Le HCR appelle à des efforts de réconciliation au Mali pour éviter un déplacement prolongé

Articles d'actualité, 1 mars 2013

© HCR/H.Caux
Avec la reprise du service de liaisons par autobus dans le pays, les personnes rentrent chez elles depuis des villes comme Bamako.

DAKAR, Sénégal, 1er mars (HCR) L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré vendredi que, près de deux mois après le lancement de l'intervention militaire française au Mali, le HCR continue de voir de nombreuses personnes déplacées internes. Dans les pays voisins, le nombre de réfugiés est encore élevé et, dans certains cas, il augmente encore.

« Malgré les améliorations de la situation sécuritaire dans certaines régions, la peur de rentrer est courante », a déclaré Adrian Edwards, porte-parole du HCR.

Sur les 430 000 personnes environ qui sont déracinés depuis début 2012 au Mali, selon les statistiques disponibles, quelque 260 665 personnes sont déplacées internes. La population réfugiée s'élève à environ 170 000, dont plus de 70 000 ont trouvé refuge en Mauritanie, quelque 47 200 au Burkina Faso, 50 000 au Niger et environ 1 500 en Algérie.

Selon Adrian Edwards, les retours spontanés parmi les personnes déplacées étaient encore faibles, bien que les services d'autobus aient repris la semaine dernière entre Bamako, la capitale du Mali, et la ville de Gao dans le nord. Les bateaux ont également repris les liaisons pour desservir les villes de Mopti et de Tombouctou.

Pour les personnes déplacées et les réfugiés, la principale inquiétude concerne l'insécurité. « La poursuite des combats, les attentats-suicides, les attaques de représailles contre certaines communautés, la présence de mines terrestres et de munitions non explosées dans les régions de Mopti, Gao et Tombouctou, sont cités comme motifs de reporter le retour », a déclaré Adrian Edwards.

L'absence de services essentiels dans le nord du Mali est également un facteur. Avec peu d'écoles ouvertes sur place, et les autorités gouvernementales encore absentes dans de nombreuses villes, beaucoup de familles déplacées préfèrent encore attendre.

Pour les personnes qui se trouvent en dehors du Mali, une complication supplémentaire concerne l'appartenance ethnique. La majorité des réfugiés sont touaregs ou arabes. La peur des attaques de représailles est très répandue, ainsi que la peur de la criminalité ou de la présence de djihadistes dispersés au sein de la communauté.

Bien que le nombre de nouveaux réfugiés soit sensiblement en baisse par rapport aux statistiques d'il y a quelques semaines, le Mali continue de voir un flux de réfugiés sortir du territoire, même s'il est relativement faible. En février, les arrivées en Mauritanie étaient de plus de 1 500 personnes en moyenne par semaine principalement depuis les régions de Léré, Goundam, Tombouctou et Gnoufonke. Le nombre de réfugiés au Burkina Faso et au Niger reste inchangé.

Selon le HCR, des efforts de réconciliation sont nécessaires d'urgence, ainsi que des efforts pour combattre l'impunité, encourager la coexistence pacifique entre les communautés, aider à la stabilisation ainsi qu'au rétablissement de la sécurité à long terme et empêcher que les crises de déplacement du Mali ne se prolongent. Nous planifions actuellement l'appui pour la réconciliation dans les zones de déplacement et de retour, ainsi que dans les camps de réfugiés.

« Le nord et le sud du pays doivent se faire mutuellement confiance, nous avons besoin de la réconciliation », a déclaré Fama, une touareg qui avait trouvé refuge à Bamako, où elle se dit considérée avec suspicion. « Nous voulons seulement vivre en paix et mieux accéder au développement », a ajouté cette femme de 56 ans.

Pendant ce temps, les personnes rentrées chez elles depuis des zones urbaines comme Bamako, ou qui s'y préparent, expliquent que la vie est trop coûteuse dans les villes. « La vie est trop chère à Bamako, nous ne pouvons pas nous permettre de rester plus longtemps ici », a expliqué Fatoumata, âgée de 18 ans, alors qu'elle attendait de monter dans un autobus pour rejoindre Gao.

« Ici nous vivons dans de très mauvaises conditions, avec un accès limité à l'électricité et à l'eau courante. Nous ne pouvons pas trouver d'emploi », a ajouté la jeune femme, qui avait fui à Bamako avec son mari en avril dernier et qui y a eu un bébé.

Par Hélène Caux, à Dakar au Sénégal

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