Les rescapés congolais des attaques de la LRA désespèrent de rentrer un jour

Articles d'actualité, 9 mai 2012

© HCR/M.Hofer
Une femme et son fils pilent le grain dans un mortier en bois pour leur diner dans un site de déplacés près de Dungu. Ils ont fui les attaques menées par la LRA, l'Armée de résistance du Seigneur.

DUNGU, République démocratique du Congo, 9 mai (HCR) Jules* est allongé sur un lit d'hôpital à Dungu, dans l'est de la RDC et se remet de ses blessures par balles à la jambe et à l'épaule. Il a été victime d'une récente attaque menée par la LRA (Armée de résistance du Seigneur) dans la province Orientale.

Toutefois, il est encore vivant et libre. Ces deux dernières décennies, les combattants de la LRA ont gagné la réputation de commettre des violences aveugles, y compris des meurtres et des viols ainsi que des enlèvements dans les villages où ils sèment la terreur. Ces dernières années, ils ont abandonné leurs bases en Ouganda et ont mené des attaques dans les pays voisins, comme le Congo et la République centrafricaine.

Dans le cas de Jules, les combattants de la LRA sont arrivés dans le village à l'aube. « Ils sont venus [début avril] à 5h du matin et ils ont commencé à tirer. J'ai essayé de courir hors de ma maison, mais l'un des rebelles de la LRA est entré et, sans dire un mot, il a ouvert le feu », a expliqué ce fermier âgé de 55 ans.

Il se rappelle ensuite qu'il se trouvait dans une base des forces des Nations Unies pour le maintien de la paix avant d'avoir été évacué par un avion de Médecins Sans Frontières vers la ville de Dungu, environ sept kilomètres vers le sud. Il lui a été dit que son rétablissement prendrait plusieurs semaines.

Comme beaucoup d'autres victimes des récentes attaques de la LRA dans cette partie du pays, il désespère de pouvoir un jour rentrer chez lui. Marie*, âgée de 36 ans, a dû fuir son village à minuit. « Je ne veux pas rentrer chez moi. Si les rebelles reviennent, je serai forcée de quitter mon village à nouveau », a indiqué cette mère de cinq enfants, dont le village avait été également attaqué en 2009. La LRA avait pillé et réduit en cendres des maisons. Les rebelles avaient également enlevé un homme.

Le renouveau des attaques menées par la LRA dans la province Orientale depuis le début de cette année a ciblé des dizaines de villages et déplacé plus de 2500 personnes, dont la plupart ont fui vers Dungu ou des sites accueillant des déplacés internes, où ils reçoivent de l'aide du HCR et de ses partenaires. Au moins trois personnes ont été tuées et 51 autres enlevées, y compris 16 enfants.

Les attaques contre le village de Bagalupa, racontées par Clémentine*, âgée de 30 ans, se sont déroulées selon un schéma typique. « Nous dormions quand ils sont arrivés pour une première attaque. Ils sont entrés des deux côtés du village et ils ont commencé à piller les maisons. Les gens ont commencé à pleurer et sont partis », raconte-elle, ajoutant que les villageois ont passé une semaine dans la brousse.

Toutefois, juste une semaine après leur retour, la LRA a commis une nouvelle attaque, cette fois-ci le soir. « Ils ont commencé à tirer pour faire peur aux militaires. Tout le monde dans le village a fui. Nous avons passé quatre jours sur la route vers Dungu. Nous marchions durant la journée et nous dormions la nuit dans la brousse. »

Clémentine vit désormais dans une famille d'accueil à Dungu. « Je ne veux pas rentrer », dit-elle, se faisant l'écho des inquiétudes exprimées par Jules et Marie et beaucoup d'autres habitants de son village. « Je ne veux pas rentrer dans mon village », a indiqué Marcel, le chef du village de Bagalupa. « Quand je suis allé sur place pour me rendre compte de la situation, j'ai croisé des rebelles de la LRA sur la route », dit-il, ajoutant qu'ils l'avaient laissé passer.

Il a indiqué qu'il préfèrerait rester à Dungu et il a demandé aux autorités locales de lui allouer un carré de terrain. La plupart des civils nouvellement déplacés à Dungu vivent dans des familles d'accueil. Ils comptent sur les membres des communautés locales pour l'assistance humanitaire. Certains travaillent dans les champs pour payer et d'autres cherchent du bois de chauffe pour le vendre au marché, mais c'est dangereux car ils doivent s'aventurer dans la forêt.

« J'ai accueilli ces familles dans ma maison par compassion. Ce sont mes frères », a indiqué Barthélémy, qui vit avec sa femme et leurs quatre enfants dans une maison avec une pièce unique. Ils ont accueilli trois familles déplacées comprenant au total 12 personnes.

Beaucoup de civils ont encore trop peur de rentrer dans leurs villages. Certains ont décidé de rentrer dans des zones où il y a maintenant une présence armée, y compris à Bagalupa et Nangwakaza, le village que Marie avait fui il y a environ un mois avant de s'entretenir avec le HCR.

Simon* est retourné à Bagalupa, en partie car il n'a nulle part ailleurs où aller. « Nous avons peur », reconnaît-il. « La nuit, chez nous, nous n'arrivons pas à trouver le sommeil, nous dormons dehors dans la brousse. Quand je suis dans les champs et que j'entends un petit bruit, je laisse tomber ma houe et je cours. »

La sécurité sur le long terme est une préoccupation pour beaucoup de déplacés, y compris ceux qui ont trouvé abri dans les installations accueillant des déplacés dans et autour de Dungu. Dans le site de Bangapili, certains sont là depuis 2008, ils ont trop peur de rentrer, même si les conditions de vie sont difficiles.

« Je ne suis pas heureuse ici, je voudrais rentrer dans mon village [près de la frontière avec le Soudan du Sud] », indique Charlotte*, qui vit à Bangapili depuis quatre ans. « Mais la sécurité n'a pas été restaurée », ajoute-t-elle.

Beaucoup ne rentreront que lorsqu'ils sauront que le chef de la LRA Joseph Kony, qui est recherché par les militaires de la région appuyés par les forces spéciales américaines, aura été tué ou capturé et que son organisation aura été démantelée. « Ce jour-là, nous sortirons dans les rues et nous chanterons. Nous serons vraiment heureux », indique Angélique.

Depuis 2008, les attaques et les menaces de la LRA ont généré un nombre effrayant de déplacés internes en République démocratique du Congo. La plupart sont toujours déplacés.

* Noms fictifs pour des raisons de protection

Par Céline Schmitt à Dungu, République démocratique du Congo

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