Aider de jeunes réfugiés à trouver une sécurité physique et affective au Soudan

Agir pour faire la différence, 5 décembre 2012

© HCR/K.Mahoney
De jeunes réfugiés soudanais à Yida, au Soudan du Sud. Les jeunes ont souvent besoin d'aide face à des troubles affectifs.

YIDA, Soudan du Sud, 5 décembre (HCR) Karim et ses quatre amis, tous âgés de 13 ans, s'arrêtent sur le bord de la route pour faire l'inventaire de leurs réserves. Avec leurs petits sacs Bob Marley et Winnie l'ourson éparpillés, les garçons font le point sur leur stock restant pour parcourir les derniers 20 kilomètres jusqu'au camp de réfugiés de Yida au Soudan du Sud.

Les dernières semaines, près de 3 500 enfants soudanais sont arrivés à Yida. Comme les bombardements aériens deviennent de plus en plus fréquents juste de l'autre côté de la frontière, dans l'Etat du Sud-Kordofan au Soudan, le personnel du HCR en charge de la protection a enregistré des centaines d'enfants non accompagnés qui, comme Karim, ont fui la violence et arrivent seuls à Yida.

« A cause des lourds combats à la maison, ma mère m'a envoyé à Yida », a expliqué Karim.

La psychologue pour enfants Myriam Oteiza est arrivée récemment à Yida pour évaluer la santé mentale et les besoins des réfugiés. Elle est particulièrement inquiète pour les plus vulnérables comme les enfants non accompagnés, les personnes âgées, les handicapés et les mères célibataires.

Les populations des montagnes Nuba vivent en guerre depuis des dizaines d'années, a expliqué Oteiza. « Elles ont appris à survivre et sont incroyablement résistantes, mais des années de combats et d'exposition à la violence ont eu néanmoins un impact dramatique sur ces communautés, particulièrement sur les enfants. »

Formant un groupe de cinq jeunes voyageurs, Karim et ses compagnons ont quitté leur village près de Umdorein, dans les montagnes Nuba avec la certitude que leurs mères, leurs aînés et leurs plus jeunes frères et sœurs les suivraient bientôt. « Dès que j'arriverai à Yida, je vais retrouver mon frère aîné », annonce Karim. Les autres garçons indiquent également qu'ils pensent rejoindre des membres de leurs familles ou des voisins dans le campement.

Entre eux, ils comptent un demi-litre d'eau, des vêtements de rechange et deux sacs de graines de sésame, une culture qui s'épanouit même à la saison sèche dans l'Etat du Sud-Kordofan. Remarquant la présence de quelques abris délabrés et d'échoppes à côté, les garçons espèrent y trouver de l'eau potable avant de repartir.

Le camp de réfugiés de Yida accueille 60 000 réfugiés du Sud-Kordofan, dont 70% ont moins de 18 ans. Parmi eux, on compte aussi 1 300 enfants qui, comme Karim, ont été séparés de leur famille alors qu'ils essayaient de trouver la sécurité.

Avec des services essentiels comme l'approvisionnement en eau, en abris et maintenant en nourriture à Yida, Oteiza explique qu'il n'est pas surprenant que les enfants commencent à exprimer des symptômes de souffrance dès lors que leurs besoins essentiels sont couverts et qu'ils commencent à se sentir en sécurité.

« Si un enfant a des cauchemars récurrents ou dessine des avions lâchant des bombes, cela nous donne des indices sur le fait qu'il a vécu des évènements traumatisants et qu'il n'a pas les mots pour évacuer les émotions », explique-t-elle. « Maintenant que nombre de ces enfants sont en sécurité, le véritable défi va être de trouver comment les protéger émotionnellement. »

Quand les gens luttent pour survivre en temps de guerre, de fuite ou de déplacement, ajoute-t-elle, ils n'ont pas le temps de s'intéresser à leurs besoins psychologiques. Les dysfonctionnements psychologiques apparaissent typiquement lorsque les gens commencent à se sentir sûrs et en sécurité.

Le HCR aide des milliers d'enfants comme Karim dès qu'ils arrivent à Yida. Pour ceux qui ont de la famille dans le camp, le personnel du HCR en charge de la protection les aide à retrouver leurs parents, même si cela peut être une tâche compliquée dans un vaste camp comme celui de Yida.

Pour des enfants non accompagnés sans famille dans le camp, le HCR identifie une famille hôte du même village ou de la même communauté. Dans chaque scénario, le HCR s'assure que les besoins physiques des enfants sont couverts en termes d'eau, d'abri, de nourriture mais surtout qu'ils bénéficient d'un environnement émotionnel sûr et protecteur.

Oteiza pense terminer son évaluation initiale des besoins psychologiques des réfugiés dans quelques semaines. Elle travaillera ensuite avec des communautés pour identifier une série de mécanismes culturels appropriés et d'activités de soutien pour aider les enfants et les communautés en général et commencer leur guérison.

« Les clubs de cinémas et de radios, les groupes de théâtre et d'autres activités psycho-sociales sont des moyens non intrusifs que les enfants et les adultes peuvent utiliser pour exprimer leurs peines, leur rêves et leurs inquiétudes », dit-elle. De telles activités peuvent aider les réfugiés à dépasser leurs peurs et à développer des outils pour trouver une stabilité émotionnelle. Ces programmes à plus long terme peuvent être mis en œuvre avec peu de ressources dans de nombreux camps dans l'Etat de Unity ou ailleurs au Soudan du Sud.

Alors que les enfants réfugiés peuvent manifester des symptômes psychologiques plus ouvertement, le HCR prend des mesures pour aider les parents traumatisés par le déplacement et la lutte pour assurer à leurs enfants ce qu'ils avaient à la maison.

« Parce que la guerre perturbe le tissu social et communautaire dans son ensemble, vous ne pouvez pas aider les enfants comme Karim sans aider aussi les adultes comme sa mère qui l'a forcé à partir devant seul », dit Oteiza. « Nous allons travailler avec toutes les couches de la communauté pour les aider à guérir et de façon durable. »

*Nom fictif pour des raisons de protection

Kathryn Mahoney, Yida, Soudan du Sud

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La plupart des réfugiés, notamment les enfants et les personnes âgées, sont arrivés très affaiblis dans les camps. Or, les pluies incessantes ont tendance à exacerber la situation, les flaques d'eau se transformant vite en foyer d'incubation de moustiques porteurs du paludisme. Qui plus est, un simple rhume suffit pour que l'état de malnutrition modérée dont souffrent les enfants et personnes âgées se transforme en malnutrition sévère.

C'est dans le camp de Yusuf Batil, dans le Comté de Maban, que la situation se fait la plus critique puisque 15 % des enfants de moins de cinq ans y souffrent de malnutrition aiguë.

Le HCR et ses partenaires font tout leur possible pour prévenir et lutter contre la maladie. Dans le camp de Yusuf Batil, 200 professionnels de la santé des communautés vont de foyer en foyer afin d'enseigner aux réfugiés les règles d'hygiène de base, telles que la nécessité de se laver les mains ou encore comment reconnaître les signes de maladie. S'ils en ont besoin, les enfants reçoivent des aliments nutritifs tels que des Plumpy'nut. Un hôpital spécialisé dans le traitement de patients atteints du choléra a d'ailleurs ouvert ses portes. Parallèlement, des moustiquaires ont été distribuées dans tous les camps à des fins de prévention du paludisme.

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