Six fois plus de déracinés par les conflits au Moyen-Orient, selon un rapport sur les déplacés internes

Articles d'actualité, 19 avril 2012

© HCR/S.Schulman
Une mère et son enfant en République démocratique du Congo. La mère a été plusieurs fois déplacée interne, dans l'est du pays en proie à des troubles.

GENÈVE, 19 avril (HCR) Le rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) sur les déplacés internes a indiqué jeudi qu'il y avait 26,4 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays à la fin 2011, dont 3,5 millions d'entre elles forcées à fuir durant cette seule année.

Selon l'étude préparée par l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) basé à Genève et établi en 1998 par le Conseil norvégien pour les réfugiés, environ 830 000 personnes nouvellement déplacées internes, sur le total enregistré en 2011, ont fui l'impact des soulèvements du Printemps arabe, soit une augmentation de six fois le nombre observé en 2010 qui s'élevait à 177 000 nouveaux déplacés.

« Alors que le Printemps arabe a fait croître de façon significative le déplacement interne », a indiqué Kate Halff, Directrice de l'IDMC, « des crises dans d'autres régions, comme l'extension du conflit armé en Afghanistan et les activités des cartels de la drogue et des groupes paramilitaires en Colombie, se sont tous rajoutées à ce chiffre, tandis que la famine et le conflit aggravaient encore l'extrême vulnérabilité de millions de personnes déplacées internes en Somalie. »

Selon le rapport de l'IDMC « Vue d'ensemble des tendances et développement sur le déplacement interne en 2011 », un demi-million de personnes ont été déplacées en Libye pendant le conflit ayant mené à la chute du régime de Mouammar Kadhafi. A la fin de l'année, au moins 154 000 personnes étaient toujours déplacées internes. Beaucoup d'entre elles sont associés avec le régime et ne peuvent pas rentrer chez elles car elles risquent des attaques de représailles. Parallèlement, plus de 156 000 personnes ont été nouvellement déplacées en Syrie et au moins 175 000 au Yémen.

En Somalie et en Afghanistan, les conflits armés de longue durée ont conduit au plus important déplacement interne de population jamais observé. En Afghanistan, le nombre des nouveaux déplacements était 80% plus élevé qu'en 2010 car le conflit s'est étendu vers de nouvelles régions. En Somalie, où 16% de la population totale est déplacée interne, les personnes déjà déplacées par le conflit ont subi l'impact de la sécheresse et de la famine qui ont frappé la Corne de l'Afrique. Beaucoup sont morts de faim.

En Côte d'Ivoire, jusqu'à un million de personnes sont devenues des déplacés internes au début de l'année. Elles ont été forcées au déplacement lors des combats entre les candidats rivaux pour les élections présidentielles de la fin 2010. A la fois au Soudan et au Sud-Soudan nouvellement indépendant, des centaines de milliers de personnes sont devenues des déplacés internes à cause des combats menées par les forces armées de ces deux pays contre des milices rivales.

Selon le rapport, de nombreux pays dans lesquels le conflit armé a pris fin demeurent instables. Les civils continuent à être contraints de fuir la violence criminelle. En Colombie, le pays ayant le plus grand nombre de déplacés internes au monde, les réseaux criminels sont les principales causes du déplacement interne de population. Entre 3,9 et 5,3 millions de Colombiens étaient déplacés internes à la fin 2011, et les groupes armés impliqués dans le trafic de drogues étaient responsables du plus grand nombre de nouveaux déplacements à grande échelle.

En Afrique centrale, l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) continue de générer des déplacements internes de population, en attaquant des civils en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud et en République centrafricaine. Environ 440 000 personnes sont déplacées internes ou vivent en tant que réfugiés, en raison d'attaques menées par ce groupe rebelle ougandais.

La bonne nouvelle pour 2011 vient de l'Afrique. Le nombre des déplacés internes y a décru depuis 11,1 millions à 9,7 millions, avec des retours significatifs enregistrés en Côte d'Ivoire, au Tchad et en Ouganda. Avec un total de 1,5 million de déplacés africains rentrés chez eux à la fin 2011, cette diminution des déplacements internes suit une tendance à la baisse observée depuis 2004.

Les gouvernements africains ont également montré une réelle motivation pour répondre au déplacement interne de population, en signant la Convention de l'Union africaine pour la Protection et l'Assistance des personnes déplacées internes en Afrique. Quand elle entrera en vigueur, la Convention de Kampala sera le premier instrument juridique liant les gouvernements des Etats de ce continent pour protéger les personnes contre les déplacements arbitraires, pour fournir protection et assistance aux personnes déplacées pendant le déplacement et afin de chercher des solutions durables pour eux.

