Un jeune réfugié somalien, future star de hip hop

La parole aux réfugiés, 30 mars 2012

© HCR/R.Nuri
Saber, un jeune réfugié somalien au camp de Choucha, veut devenir une star de hip hop.

CAMP DE TRANSIT DE CHOUCHA, Tunisie, 29 mars (HCR) Saber a un avenir tout tracé. « C'est très clair, je vais devenir célèbre », explique cette star en herbe, en ajoutant, « sans ma famille, mon rêve ne peut devenir réalité ». Aussi résolu qu'il soit, il reste un jeune homme vulnérable qui a besoin d'aide.

Agé de 17 ans, ce jeune réfugié est bloqué depuis un an au centre de transit de Choucha près de la frontière entre la Tunisie et la Libye. Il attend désormais avec impatience de savoir si les États-Unis le pays du hip hop l'accepteront pour une réinstallation. C'est un processus lent mais, en tant que mineur non accompagné, il est considéré par le HCR comme une personne particulièrement vulnérable.

Isabelle Misic, chargée de protection au HCR, a déclaré que les mineurs non accompagnés « sont confrontés non seulement à la difficulté de vivre dans un autre pays en tant qu'enfants, mais ils sont également menacés d'abus et d'exploitation en l'absence de leurs parents. » Le HCR suit de près la situation de ces enfants à Choucha et a appuyé la création de réseaux communautaires pour aider environ 100 mineurs non accompagnés qui se trouvent encore dans le camp, en plus d'assurer leur scolarisation, des activités sportives et récréatives via le Conseil danois pour les réfugiés.

Saber avait fui la guerre déchirant son pays natal, la Somalie, il y a cinq ans. Il avait rejoint la Libye avant de fuir vers la Tunisie en mars 2011 après l'insurrection anti-gouvernementale qui a conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi. Il veut clairement sortir de Choucha. « Il fait trop chaud ou trop froid. Il y a du vent. Je ne suis pas heureux ici. » Voir d'autres mineurs non accompagnés partir récemment pour la réinstallation en Europe a été très difficile.

Mais l'adolescent a tiré profit de cette période, en rassemblant un public fidèle parmi plus de 3 000 réfugiés et demandeurs d'asile principalement de jeunes hommes célibataires originaires de l'Afrique sub-saharienne pour ses spectacles de hip hop. Le jeune homme, connu sous le nom de « S'Joe », se produit une fois par semaine au centre communautaire géré par le Conseil danois pour les réfugiés. Lors de la visite du HCR, il dansait devant des dizaines de jeunes enfants dans une fête organisée pour remonter le moral des personnes qui attendent des nouvelles de leur réinstallation dans des pays tiers.

Saber n'a manifestement jamais souffert d'un manque de confiance en soi. A l'âge de 12 ans, il avait décidé de quitter Mogadiscio sans en avertir sa famille, car « j'avais peur qu'ils me disent que je ne pourrais pas partir car j'étais trop jeune ». Il est parti avec une famille de son quartier vers Addis Abeba en Éthiopie.

« Il y avait un problème de sécurité dans mon pays », a-t-il indiqué au HCR, sous-estimant la réalité du conflit qui avait commencé à ravager la Somalie quatre ans avant sa naissance. « Aussi, je n'ai jamais eu l'opportunité de recevoir une bonne éducation à Mogadiscio », a ajouté Saber, l'aîné de neuf enfants, citant une autre raison ayant motivé son départ de la capitale somalienne.

Après deux mois en Éthiopie, ses voisins de Mogadiscio sont partis pour l'Europe, en l'abandonnant à son sort. Il s'est joint à un groupe de jeunes Somaliens qui ont accepté de l'emmener avec eux dans la capitale soudanaise, Khartoum. « J'y suis resté durant huit mois et j'ai essayé de trouver du travail, mais mes employeurs m'ont dit que j'étais trop jeune. » Alors il a rejoint un autre groupe qui partait vers la Libye. « Je n'ai pas eu à payer. Nous sommes entrés en Libye via Koufra [dans le sud-est du pays]. »

Sa chance a tourné court dans la ville d'Ajdabiya, à l'est du pays, où lui et ses tuteurs ont été arrêtés et détenus durant six mois. Ils n'ont été libérés qu'après avoir payé de l'argent. L'étape suivante pour Saber a été Tripoli, à la fin 2008 quand sa carrière musicale a commencé.

