Soudan du Sud : Le HCR fait face à une crise sanitaire

Agir pour faire la différence, 29 août 2012

© HCR
Une réfugiée soudanaise traite son enfant, qui souffre de malnutrition aiguë et de diarrhée, au centre de stabilisation de l'hôpital de Bunj, dans le comté de Maban au Soudan du Sud.

CAMP DE YUSUF BATIL, Soudan du Sud, 29 août (HCR) Haram Yakub, 25 ans, est assise sur un lit d'hôpital et serre sa petite fille contre elle. Après plus d'une semaine de diarrhée, qui l'empêchait de garder quoi que ce soit, Nancy, 11 mois, arrive enfin à se nourrir.

Voir Nancy retrouver peu à peu la santé dans le camp de Yusuf Batil au Soudan du Sud est un soulagement. Mais Yakup reste traumatisée. Sa peur est si grande que sa mémoire est fragmentée : elle était agricultrice dans son village natal de Jam dans l'État du Nil bleu au Soudan du Sud. Elle sait que Nancy est soignée depuis huit jours au centre de stabilisation de l'hôpital.

Dans l'aire de jeu du camp, une jeune fille danse avec ses amis. Sa chanson parle des gens de son village au Soudan qui ont fui le conflit. Elle se sent soudain faible et s'évanouit.

Cette jeune fille a fait le voyage de la frontière du Soudan du Sud il y a plusieurs mois avec une épine dans la cheville. Sa jambe est infectée et des poches de pus jaune vif sont visibles sous la peau. Elle aussi souffre de diarrhée. À proximité, une institutrice amène son enfant avec elle à l'école. Le bébé se remet aussi d'un épisode de diarrhée. L'institutrice lui donne de l'eau additionnée de sels de réhydratation.

Dans un centre de soins itinérant, des travailleurs de la santé pèsent et mesurent les enfants. Beaucoup présentent les symptômes du paludisme ; d'autres souffrent de malnutrition ou de diarrhée. Certains ont les trois problèmes à la fois. La maladie affecte aussi des employés du centre, du HCR et d'autres agences humanitaires.

Il y a quelques semaines, le HCR avait réussi à transférer 32 000 réfugiés depuis la frontière soudanaise vers le camp dans des conditions difficiles. Aujourd'hui, l'agence pour les réfugiés s'emploie à gérer une crise sanitaire grave.

Avec le début de la saison des pluies, le HCR et ses partenaires surveillent l'apparition d'épidémies de paludisme, de choléra et de fièvre virale hémorragique. L'état nutritionnel des réfugiés au camp de Yusif Batil est déficient, et le personnel se prépare à faire face à une épidémie de choléra.

Une armée de 200 travailleurs de la santé fait le tour du camp. Un hôpital de 300 lits a été construit pour le traitement du choléra. Deux autres établissements sont prêts à accueillir jusqu'à 50 malades. Plus de 20 postes ont été établis pour la fourniture de solutions orales de réhydratation aux personnes souffrant de diarrhée.

Environ 60 % des 34 000 réfugiés du camp de Yusif Batil sont des enfants. Et 40 % des enfants âgés de moins de cinq ans souffrent d'une forme de malnutrition. Jusqu'à 15 % des enfants de ce groupe d'âge sont gravement sous-alimentés. Parallèlement, le taux de mortalité des personnes âgées de 50 ans et plus dans le camp est de 4,7 pour 10 000 personnes par jour, ce qui est presque cinq fois plus que le taux normal.

« Notre population est vulnérable et confrontée à de nombreuses menaces extérieures », déclare Maria Pillar, médecin au HCR. « Nous devons créer un système de santé pour les réfugiés très rapidement. Nous avons besoin de temps. Mais ils ne peuvent pas attendre. »

La pluie est également un ennemi. Elle empêche les personnes d'aller chercher de l'eau potable, de se rendre aux dispensaires et d'aller à l'école. Les flaques d'eau favorisent aussi la reproduction des moustiques, qui sont des vecteurs du paludisme. Les enfants modérément sous-alimentés attrapent froid et sont trop faibles pour lutter contre la maladie.

Il est urgent d'augmenter les rations alimentaires, tant en termes quantitatifs que qualitatifs, pour que les réfugiés qui arrivent depuis plusieurs semaines se refassent une santé. « Les réfugiés ont besoin de plus de calories dans moins de nourriture », déclare Maria Pillar.

Pour le HCR, la distribution de nourriture et d'autres produits nutritifs est la priorité absolue. Le Programme alimentaire mondial a préparé la distribution d'un mélange de maïs et de soja enrichi de vitamines. De plus, un pont aérien sera mis en place pour la fourniture d'aliments essentiels.

