Au Sud-Kivu, les déracinés luttent pour survivre

La parole aux réfugiés, 14 mars 2012

© HCR/F.Eliacin
Des personnes forcées à fuir Shabunda attendent de l'aide dans un territoire voisin de la province du Sud-Kivu. Leur survie est un défi de chaque instant.

BUNYAKIRI, République démocratique du Congo, 14 mars (HCR) Claudine* et son mari Pierre* ont fui leur village situé dans l'est de la RDC début janvier. Ils ont trouvé abri au côté de milliers d'autres personnes déracinées dans la commune de Bunyakiri. Toutefois, le couple lutte désormais pour sa survie, comme les autres déplacés internes dans la province du Sud-Kivu, sur le territoire de Kaléhé.

Ces quatre derniers mois, les combats entre les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et un groupe de miliciens maï-maï ont forcé plus de 100 000 personnes à quitter le territoire de Shabunda dans la province du Sud-Kivu pour trouver abri dans le territoire de Kaléhé et d'autres districts voisins. La plupart sont des agriculteurs, qui vivent des cultures dans leurs villages.

Toutefois, dans les principales zones de réception de Bunyakiri, les terres cultivables sont rares et la plupart des nouveaux arrivants n'ont pas les moyens d'acheter une parcelle pour produire suffisamment de nourriture et satisfaire leurs besoins. Ils doivent travailler dans des champs appartenant à des membres des communautés d'accueil. Pierre gagne 800 francs congolais (90 cents américains) par jour, soit trop peu pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses six enfants.

La communauté hôte, elle-même démunie, a accueilli les nouveaux arrivants, en leur fournissant des abris et en partageant avec eux leurs maigres ressources. « Il n'y a pas de conflit ici », a indiqué Charles, un représentant des habitants de Bunyakiri, aux visiteurs du HCR. « Les déplacés vivent dans l'harmonie avec la population locale. »

De nombreux habitants, y compris Charles, éprouvent de la compassion envers les déplacés car ils avaient eux-mêmes été déracinés dans le passé. Trois des enfants de Claudine et Pierre sont scolarisés à Bunyakiri, où les enseignants sont des déplacés.

Cependant, la population croissante des déplacés cause également des problèmes qui nécessitent une attention immédiate. « La plupart des déplacés sont partis à la hâte, sans rien apporter avec eux, pas même une carte d'identité », a expliqué Charles. « Des médicaments, des vivres et des articles non alimentaires sont grandement nécessaires. Les familles n'ont pas d'ustensiles de cuisine, ni de bâche en plastique pour couvrir leurs abris. »

Il a exhorté les autorités locales et les ONG d'aider en fournissant davantage d'assistance humanitaire, y compris de l'aide pour les familles d'accueil. Alexandra Krause, chargée de protection à Bukavu, a indiqué qu'après avoir été alerté de ces difficultés, « le HCR a mobilisé l'appui des autres acteurs humanitaires pour répondre aux immenses besoins des déplacés. » Mais davantage d'aide est nécessaire.

Ce tout dernier déplacement forcé a été causé par les combats déchirant cette région de l'est de la vaste République démocratique du Congo (RDC) entre la majorité ethnique hutue, les Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), et le groupe des miliciens Mutombok Raïa Maï Maï.

Le village de Claudine se trouve dans une zone du territoire de Shabunda qui est contrôlée par la FDLR depuis 1996 et la vie n'y a jamais été facile pour les civils vivant dans cette région instable. Le groupe rebelle est composé principalement de Hutus rwandais qui sont arrivés en RDC après le génocide de 1994 au Rwanda.

« La FDLR faisait régner la terreur, tout lui appartenait. Ses membres imposaient le travail forcé aux civils, pillaient les maisons et les champs, battaient ou tuaient ceux qui résistaient et violaient les femmes », a-t-elle expliqué au HCR.

La situation a toutefois empiré pour les civils lorsque les Maï Maï ont attaqué la FDLR en novembre dernier. Les rebelles rwandais ont accusé les villageois de soutenir les milices maï maï. « Ils ont ouvert le feu sur nos maisons où nous nous cachions et ils en ont réduit certaines en cendres avec des personnes à l'intérieur », a affirmé Claudine.

La seule option, c'était de s'enfuir. En emportant avec eux un peu d'effets personnels, Claudine et Pierre ont marché durant trois jours à travers la forêt avec leurs enfants, y compris leur bébé d'un mois. Aujourd'hui, le village a été déserté de ses habitants. Mais ils espèrent qu'un jour, ils pourront rentrer. « Nous retournerons à la maison lorsque la guerre sera finie et que la FDLR sera partie », a indiqué Claudine.

* Noms fictifs pour des raisons de protection

Par Fabrice Eliacin à Bunyakiri, République démocratique du Congo

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