« J'aimais la musique alors j'ai créé un groupe intitulé « Oncod Again », [Tonnerre à nouveau] », a-t-il expliqué. L'adolescent avait fait du rap en Somalie, au sein d'un groupe de trois femmes et un homme. Il a aussi appris « grâce à mes amis libyens, qui m'ont acheté une guitare », et il dit maintenant que « lorsque les gens m'ont vu danser, j'ai dit que j'essayais d'être un musicien et ils m'ont aidé. »

Le groupe a joué la plupart du temps dans des maisons privées, mais ils étaient prêts à passer la vitesse supérieure. « Le 17 mars, nous avions prévu de donner un grand concert », se rappelle Saber. « Mais la guerre faisait rage. » Neuf jours avant le concert, il avait rejoint des dizaines de milliers d'autres étrangers affluant de l'autre côté de la frontière vers la Tunisie à Ras Adjir, à sept kilomètres de Choucha. « J'avais peur de la guerre et je suis parti en quête d'un refuge », a-t-il expliqué.

Il n'y a pas grand-chose à faire à Choucha, mais Saber continue à poursuivre son rêve ici. Il a trouvé un mentor et professeur, en la personne d'un rappeur de 30 ans qui s'est présenté comme étant « SD ». Le Nigérien apprend à « S'Joe » comment rapper et écrire des paroles. SD a vu son élève durant un spectacle au centre communautaire du Conseil danois pour les réfugiés.

« Je pensais que ce gars était un bon », mais il manquait de pratique musicale et d'un équipement décent, a indiqué SD, qui partage ses connaissances. Pour commencer, ils ont dû utiliser un téléphone mobile pour télécharger de la musique de fond car ils n'avaient pas d'ordinateur qui leur permettrait de créer leur propre son.

« Nous recherchons des rythmes et ensuite on fait selon l'inspiration », a expliqué SD, ajoutant : « Nous décrivons notre environnement en chanson. » Saber regarde aussi régulièrement MTV sur le poste de télévision d'un voisin pour trouver l'inspiration. Tous les deux ont déjà créé plusieurs morceaux et leur répertoire comprend des titres comme « Larmes de douleur », « Cache mes limites », « Choucha Gospel » et « Ne t'en va pas », qui constitue un message pour ceux, à Choucha, qui pensent rentrer en Libye pour entreprendre la traversée périlleuse vers l'Europe.

Et mis à part l'ambition et l'optimisme, le hip hop aide aussi Saber pour son éducation. Il chante principalement en somalien, mais il sait que, pour conquérir son public, « il y a quelque chose qui manque l'anglais. » Alors il suit des cours d'anglais, car il veut ajouter une nouvelle corde à son arc pour le hip hop.

Parallèlement, deux choses lui pèsent sa famille et sa réinstallation, avec l'examen en cours par les États-Unis pour sa demande de réinstallation. Avec l'aide du CICR (Comité international de la Croix-Rouge), il parle avec ses proches par téléphone tous les vendredis. Il espère qu'un jour, ils seront réunis dans un nouveau pays, où ils pourront tous poursuivre leurs rêves.

Par Leo Dobbs au centre de transit de Choucha, Tunisie

• FAITES UN DON •

 

• COMMENT NOUS AIDER • • RESTEZ INFORMÉS •

Une famille d'artistes somaliens continue son travail de création en exil

Pendant deux décennies de conflit et de chaos en Somalie, Mohammed Ousman est resté à Mogadiscio où il enseignait l'art alors que d'autres fuyaient le pays. Mais la vie est devenue impossible pour continuer le travail de création artistique, après que des militants d'Al Shabaab aient tué son frère. Quatre de ses neuf enfants ont également été assassinés. Mohammed a fermé sa « Picasso Art school » et il a épousé la veuve de son frère, selon la coutume somalienne. Toutefois, sans emploi, cet homme de 57 ans luttait pour subvenir aux besoins de ses deux familles et, finalement, il lui en a coûté sa première famille. Mohammed a décidé de partir, il a pris l'avion vers Berbera au Somaliland à la fin 2011 puis il a traversé vers le camp de réfugiés d'Aw Barre en Ethiopie, où il a rejoint sa seconde épouse et ses cinq enfants. Le HCR a transféré Mohammed et sa famille à Addis-Abeba pour des raisons de protection, en pensant qu'il pourrait mieux y gagner sa vie en exerçant son art. Mais il découvre que la vente de peintures et de dessins peut être difficile. Il compte sur le soutien du HCR. Les images de l'artiste et sa famille ont été prises par Kisut Gebre Egziabher du HCR.

