En partance pour le Sud mais coincés au Soudan

Articles d'actualité, 16 janvier 2012

© HCR/V.Tan
Après avoir attendu plus d'un an pour aller au Soudan du Sud, certains sudistes se sont installés dans des wagons abandonnés dans la gare de Sharaja à Khartoum.

KHARTOUM, Soudan, 16 janvier (HCR) A première vue, on dirait une décharge, jonchée de tas de meubles cassés, de poutres métalliques rouillées et de portes avec leurs charnières arrachées. En inspectant de plus près, on aperçoit d'immenses caisses cadenassées, des abris de fortune et des personnes cachées sous la couche permanente de poussière suspendue dans l'air de la capitale soudanaise.

C'est la gare de Shajara au sud de Khartoum. C'est aussi l'un des 14 « points de départ » en service dans la capitale et le lieu d'accueil de tonnes de bagages et de centaines de personnes désespérées qui attendent depuis un an de rentrer dans leurs villages au Soudan du Sud. Le dernier train est parti d'ici fin octobre. Six trains supplémentaires sont prévus pour les mois prochains et tout le monde se bouscule pour être inscrit sur la liste des passagers.

« Nous sommes ici depuis neuf mois, nous voulons vraiment partir », a indiqué une femme qui s'est installé un abri dans un wagon abandonné. « Mon bébé est né ici il y a trois mois. Nous l'appelons Chemin de fer ».

Clignant des yeux à travers la poussière, Bébé Chemin de fer n'a aucune idée de ce qui se passe. Sa famille fait partie des sudistes qui ont fui pendant les plus de 20 années de guerre civile entre le Nord et le Sud.

Au cours des mois ayant conduit à l'indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier, un grand nombre de personnes ayant trouvé refuge au Soudan au fil des années ont commencé à rentrer dans leurs villages ancestraux, ainsi que des personnes nées et élevées au Soudan mais ayant des liens forts avec le Sud. Après un démarrage enthousiaste plus de 350 000 personnes sont parties au Sud entre octobre 2010 et décembre 2011 le mouvement est au point mort.

Le problème est en partie financier : le gouvernement du Soudan du Sud ne dispose plus des fonds nécessaires pour organiser les déplacements, tandis que nombreux sudistes au Soudan ont perdu leur emploi depuis la sécession et sont confrontés à des difficultés économiques.

Des problèmes logistiques expliquent aussi l'entassement à la gare de Shajara. Des décennies d'abandon ont laissé le service ferroviaire entre Khartoum et Wau dans la région nord-ouest du Soudan du Sud dans un état de désordre total. Un seul train emprunte la voie unique de 1000 kms de long entre les deux villes.

Les pannes et les déraillements sont courants et le voyage aller prend au moins deux semaines, souvent plus. Avec la saison des pluies entre juin et décembre, une partie de la voie deviendra impraticable, envahie par l'herbe.

Par ailleurs, quelque 9 000 sudistes se dirigeant vers les régions centres et sud du Soudan du Sud sont coincés à la gare fluviale de Kosti en raison d'une pénurie de péniches pour les embarquer, avec leurs énormes bagages, le long du Nil.

Même pour ceux qui peuvent se payer le voyage en bus ou en camion, le manque de sécurité en route représente un obstacle majeur. Les convois sont souvent cambriolés ou attaqués du fait des combats dans les zones frontalières, en particulier dans l'Etat de Sud-Kordofan.

« Nous avons demandé au HCR de faciliter le transport et d'assurer la sécurité le long de la route », a déclaré Deng Bot, représentant des quelques 40 000 sudistes qui vivent dans l'installation de Mayo Mandella à Khartoum, lors d'une visite du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres la semaine dernière.

« Nous devons trouver un nouveau moyen », a affirmé António Guterres, admettant les nombreux obstacles pour se rendre dans le Sud. « Nous devons faire en sorte que les deux gouvernements se mettent d'accord sur un programme visant à acheminer les personnes les plus vulnérables par avion, le voyage par route restant le principal moyen. Cela n'est possible qu'avec une bonne coordination et des conditions de sécurité adéquates ».