En Iraq, les niveaux de violence sont tombés à la fin 2011. Toutefois, plus de deux millions de personnes restent prises au piège dans leur situation de déplacement interne de longue durée. Leurs perspectives sont limitées car le gouvernement est dans l'incapacité d'assurer la stabilité avec une protection efficace de tous les citoyens.

« Alors que l'avenir reste incertain quant à l'augmentation du nombre de déplacés internes en Syrie », a indiqué Kate Halff, Directrice de l'IDMC, « le passé nous a montré, aux côtés des millions de nouveaux déplacés à travers le monde en 2011, c'est qu'ils seront confrontés à des risques similaires de déplacement prolongé et même répété si les gouvernements, et leurs partenaires internationaux, sont dans l'incapacité d'assurer pour eux un environnement stable. »

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Manuel pour la protection des déplacés internes

Dans plus de 50 pays du monde entier, quelque 24 millions de personnes sont déracinées et déplacées dans leur propre pays suite à un conflit ou à des violations des droits de l'homme.

Personnes déplacées internes

Les personnes déplacées fuient en quête de sécurité dans d'autres régions au sein même de leur pays, où ils ont besoin d'une aide.

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Long voyage de retour vers Tombouctou

La guerre a atteint Tombouctou en avril dernier, quand des rebelles touaregs se sont emparés de cette ville antique du nord du Mali. Elle est rapidement tombée sous le contrôle des militants, qui ont commencé à imposer aux habitants une version stricte de la charia. Les femmes ont été forcées de porter le voile en public, des personnes suspectées d'adultère étaient fouettées ou lapidées, des voleurs ont eu les mains coupées et des chambres funéraires centenaires ont été détruites.

Des milliers de personnes ont alors fui Tombouctou et beaucoup ont trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako, au sud du pays. Fatima Nialy, une mère de quatre enfants, s'est jointe au flux des civils se dirigeant vers le sud car elle se sentait prisonnière dans sa propre maison à Tombouctou. A Bamako, elle et ses enfants - dont son bébé d'un mois - ont été pris en charge par des proches. Elle a vécu dans une chambre de la maison de son frère aîné.

En février 2013, peu de temps après que les forces françaises et maliennes aient libéré Tombouctou, Fatima a décidé de rentrer chez elle avec ses enfants. Le photographe Thomas Martinez les a suivis

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Colombie : Vivre dans les «barrios»

Après plus de quarante ans de guerre civile, la Colombie recense l'une des plus grandes populations de personnes déplacées au monde. Plus de deux millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons ; beaucoup d'entre elles ont quitté des régions rurales éloignées pour aller chercher une sécurité relative dans les villes.

Les familles de personnes déplacées échouent la plupart du temps dans des taudis à la périphérie des grandes villes, où elles vivent dans un grand dénuement. Juste à la sortie de Bogota, des dizaines de milliers de personnes déplacées vivent dans les bidonvilles de Los Altos de Cazuca et de Los Altos de Florida. Les déplacé internes n'ont pratiquement pas accès aux services de santé, d'éducation ou de logement décent. La sécurité est également un problème, des gangs et des groupes armés contrôlant les bidonvilles et prenant souvent pour cible les jeunes.

L'UNHCR travaille en collaboration avec les autorités dans une dizaine de communes à travers la Colombie afin de s'assurer que les droits des personnes déplacées soient respectés, y compris leur accès aux services de base : la santé, l'éducation et la sécurité.

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L'éducation pour les déplacés en Colombie

Deux millions de personnes déplacées sont enregistrées dans le Registre national des déplacés internes en Colombie. Près de la moitié des déplacés sont âgés de moins de 18 ans et, selon le Ministère de l'éducation, seule la moitié d'entre eux sont inscrits à l'école.

Avant même d'être déplacés, les enfants colombiens scolarisés dans des régions à risque sont exposés au danger des mines anti-personnelles, aux attaques de groupes armés et au recrutement forcé mené aux alentours des écoles. Une fois qu'ils sont déplacés, ces enfants perdent souvent une année scolaire entière. De plus, le traumatisme provoqué par le déracinement et le fait d'avoir été témoin de violences extrêmes sont souvent négligés, affectant ainsi leur faculté d'apprentissage. La pauvreté accrue par le déplacement oblige les enfants à travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Ils ne peuvent plus aller l'école.

L'UNHCR soutient les efforts du gouvernement pour répondre à la crise de l'éducation qui touche les enfants déplacés, notamment les interventions locales dans des régions à haut risque, la reconstruction d'écoles endommagées, la fourniture de matériel scolaire et le soutien d'associations locales d'enseignants. L'UNHCR travaille avec le Ministère de l'éducation, afin d'assurer que les besoins des enfants déplacés soient identifiés et pris en compte - sans oublier les minorités ethniques comme les Afro-Colombiens et les indigènes.

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