feu vert pour le rejoindre.

Par Virginia Pico à Buenos Aires, Argentine

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