Q&R: Un diplomate suédois en mission dans un camp de réfugiés au Niger

Articles d'actualité, 19 octobre 2012

© HCR/C.Arnaud
L'ambassadeur, Jan Knutsson durant sa récente visite du camp de Tabareybarey au Niger.

Genève, 19 octobre (HCR) L'Ambassadeur Jan Knutsson, un diplomate suédois, est à la tête de la Mission permanente de la Suède à Genève. Il vient de finir sa première année en tant que Président du Comité exécutif du HCR. En septembre, il s'est rendu au Niger pour se rendre compte par lui-même du travail du HCR dans le cadre de l'une des quatre situations d'urgence majeures et de déplacement forcé pour l'année 2012. Depuis le début des combats au nord du Mali en janvier, plus de 100 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays et au moins 200 000 autres ont traversé les frontières vers la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger. Monsieur Knutsson a récemment discuté de la situation avec l'éditeur nouveaux médias du HCR, Christopher Reardon.

Il y a quelques semaines, vous avez visité Tabareybarey, l'un des nouveaux camps au Niger qui accueillent des réfugiés maliens. Qu'avez-vous observé ?

C'est toujours frappant de rencontrer des personnes qui ont tout laissé derrière eux y compris souvent des membres de leurs familles, leur travail, leur maison, leur environnement. Ces personnes arrivent dans un lieu où elles doivent essayer de reconstruire une nouvelle existence dans des conditions très difficiles. Bien sûr, ceci fut ma première et plus forte impression.

Ma deuxième impression fut que le gouvernement et le peuple du Niger, le HCR et ses partenaires travaillent vraiment dur, main dans la main pour créer des conditions de vie aussi bonnes que possibles pour les réfugiés et pour rendre leur vie un peu plus facile. Les conditions sont évidemment très difficiles.

Quel était l'état d'esprit généralement parmi les réfugiés que vous avez rencontrés ?

Nous nous sommes entretenus avec un grand nombre de réfugiés, des hommes et des femmes. Ce qui était frappant, c'est qu'ils gardent espoir en l'avenir malgré les conditions difficiles dans lesquelles ils doivent vivre. Je n'ai pas eu du tout l'impression qu'ils abandonnaient. Ils veulent retrouver une vie normale. Ils veulent recommencer à travailler. Ils ont une vision très positive de l'avenir. C'était très impressionnant au regard des difficultés qu'ils rencontrent.

Comment décririez-vous le rôle du HCR dans l'urgence malienne?

Le HCR a deux rôles importants dans ces situations : un rôle normatif et un rôle opérationnel. Sa mission est de veiller à tous les aspects de la protection des réfugiés. Le HCR doit aussi s'assurer que, sur le terrain, les conditions de la protection sont créées, en allant du dialogue à des mesures très concrètes pour s'assurer que les hébergements ou les abris sont bien en place. Que les écoles sont là pour les enfants. Que les soins de santé sont accessibles. Evidemment, le HCR ne peut pas et ne doit pas faire tout cela lui-même, c'est pourquoi il travaille avec de nombreux partenaires spécialisés. Mais il a un rôle clé à tenir en s'assurant que la totalité de ces actions couvrent la protection des réfugiés et des personnes déplacées.

Il y a certainement des limites à ce qu'on peut réaliser en matière de protection et d'assistance, en particulier dans une situation complexe comme celle-là.

Je suis allé au Niger, un pays qui traverse de multiples crises. Ils ont eu des inondations à cause de la saison des pluies. Ils ont eu une invasion de criquets qui a menacé la chaîne alimentaire. Et ils accueillent plus de 60 000 réfugiés. Lorsque quelque chose comme cela arrive, cela procure une tension additionnelle à la société, c'est pourquoi il est tellement important d'avoir une vision à long terme.

C'est une crise politique régionale qui est à la source de ces problèmes, aussi la solution doit être régionale et politique afin que les réfugiés puissent rentrer chez eux. Ceci doit être l'objectif. Parallèlement, le travail humanitaire doit être fait par les organisations internationales avec une forte implication du gouvernement et c'est ce qu'on peut voir au Niger.

Etes-vous satisfait du niveau de couverture médiatique sur la question des réfugiés Maliens ?

Il y a de l'attention, et des visites de haut niveau. Mais, par rapport à la gravité de la situation pour les pays frontaliers et pour le Mali lui-même, je pense que l'on pourrait apporter encore plus d'attention, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu venir dans la région.

Le HCR a-t-il assez de ressources pour couvrir les besoins de tous ces réfugiés ?

Je suis sûr que davantage de ressources pourraient trouver leur utilité certaine dans cette situation. Cela dit, j'ai été impressionné par l'action du HCR et ce qu'il a fait avec les autorités. Mais nous devons nous souvenir que cette crise va certainement durer quelque temps. La durabilité d'une opération comme celle-ci est un défi permanent pour le HCR qui doit s'assurer que les ressources couvrent les besoins.

En ce moment même, le HCR gère plusieurs urgences dramatiques dans le monde, en raison des conflits en Syrie, au Soudan, en République démocratique du Congo ainsi qu'au Mali. Quelle pression ces crises exercent-elles sur le HCR ?

Clairement, quand il y a une augmentation des flux de réfugiés ou de personnes déplacées dans les urgences, cela pèse sur le HCR. A dire la vérité, cela signifie qu'on demande au HCR de faire plus et parfois sans qu'il ait les ressources suffisantes. Toutes les organisations sont confrontées à ce type de situation. Mais cela reste un immense défi car l'enjeu est énorme. Il y a des vies humaines en jeu. Malgré tout, j'ai l'impression que le HCR fait un très bon travail en essayant d'équilibrer ses ressources et d'en tirer le maximum.

Parfois quand les réfugiés ne peuvent rentrer chez eux, ils sont invités à recommencer leur vie dans des pays comme le vôtre. Quel est l'impact des réfugiés réinstallés en Suède ?

Mon pays est un grand pays d'accueil pour les réfugiés et, au-delà de cela, nous avons également une importante immigration. Selon moi, cela a enrichi la Suède. Comme dans chaque société, s'il y a un afflux important dans une courte période, cela peut créer des tensions sur les structures de la société. Mais nous avons une tradition de pays ouvert. Pour moi, il est très clair que cela a enrichi la Suède. Cela nous donne de nouvelles perspectives. Cela est un plus pour notre économie. Les défis que cela implique sont bien moins lourds que les bénéfices.

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