Hantée par le bombardement qui l'a forcée à fuir le Soudan vers l'Ethiopie

Articles d'actualité, 24 février 2012

© HCR/G.Beals
Au côté de sa mère au camp de réfugiés de Sherkole en Ethiopie, Gisman Usman réapprend à vivre après avoir perdu une jambe et elle s'inquiète pour ses frères portés disparus.

CAMP DE REFUGIES DE SHERKOLE, Ethiopie, 24 février (HCR) Cinq mois après avoir fui l'Etat du Nil Bleu au Soudan, Gisman Usman tente encore de surmonter le traumatisme causé par le bombardement de sa maison durant son sommeil, par ses trois frères qui sont portés disparus et par la perte de sa jambe gauche.

Une nuit de septembre quand l'avion de combat Antonov est arrivé au-dessus de la maison de sa grand-mère à Derem, la jeune femme de 20 ans a été réveillée par la déflagration qui a détruit l'arrière de sa maison au toit de tôle ondulée. Son instinct lui a dicté de courir. Mais Gisman Usman ne pouvait pas bouger car elle était gravement blessée à la jambe.

Le souvenir de cette épreuve lui revient par fragments dans des cauchemars qui peuplent ses nuits et l'empêchent de dormir. Elle se rappelle des deux jeunes garçons qui l'ont retirée des décombres de sa maison.

Les garçons Nazar Shiraj et Mohamed Adam tous deux âgés de 15 ans ont trouvé une charrette tirée par un âne pour la faire sortir mais, en fait, l'âne était mort. Ils ont détaché la charrette de la dépouille de l'animal. Puis l'un des garçons à doucement tiré la charrette, alors que l'autre la poussait. Cela leur a pris 30 minutes pour rejoindre un lieu en sécurité, dans la forêt située non loin de leur village.

Elle se rappelle des personnes qui ont appelé une ambulance dans la ville proche de Kurmuk à la frontière avec l'Ethiopie. Sa mère, Soriah Ibrahim, 40 ans, lui a parlé avec autant de calme qu'elle pouvait.

« Ma mère m'a dit 'tu dois être patiente. Tu dois arrêter de pleurer' », explique Gisman Usman. « Je ne la croyais pas. Je pensais qu'elle me mentait. Je savais que j'allais mourir. »

Soriah Ibrahim se souvient également de cette nuit en brousse. Alors qu'elle ne l'a jamais avoué à sa fille, elle pensait également que Gisman Usman allait mourir. « J'ai essayé de panser ses plaies avec du tissu mais elle saignait beaucoup », explique Soriah Ibrahim. « Je ne lui ai pas dit mais j'avais perdu espoir. Toutefois je suis sa mère alors je devais me concentrer. Et les saignements se sont peu à peu arrêtés. »

Il a fallu plus de 24 heures pour qu'une ambulance arrive. La mère et la fille sont montées dans le véhicule, alors que le père de Gisman Usman et ses trois frères sont restés sur place pour rassembler leurs affaires. Durant le trajet vers Kurmuk, Gisman Usman n'a cessé de penser à son père et à ses frères qu'elle avait laissés derrière elle. Son père Gassim Darmaj est âgé d'environ 60 ans. Mais ses frères, Najuwah Gassim, 15 ans, Dar es Salam Gassim, 7 ans, et Usham Gassim 1 an, étaient tous bien trop jeunes pour se trouver en zone de conflit.

C'est la dernière fois qu'elle les a vus.

L'amputation de sa jambe gauche s'est déroulée dans un hôpital de Kurmuk, qui était également la cible de bombardements. « A ce moment-là, quand j'ai fait l'amputation, il y avait tant d'attaques », indique le Dr Evan Atar, qui a effectué l'opération chirurgicale. « Nous avons dû travailler très rapidement. » Sa jambe a été amputée juste au-dessus du genou. Soriah Ibrahim a donné son sang pour que sa fille soit transfusée. Puis la plaie a été couverte d'un pansement et ils l'ont transportée de l'autre côté de la frontière en Ethiopie dans une charrette tirée par un âne.

A son arrivée en Ethiopie, Gisman Usman a passé près d'un mois à l'hôpital du camp de réfugiés de Sherkole. Sa blessure a lentement cicatrisé et elle a reçu un fauteuil roulant de la part de l'ONG RADO (Rehabilitation and Development Organization), un partenaire opérationnel du HCR.

Après le début de cicatrisation, l'ONG l'a emmenée à Addis Abeba pour qu'elle bénéficie de physiothérapie. Gisman Usman dit qu'elle est reconnaissante d'avoir reçu cette thérapie mais ce dont elle se souvient le plus à Addis, c'est d'avoir été hébergée dans un hôtel moderne.

« Un jour, deux femmes de l'hôtel sont venues dans ma chambre et se sont assises sur le lit près de moi », explique Gisman Usman. « Elles ont commencé à me parler dans leur langue. Je ne les comprenais pas mais j'ai ressenti leur sourire et elles m'ont prise dans leurs bras. Nous avons ri ensemble. »

Maintenant qu'elle est de retour au camp de réfugiés de Sherkole, Gisman Usman essaye de cultiver une attitude positive au quotidien. Quand elle ne peut pas dormir, elle pense au jour où elle se mariera et aux enfants qu'elle aura. Un jour, ils apprendront les nuits sans sommeil qu'elle a endurées.

Sur un lit devant sa tente, Gisman Usman s'imagine également la vie de ses trois frères. Assise près de sa mère, elle ferme les yeux et essaye de les imaginer vivants et dans leur village. « Peut-être qu'ils sont en train de préparer le petit-déjeuner », dit-elle. « Ils vont manger de la viande pour le petit-déjeuner. »

« Que mangeront-ils avec cette viande ? » demande Soriah Ibrahim.

« Ils auront de l'asida (igname) avec leur viande », indique Gisman Usman. « Ils diront « Gisman, viens manger avec nous. Viens et amène ton petit frère avec toi. »

Par Greg Beals au camp de réfugiés de Sherkole, Ethiopie

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