Des certificats de naissance pour entrer à l'école en Côte d'Ivoire

Articles d'actualité, 26 septembre 2013

© HCR/L.Palmisano
A Goya, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, des pères de famille montrent fièrement les certificats de naissance qui permettront à leurs enfants de commencer l'école.

GOYA, Côte d'Ivoire, 26 septembre (HCR) La semaine dernière, c'était la rentrée pour des centaines de milliers d'enfants à travers toute la Côte d'Ivoire. Comme la plupart des parents ivoiriens, Simon Konan Kouassé souhaite que ses cinq enfants reçoivent une bonne éducation.

Toutefois, cela semblait impossible encore récemment pour sa petite dernière, Agathe, âgée de trois ans. Agathe a été déplacée avec sa famille par le conflit qui a déchiré ce pays d'Afrique de l'Ouest après les élections présidentielles de novembre 2010.

« Je voulais scolariser ma petite fille, mais elle est née 10 jours avant la guerre », explique Simon, ajoutant que la naissance d'Agathe n'a jamais été enregistrée car la famille a fui Goya, son village d'origine, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Agathe s'est retrouvée prise au piège dans un vide juridique. Sans document d'identité ni aucune preuve de sa nationalité, l'enfant n'a pas pu être inscrite à la maternelle ni exercer d'autres droits fondamentaux. Comme elle, beaucoup d'enfants en Côte d'Ivoire qui ont été déplacés par la violence n'ont jamais pu se faire enregistrer à la naissance. D'autres ont perdu leur certificat de naissance car ils ont dû fuir dans l'urgence pour sauver leur vie.

Ces deux dernières décennies, les causes profondes d'une guerre civile désastreuse pour ce pays autrefois prospère ont été liées à des problèmes d'identité : le conflit se rapportait à la question de qui était un « vrai » citoyen dans le pays. Les documents d'identification, comme les certificats de naissance et les cartes d'identité, sont donc essentiels pour prouver son « appartenance ».

Alors que la paix et la stabilité sont rétablies en Côte d'Ivoire, et que des milliers de personnes continuent de rentrer chez elles, le gouvernement s'emploie à résoudre ce problème. Pour aider les personnes comme Agathe et ses parents, le HCR et son partenaire, l'agence gouvernementale ivoirienne pour la protection des réfugiés, le SAARA (Service d'aide et d'assistance aux réfugiés et apatrides], œuvrent pour que les personnes dépourvues de documents d'identité comprennent non seulement que c'est important d'en détenir mais aussi la procédure à suivre pour en recevoir.

« Nous menons des réunions dans les communautés et nous diffusons un film pour sensibiliser sur l'importance des documents d'identité », explique Joseph Djitro, employé du HCR sur le terrain. « Nous expliquons que les enfants ont besoin de papiers d'identité pour l'inscription à l'école et aux examens. Nous les informons également que les adultes en ont besoin aussi pour obtenir un permis de conduire ou ouvrir un compte bancaire. »

Heureusement, Simon a participé à ces sessions et il a fait le nécessaire pour enregistrer Agathe. Un mois après, il recevait le certificat de naissance pour la petite fille.

Elle fait partie des 88 enfants qui ont reçu des certificats de naissance à Goya cette année, ce qui signifie qu'ils sont aujourd'hui tous scolarisés. Cela dit, environ 700 personnes dans les villages voisins attendent toujours que leur demande soit traitée. Cette procédure peut durer plus d'un mois, en raison d'une pénurie de fonctionnaires dans ces régions isolées.

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, on compte environ 700 000 personnes qui sont dépourvues de documents d'identité ou apatrides ou encore dont la vérification de nationalité est en cours. Beaucoup sont des descendants de travailleurs agricoles ayant migré vers la Côte d'Ivoire depuis d'autres pays de l'Afrique de l'Ouest, durant la période coloniale ou peu après l'indépendance du pays en 1960. Un grand nombre d'enfants et d'adultes n'ont pas acquis la nationalité ivoirienne et ils ne sont ressortissants d'aucun autre pays.

La Côte d'Ivoire a récemment adopté une législation pour adhérer aux Conventions des Nations Unies sur l'apatridie la Convention de 1954 relative au statut des apatrides et la Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie. Le pays a été également procédé à la réforme de ses lois sur la nationalité afin de rendre la naturalisation plus facile pour les personnes éligibles.

Ces étapes bénéficieront à des centaines de milliers de personnes dépourvues de documents d'identité en Côte d'Ivoire. Elles aideront aussi à résoudre des problèmes relatifs à l'identité, ce qui sera bénéfique en fin de compte à la réconciliation et à la cohésion sociale.

Parallèlement, Simon doit encore inscrire un autre enfant à l'école. Il attend des nouvelles ces jours-ci, de la part d'un tribunal local, sur sa demande d'un certificat de naissance pour son dernier enfant dépourvu de documents d'identité. Si la réponse est positive comme prévu, les cinq enfants de Simon seront alors en possession de pièces d'identité en bonne et due forme, et ils pourront être scolarisés.

« Un certificat de naissance, c'est essentiel pour l'éducation », explique Simon. Pour lui, ce document est bien plus qu'un simple bout de papier. Il est synonyme de réussite pour l'avenir de ses enfants.

Par Kathryn Mahoney à Goya, Côte d'Ivoire

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