La chaleur est écrasante en ce mercredi matin à presque 20 kilomètres du camp de Yusuf Batil. Un avion-cargo survole lentement un champ couvert d'herbe et largue son chargement organisé par le HCR : 36 tonnes de céréales. Ce chargement permettra aux dizaines de milliers de réfugiés de Yusuf Batil et de Doro, l'autre grand camp de réfugiés du comté de Maban, de survivre.

Pour aider les enfants, les organismes œuvrant dans les domaines de la santé et de la nutrition distribuent une gamme de compléments alimentaires, en fonction du niveau de malnutrition. Un de ces compléments, appelé « Plumpy Supplement » est distribué à tous les enfants modérément sous-alimentés âgés de cinq ans et moins dans le camp. Un deuxième supplément, appelé « Plumpy'Nut », est distribué aux enfants gravement sous-alimentés.

« Lorsque nous donnons ces compléments, il est important que nous voyions les personnes les manger », déclare Brendan Dineen, employée du HCR en charge de la santé publique. « Ces produits doivent être consommés par les enfants sous-alimentés ; ils ne doivent pas être partagés avec les membres de leur famille. »

La lutte contre la maladie comprend aussi la distribution systématique de moustiquaires, de nattes de couchage et de couvertures. Un enfant tenu au chaud risque moins d'attraper froid. Une femme âgée abritée derrière une moustiquaire est protégée en partie contre le paludisme. Un total de 16 000 moustiquaires, 14 000 couvertures et 7 100 couvertures ont été distribuées.

Dans le cadre de sa campagne pour la santé, le HCR s'efforce d'accroître l'accès à l'eau. Dans le camp de Yusuf Batil, environ neuf litres d'eau sont consommés en moyenne par jour. Des agences spécialisées collaborent avec le HCR pour établir un réseau d'adduction et de distribution de l'eau à travers le camp. « Si vous devez porter 40 kilos d'eau sur un kilomètre [comme le font de nombreuses personnes] et si vous avez une flaque d'eau devant chez vous, vous choisirez peut-être la flaque », déclare Brendan Dineen. « Nous essayons de faciliter l'accès à l'eau potable. »

Dans le meilleur des mondes, le camp disposerait d'une latrine pour quatre familles, ou 20 personnes. Actuellement, le ratio est d'environ une latrine pour 28 personnes. En réponse à ce problème, environ 700 latrines à fosse ont été construites autour du camp. De plus, quelque 300 latrines familiales ont été construites.

En matière d'hygiène, des messages ont aussi été préparés sur l'importance de se laver les mains, d'utiliser les installations sanitaires et de consommer de l'eau potable. « On parle d'hygiène à Batil », déclare Brendan Dineen. « Ainsi, les gens apprennent à se soigner eux-mêmes. »

Greg Beals, camp de Yusuf Batil, Soudan du Sud

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L'UNHCR et ses partenaires continuent de former et de rémunérer les instituteurs au sein des 12 camps de réfugiés, assurant ainsi une éducation de qualité aux enfants réfugiés. Les ONG partenaires entretiennent les écoles et fournissent les uniformes aux écoliers. L'UNICEF distribue des livres, des cahiers et des fournitures. En août 2007, l'UNHCR, l'UNICEF et le Ministère de l'éducation tchadien ont travaillé conjointement pour améliorer l'éducation des Soudanais déracinés par le conflit au Darfour.

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Quelque 105 000 réfugiés se sont regroupés dans le Comté de Maban, au Soudan du Sud. De graves risques pèsent sur la santé de nombre d'entre eux. Le HCR et ses partenaires travaillent d'arrache-pied pour prévenir et contenir l'épidémie de paludisme et plusieurs maladies hydriques.

La plupart des réfugiés, notamment les enfants et les personnes âgées, sont arrivés très affaiblis dans les camps. Or, les pluies incessantes ont tendance à exacerber la situation, les flaques d'eau se transformant vite en foyer d'incubation de moustiques porteurs du paludisme. Qui plus est, un simple rhume suffit pour que l'état de malnutrition modérée dont souffrent les enfants et personnes âgées se transforme en malnutrition sévère.

C'est dans le camp de Yusuf Batil, dans le Comté de Maban, que la situation se fait la plus critique puisque 15 % des enfants de moins de cinq ans y souffrent de malnutrition aiguë.

Le HCR et ses partenaires font tout leur possible pour prévenir et lutter contre la maladie. Dans le camp de Yusuf Batil, 200 professionnels de la santé des communautés vont de foyer en foyer afin d'enseigner aux réfugiés les règles d'hygiène de base, telles que la nécessité de se laver les mains ou encore comment reconnaître les signes de maladie. S'ils en ont besoin, les enfants reçoivent des aliments nutritifs tels que des Plumpy'nut. Un hôpital spécialisé dans le traitement de patients atteints du choléra a d'ailleurs ouvert ses portes. Parallèlement, des moustiquaires ont été distribuées dans tous les camps à des fins de prévention du paludisme.

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