Un nonagénaire nostalgique du Nord-Kivu au crépuscule de sa vie

La parole aux réfugiés, 7 novembre 2012

© HCR/F.Noy
Dans son humble abri à Mugunga III, Paul se remémore son passé heureux et il se lamente sur sa vieillesse difficile.

Camp de Mugunga III, République démocratique du Congo, 7 novembre (HCR) Paul Mirurumu a mené une vie heureuse et réussie au cœur de l'Afrique. Aujourd'hui au crépuscule de sa vie, il pleure la perte de ses proches. Ce Congolais âgé de 92 ans vit reclus dans un camp accueillant des personnes déplacées, persuadé qu'il ne reverra plus jamais son village natal dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.

Il fait partie des dizaines de milliers de personnes âgées vulnérables qui ont été déracinées par le conflit continuant à dévaster l'est de la RDC, malgré un accord de paix formel signé en 2003 et une trêve dans l'est au début de l'année 2009.

Ces personnes nécessitent une attention particulière de la part du HCR, notamment quand elles sont seules et qu'elles ont des besoins spécifiques. Beaucoup ont des problèmes de santé ou ont besoin d'aide pour subvenir à leurs besoins. Elles sont par ailleurs souvent victimes de discrimination, de la part de personnes considérant les personnes âgées comme un fardeau. De plus, les femmes âgées sont dans l'incapacité de se protéger et elles sont parfois victimes de violences sexuelles.

Paul s'est confié à l'un de ses rares visiteurs, Céline Schmitt du HCR. Lors de sa naissance, son pays était alors une colonie connue sous le nom de Congo belge. Ses 40 premières années se sont déroulées dans un climat relativement pacifique dans l'histoire du pays. Toutefois l'indépendance en 1960 a marqué le début d'une période de violence sécessionniste. L'Est, riche en ressources et rebaptisé Zaïre, a été détruit par la guerre vers la fin du régime du Président Mobutu Sese Soko qui a duré entre 1965 et 1997.

Paul a réussi à survivre aux vagues de violence. Il a même mené une vie prospère au Nord-Kivu. Mais le monde s'est écroulé autour de lui en 2008, quand il a perdu la plupart de sa famille lors de la reprise des combats entre les forces gouvernementales, diverses factions rebelles et des milices. Il s'est enfui de son village et il a fini par arriver dans un camp accueillant des personnes déplacées internes à Minova, où il est resté deux ans avant d'être transféré à Mugunga III, un site géré par le HCR et accueillant des personnes déplacées. Ce camp est situé à l'ouest de Goma, la capitale du Nord-Kivu.

En l'absence de proches pour lui venir en aide, il compte sur les agences d'aide humanitaire pour survivre. Le HCR lui a fourni un abri et travaille également HelpAge International, une ONG européenne qui vient en aide aux personnes comme Paul. L'organisation non gouvernementale fournit une aide matérielle ainsi qu'un soutien psychosocial aux personnes les plus vulnérables. Elle gère également des programmes générateurs de revenus et des cours d'alphabétisation pour les personnes âgées. Elle leur assure des soins de santé et une protection.

L'histoire de Paul :

Je suis né à une époque où les femmes portaient encore un cache-sexe [pagne]. Elles portaient une ceinture avec une pièce de tissus devant et une autre derrière.

Avant le début des combats, je vivais très bien. J'étais le chef de mon village. J'étais agriculteur et je faisais du commerce. Je cultivais des pommes de terre, des haricots et du manioc pour la vente. Ma famille vivait bien et je possédais 26 vaches et 18 moutons. Tout mon bétail a été volé pendant le conflit.

Lorsque le conflit a commencé il y a quatre ans, j'avais une femme, 12 enfants et quatre petits frères. Ils ont tous été tués. Je ne sais pas comment j'ai réussi à m'enfuir sans me faire arrêter. J'ai passé une semaine à marcher pour m'enfuir, en mangeant des pousses que je pouvais trouver sur les berges, avant d'arriver à Ngungu [à environ 60 km au nord-ouest de Goma, dans le territoire de Masisi].

J'avais un bâton qui me servait de canne pour m'aider à marcher. Depuis Ngungu, quelqu'un m'a porté vers le camp de Minova où étaient accueillis des déplacés [au Sud-Kivu], où j'ai passé deux ans. Je vis ici à Mugunga III depuis deux ans. Lorsque le camp de Minova a été fermé [en 2010], les personnes vulnérables qui ne pouvaient pas rentrer chez elles ont été transférées à Mugunga.

Je vis seul, j'ai perdu mon épouse. Je compte sur l'assistance humanitaire et l'aide d'autres personnes autour de moi. Je prie aussi parce que je n'ai rien même pas d'ustensiles de cuisine. Je dors sur la roche volcanique. Lorsque j'ai reçu une natte et une couverture, je les ai vendues pour acheter de la nourriture.

Quand je me réveille le matin, je bois un verre d'eau et je m'assois devant mon abri. Les familles voisines m'aident avec un petit quelque chose à manger. Comme je n'ai pas d'énergie pour bouger, je reste là jusqu'au soir.

Je ne vois personne que je connais ici. Je n'ai personne parce que je suis pauvre et les pauvres n'ont pas d'amis. Je rencontre parfois d'autres personnes âgées qui vivent dans le camp mais, quand nous nous voyons, nous ne parlons que de nos problèmes et nous nous apitoyons sur notre sort. C'est notre seul sujet de conversation.

Si la paix est restaurée, je suis prêt à rentrer à la maison, mais la paix ne revient pas. Et de toute façon, comment pourrais-je rentrer à la maison, dans ma situation vulnérable. J'irai n'importe où si on me donne une maison où je peux vivre. Mais il faudrait que quelqu'un me porte. Je n'ai plus de force. Même lorsque je marche sur la route principale [à côté du camp], je dois me reposer plusieurs fois pour reprendre mon souffle et retrouver des forces.

Tant que Dieu ne m'appelle pas, je veux juste une maison, de la nourriture et un sommeil paisible. S'il vous plaît, aidez-moi et donnez-moi un peu d'argent pour acheter de la nourriture. Mon estomac est vide.

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