Une famille d'artistes somaliens continue son travail de création en exil

La distinction Nansen pour les réfugiés a été attribuée à la Somalienne Hawa Aden Mohamed

La lauréate 2012 de la distinction Nansen pour les réfugiés est Mme Hawa Aden Mohamed, ex-réfugiée dont l'oeuvre visionnaire a changé la vie de Somaliennes de tout âge. Celle que beaucoup appellent « maman Hawa » a fondé et dirige un ambitieux programme d'éducation à Galkayo, en Somalie, dont l'objet est d'aider ces femmes à affirmer leurs droits, à acquérir d'indispensables compétences et à renforcer leur rôle social. Cette galerie de photos présente les activités de « maman Hawa » au Centre d'éducation de Galkayo pour la Paix et le développement, où des déplacées internes peuvent apprendre à lire, suivre une formation professionnelle et aussi recevoir une aide humanitaire, notamment sous forme de nourriture.

La distinction Nansen pour les réfugiés a été attribuée à la Somalienne Hawa Aden Mohamed

Cérémonie de remise de la distinction Nansen pour les réfugiés

Plus de 800 personnes ont participé à la cérémonie annuelle de remise de la distinction Nansen pour les réfugiés à Genève le 1er octobre 2012. La lauréate de cette année, Hawa Aden Mohamed, est somalienne. Elle n'a pas pu se joindre à la cérémonie pour des raisons de santé, mais elle avait enregistré un message vidéo. En l'absence de l'ex-réfugiée, le Haut Commissaire pour les réfugiés, Antonio Guterres, a remis la distinction à sa soeur, Shukri Aden Mohamed.

L'humanitaire de 63 ans, éducatrice et défenseur des droits de la femme, plus connue sous le nom de « Maman Hawa », a été honorée pour son dévouement inlassable - dans des conditions extrêmement difficiles - pour aider les réfugiés et les déplacés, principalement des femmes et des jeunes filles mais aussi de jeunes garçons.

Elle a surtout été reconnue - en tant que co-fondatrice du Centre d'éducation de Galkayo pour la paix et le développement en Somalie dans la région de Puntland - pour avoir aidé des milliers de femmes et de jeunes Somaliennes déplacées, beaucoup d'entre elles ayant été victimes de viol. Le centre assure l'enseignement secondaire ainsi que l'apprentissage de l'autonomie.

Durant la cérémonie de remise, les spectacteurs ont entendu une allocution de la militante pour la paix libérienne, Leymah Gbowee, co-lauréate du prix Nobel de la paix 2011. Une vidéo a été diffusée en l'honneur de Mama Hawa. La cantatrice soprano et Ambassadrice honoraire à vie auprès du HCR, Barbara Hendricks, et le musicien suisse, Bastian Baker ont interprêté des morceaux musicaux.

Cérémonie de remise de la distinction Nansen pour les réfugiés

Somalie : La fuitePlay video

Somalie : La fuite

Des milliers de personnes ont fui la ville portuaire de Kismayo en Somalie et, malgré le départ des militants, beaucoup ont choisi de ne pas rentrer.
Somalie : Les touk-touks de GalkayoPlay video

Somalie : Les touk-touks de Galkayo

Des touk-touks ont été offerts à un groupe de déplacés internes somaliens qui vivent dans la ville de Galkayo, ce qui leur facilite la vie.
Somalie : Retour à ZanzibarPlay video

Somalie : Retour à Zanzibar

Un groupe de familles rentre à Zanzibar en Tanzanie après avoir vécu en exil pendant plus de 10 ans à Mogadiscio en Somalie.