Les victimes des explosions de munitions à Brazzaville s'entassent dans des abris de fortune

Articles d'actualité, 12 mars 2012

© UNHCR/C.Schmitt
A Brazzaville, des sans-abri sont assis à l'ombre de leur hutte de fortune au marché de Nkombo

BRAZZAVILLE, Congo, 15 mars (HCR) Chantal cherche désespérément un hébergement d'urgence. Agée de 43 ans, elle est l'une des 14 000 personnes devenues des sans-abri et ayant besoin d'une assistance d'urgence, après l'explosion d'un dépôt de munitions le 4 mars dernier à l'est de Brazzaville, la capitale du Congo.

« Moi, je n'ai même pas de bâche pour me mettre à l'ombre », dit cette mère de cinq enfants au HCR dans le marché couvert de Nkombo, tout en regardant jalousement une famille construire un abri de fortune à l'aide d'une bâche en plastique. « Je suis ici depuis lundi, je suis au soleil, je n'ai pas de place à l'intérieur du marché, je ne peux même pas cuisiner, j'attends le soir que le soleil tombe pour me débrouiller, mais c'est dur, très dur », explique-t-elle.

A la demande des autorités congolaises, le HCR a commencé à aider les victimes les plus vulnérables de la série d'explosions massives qui ont causé la mort de 200 personnes, de source gouvernementale. Les sans-abri se sont rassemblés au marché de Nkombo et dans autres sites. Le HCR va apporter un appui pour la gestion de ces sites et pour l'enregistrement des déplacés.

« L'enregistrement des déplacés est primordial pour gérer la situation et apporter une assistance aux personnes sinistrées », affirme Paul Ndaitouroum, Représentant du HCR à Brazzaville. « Il permet également d'établir quelles sont les personnes les plus vulnérables afin de leur apporter une aide spécifique », ajoute-t-il.

Le HCR a fait venir à Brazzaville des experts pour mettre en place un mécanisme de coordination et de gestion des sites où vivent les déplacés. Le HCR a également distribué des articles de première nécessité comme des bâches en plastique, des nattes, des couvertures, des moustiquaires, du savon et des ustensiles de cuisine pour plus de 1000 personnes. Mais les besoins sont loin d'être comblés, selon Paul Ndaitouroum.

Au-delà des besoins matériels, il ne faut pas oublier la gestion du traumatisme. « Il est essentiel que la dimension psychosociale ne soit pas oubliée. Il est crucial qu'elle soit une partie intégrante de la prise en charge des personnes affectées par cette catastrophe », explique Achille Kodo, psychologue au HCR. « Les survivants sont traumatisés et ont besoin d'aide pour surmonter leur traumatisme », ajoute-t-il.

Le marché de Nkombo est l'un des sept sites accueillant les personnes déplacées. Les étals ont été transformés en lit, les allées sont recouvertes de matelas, seaux en plastique et nattes, tandis que les bureaux administratifs sont occupés par des organisations caritatives qui distribuent de l'aide d'urgence aux quelque 2 000 sans-abri ayant trouvé refuge sur place. La plupart d'entre eux ont tout perdu lors des explosions.

Chantal se rappelle du jour de l'explosion qui a bouleversé sa vie. Elle venait de sortir de la maison pour aller à l'église. « J'étais dans le bus quand j'ai entendu un gros boum et j'ai vu de la fumée. On a vu les gens fuir. Dans les taxis, il y avait les blessés », raconte Chantal.

« Je suis retournée chez moi dans le quartier de l'hôpital Tanangai pour chercher mes enfants. La parcelle a été détruite, les tôles de la maison sont tombées. J'ai pris mes enfants et on a fui », continue-t-elle. « Depuis je vis ici, dehors. Je n'ai que deux matelas alors que nous sommes six. Mes garçons refusent de dormir avec moi. J'ai 18.11 de tension, mais il n'y a pas de médicament. »

Chantal était vendeuse de poisson au marché de Dragage qui a été détruit. Sa maison est en ruines, tout comme l'école où allaient ses enfants. Elle vit de l'aide donnée par les autorités congolaises et les organisations humanitaires.

Jean-Bosco vit également dans l'enceinte du marché depuis une semaine. Sa fille de 11 ans est morte sous les décombres. « J'étais à la maison avec ma grande fille qui lavait la vaisselle. Lors de la première explosion, des débris sont tombés sur la maison. J'étais dehors, mais ma fille était dedans. On n'a pas retrouvé le corps de ma fille. Je suis même allé à la morgue, mais on ne le retrouve pas », raconte Jean-Bosco.

« Je suis militaire, mais je n'ai plus la force de travailler. Ma femme est handicapée. Nous dormons ici avec nos trois autres enfants à même le sol sur le ciment. Ma fillette est malade. Nous souffrons », se plaint-il.

D'autres déplacés se sont regroupés dans le square de la cathédrale du Sacré Coeur, des églises ou des stades. Les sites sont bondés, il n'y a ni latrines ni douches. Les sans-abri continuent à venir s'enregistrer une semaine après les explosions et cherchent à s'abriter où ils peuvent. Samedi, des sans-abri arrivaient encore pour s'enregistrer en tant que déplacés et recevoir une aide.

Les hôpitaux sont surpeuplés. « Il y a de nombreux blessés par les impacts » des munitions qui ont explosé, explique Chantal Kunga, une infirmière de 47 ans qui s'est portée volontaire pour soigner les sinistrés.

Par Céline Schmitt à Brazzaville, Congo

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