Pendant ce temps, 245 familles désespérées continuent d'attendre dans ce point de départ, un espace ouvert à Mayo Mandella avec des abris faits de bric et de broc, recouverts de bâches en plastique, de sacs de jute et de morceaux de tissus. Il y a peu d'ombre contre le soleil éblouissant et les vents poussiéreux. L'eau est apportée par des charrettes conduites par des ânes et il n'y a pas de latrines et peu d'installations de santé ou d'écoles.

Asunta Matia a renoncé à sa location il y a un an lorsqu'elle a perdu ses revenus de serveuse de thé. « On nous a dit que nous partirions le lendemain, puis le lendemain et encore le lendemain. Mais cela n'est pas encore arrivé », affirme-t-elle. « Quand je serai de retour à Wau, je pourrai installer un nouveau magasin de thé. Je veux que mes enfants aillent à l'université ».

Sa fille Madalena, âgée de 26 ans et mère de deux enfants, a présenté une candidature à l'Université de Juba et espère faire des études d'ingénieur. Son mari et son frère ont tous deux déménagé à Wau, au Soudan du Sud, mais gagnent juste de quoi leur envoyer de l'argent pour la nourriture. Asunta et Madalena ne savent pas comment gagner l'argent nécessaire pour rentrer chez elles ni quand elles vont partir.

Mais Asunta a une certitude: « Cela ne va pas ici. Il est préférable que nous partions et que nous trouvions quelque chose de mieux au Soudan du Sud ».

On estime à 700 000 le nombre de sudistes vivant au Soudan. Jusqu'à présent, quelque 110 000 personnes ont été enregistrées à Khartoum pour le départ, dans le cadre d'un exercice visant à déterminer le nombre de personnes concernées et leurs destinations et à identifier les personnes vulnérables susceptibles d'avoir besoin d'une assistance spéciale.

L'agence des Nations Unies pour les réfugiés et l'Organisation internationale pour les migrations co-président le Secteur des retours, axant leurs efforts sur l'enregistrement des personnes souhaitant rentrer au Soudan du Sud, en coordination avec la Commission du travail volontaire et humanitaire basée à Khartoum. Les deux organisations offrent aussi une assistance de secours et un contrôle de protection dans les gares, les points de départ et le long de la route.

Alors que la date limite d'avril approche pour l'acquisition de permis de séjour soudanais pour les sudistes, le Secteur des retours incite également les gouvernements du Soudan et du Soudan du Sud à délivrer des documents de nationalité et de séjour au Soudanais du Sud demeurant au Soudan, et à appliquer des procédures équitables pour déterminer la nationalité avec des garanties contre l'apatridie.

Par Vivian Tan à Khartoum, Soudan

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L'UNHCR et ses partenaires continuent de former et de rémunérer les instituteurs au sein des 12 camps de réfugiés, assurant ainsi une éducation de qualité aux enfants réfugiés. Les ONG partenaires entretiennent les écoles et fournissent les uniformes aux écoliers. L'UNICEF distribue des livres, des cahiers et des fournitures. En août 2007, l'UNHCR, l'UNICEF et le Ministère de l'éducation tchadien ont travaillé conjointement pour améliorer l'éducation des Soudanais déracinés par le conflit au Darfour.

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La plupart des réfugiés, notamment les enfants et les personnes âgées, sont arrivés très affaiblis dans les camps. Or, les pluies incessantes ont tendance à exacerber la situation, les flaques d'eau se transformant vite en foyer d'incubation de moustiques porteurs du paludisme. Qui plus est, un simple rhume suffit pour que l'état de malnutrition modérée dont souffrent les enfants et personnes âgées se transforme en malnutrition sévère.

C'est dans le camp de Yusuf Batil, dans le Comté de Maban, que la situation se fait la plus critique puisque 15 % des enfants de moins de cinq ans y souffrent de malnutrition aiguë.

Le HCR et ses partenaires font tout leur possible pour prévenir et lutter contre la maladie. Dans le camp de Yusuf Batil, 200 professionnels de la santé des communautés vont de foyer en foyer afin d'enseigner aux réfugiés les règles d'hygiène de base, telles que la nécessité de se laver les mains ou encore comment reconnaître les signes de maladie. S'ils en ont besoin, les enfants reçoivent des aliments nutritifs tels que des Plumpy'nut. Un hôpital spécialisé dans le traitement de patients atteints du choléra a d'ailleurs ouvert ses portes. Parallèlement, des moustiquaires ont été distribuées dans tous les camps à des fins de prévention du paludisme.

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