Un programme du HCR aide les réfugiés au Burundi à redécouvrir les joies de faire des achats au marché

Articles d'actualité, 6 juin 2013

© HCR/I.Wittorski
La réfugiée congolaise Domitilla présente des bons pour payer des haricots. Elle les cuisinera chez elle pour ses sept enfants.

CAMP DE REFUGIES DE GASORWE, Burundi, 6 juin (HCR) Domitilla se promène d'un pas souple dans le marché bondé, jetant un œil exercé sur les étales offrant une sélection de haricots, riz, farine et autres aliments. Une odeur d'huile de palme flotte dans l'air.

Elle s'arrête devant un marchand et compare certains produits. « Ces haricots sont de meilleure qualité et sont plus faciles à digérer », dit-elle, en plongeant la main dans un sac rempli de graines comestibles, avant de bombarder le vendeur de questions. Mais Domitilla décide de ne pas acheter et continue son tour parmi les cris des commerçants vantant leurs marchandises.

C'est une scène typique des marchés d'Afrique, mais la différence ici est que Domitilla et les autres clients sont tous des réfugiés congolais et qu'ils n'ont pas pu faire de courses depuis des années. La plupart ont fui le conflit dans la province voisine du Sud Kivu, en République démocratique du Congo. Les vendeurs sont locaux.

Plutôt que d'utiliser les colis alimentaires standards du Programme alimentaire mondial (PAM), les femmes congolaises vivant dans le camp de réfugiés de Gasorwe au nord du Burundi ont maintenant la possibilité de faire elles-mêmes les courses grâce à un système de bons introduit par le PAM et le HCR.

Ce programme n'aide pas seulement les réfugiés à s'assumer, mais il introduit aussi de la variété dans leur régime alimentaire quotidien tout en stimulant l'économie locale. « Nous pouvons choisir ce que nous voulons manger, comme dans le passé [avant de devenir réfugiés], et acheter les produits de meilleure qualité disponibles chez les marchands locaux », explique Domitilla, qui vit depuis neuf ans dans le camp.

Elle doit maintenant nourrir son mari et ses sept enfants, dont deux sont nés à Gasorwe. Mais la taille de la famille est prise en compte dans le système de bons.

Les bons sont de différentes valeurs et ils peuvent être utilisés sur un marché organisé tous les mois par le HCR et ses partenaires à Gasorwe, un camp qui accueille 10 000 réfugiés. Les prix sont fixés à l'avance et sont affichés sur des panneaux dans le camp.

Quand Domitilla est partie au marché, elle était accompagnée par son fils ainé, Aristide, chargé de la liste de courses. Préparée quelques jours plus tôt, elle comprenait des produits comme 50 kg de riz, 50 kg de farine de maïs, 20 kg de haricots. « La dernière fois, on a manqué d'huile, alors maman a décidé de réduire la quantité de farine », explique le jeune homme de 24 ans.

Domitilla a plutôt l'air sûr de ce dont elle a besoin, mais d'autres personnes dans le camp sont contentes d'être aidées par les employés de Caritas Burundi, qui donnent des conseils sur les aliments à acheter pour assurer un régime plus équilibré et meilleur. Le Programme alimentaire mondial continuera de distribuer un mélange à base de soja (Corn Soya Blend), qui est un élément nutritif vital.

A Gasorwe, les femmes ont réagi de manière très positive au système de bons et elles disent qu'elles se sentent responsabilisées. Elles sont aussi contentes de décider de ce qu'elles veulent manger, plutôt que d'avoir à composer avec les ingrédients compris dans les colis alimentaires.

« J'en avais assez de préparer de l'ugali [une sorte de bouillie à base de farine de manioc] tous les jours et les enfants ne l'aimaient pas. Mais je n'avais pas le choix », déclare une autre réfugiée, Faida. « Maintenant je peux cuire du riz pour eux. Ils aiment ça et ils semblent en meilleure santé », ajoute-t-elle, avec un grand sourire.

Selon Catherine Huck, Représentante du HCR au Burundi, le système de bons contribue à garantir que les différentes communautés dans le camp puissent cuisiner leurs plats traditionnels. « Pour ces femmes, qui veulent faire plaisir à leur famille dans le contexte difficile de la vie de réfugiés, le fait de pouvoir choisir entre l'huile de palme et de coton, ou entre la farine de maïs et de manioc est essentiel ».

L'économie locale en profite aussi. Treize marchands exercent leur métier sur le marché mensuel de Gasorwe dans le cadre de contrats signés avec le PAM. Ils se réjouissent de ce complément d'activité.

« Sur le marché des réfugiés, vous êtes sûrs de vendre votre marchandise et d'en vendre beaucoup », affirme Pancrace, qui a signé un contrat de six mois avec le PAM et espère qu'il sera renouvelé. Il ajoute qu'il y avait beaucoup de concurrence localement et que c'était une très bonne opportunité pour lui. « Oui, la vie s'améliore », s'enthousiasme ce père de 10 enfants.

Les affaires supplémentaires bénéficient aussi aux fournisseurs locaux et même plus éloignés. Pour répondre à la demande des mères de famille de Gasorwe, Pancrace a dû se rendre au Rwanda pour acheter des haricots. Même les propriétaires de vélo y trouvent leur compte. « Les réfugiés me paient en nourriture et je peux gagner jusqu'à 10 kg de farine en une journée », déclare Mathias, qui aide les réfugiés à transporter leurs achats jusqu'à chez eux.

Le projet de bons est mené à Gasorwe et dans deux autres camps au Burundi, qui accueillent environ 27 000 réfugiés, la plupart originaires de la République démocratique du Congo. S'il avère être une réussite, il pourrait être introduit dans les camps de réfugiés de l'ensemble de la région des Grands Lacs.

Par Isaline Wittorski dans le camp de réfugiés de Gasorwe, Burundi

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