L'autosuffisance pour les réfugiés de longue date dans l'est du Soudan

Agir pour faire la différence, 13 janvier 2012

© HCR/A.Awad
Le Haut Commissaire António Guterres au côté de réfugiés érythréens et éthiopiens dans le camp de Shagarah I, à l'est du Soudan.

KHARTOUM, Soudan, 13 janvier (HCR) Le chef du HCR António Guterres a terminé sa visite au Soudan cette semaine en saluant les efforts visant à trouver des solutions durables pour des milliers de réfugiés de longue date à l'est du Soudan. Il a également fait part de ses préoccupations sur la traite des êtres humains subie par des personnes vulnérables dans la région, y compris des demandeurs d'asile.

« Notre programme d'aide aux réfugiés au Soudan est l'un des plus anciens en Afrique, il dure depuis 45 ans. Durant cette période, les autorités ont généreusement accueilli des réfugiés originaires de nombreux pays », a indiqué António Guterres aux journalistes à Khartoum jeudi. Reconnaissant la pression portée sur le peuple soudanais par cette hospitalité perpétuée de génération en génération, il a annoncé une initiative « visant à aider les réfugiés de longue date à devenir autosuffisants via des projets générateurs de revenus et à assister également la communauté locale via des programmes de développement. »

L'initiative pour des solutions en période de transition est appuyée par le gouvernement et sera mise en œuvre conjointement par le HCR, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale. Elle commencera par des opérations pilotes dans quelques camps à l'est du pays.

Plus tôt dans la journée jeudi, le Haut Commissaire s'était rendu à Kassala dans l'est du Soudan pour rencontrer la plus importante concentration de réfugiés dans le pays, avec plus de 86 000 personnes. Beaucoup avaient fui les combats entre l'Erythrée et l'Ethiopie durant le demi-siècle passé, mais la majorité d'entre eux sont nés dans les camps du Soudan, où ils partagent l'origine ethnique, la langue et la religion de leur communauté d'accueil.

Au camp de Shagarab I, António Guterres a rencontré des femmes réfugiées qui ont bénéficié d'un programme de micro-crédit financé par le HCR. Parmi elles, Asha Adam, 28 ans, a suivi une formation pour fabriquer des produits artisanaux et gérer un petit commerce. Avec un prêt initial de 150 livres soudanaises (environ 56 dollars), elle a ouvert une boutique de la taille d'un placard, dans la maison de ses parents. Elle vend des biscuits, de la purée de tomates et du savon qu'elle achète au marché local.

« Tout va bien », a expliqué cette réfugiée érythréenne, qui est née et a grandi dans le camp. « J'espère ouvrir un vrai magasin qui vendra davantage de produits de première nécessité comme le sucre et le café. Mes parents sont âgés et mes deux frères sont journaliers au marché, alors cela aidera à augmenter le revenu de la famille. »

A Shagarab, le Haut Commissaire a également rencontré certains des récents arrivants. Chaque mois, quelque 2000 demandeurs d'asile arrivent au camp. Pour la plupart, ce sont de jeunes Erythréens célibataires. Certains ont fui pour échapper au service militaire, d'autres recherchent une vie meilleure ailleurs. Beaucoup quittent le camp dans les deux mois suivant leur arrivée, en ayant recours aux réseaux de passeurs pour contourner les restrictions imposées sur les mouvements de personnes. Ils continuent leur voyage vers Khartoum, le Moyen-Orient ou l'Europe.

Younas, 25 ans, a fui l'Erythrée après avoir enduré des années de bas salaire et de conditions difficiles dans l'armée. Dans les quatre mois après son arrivée au camp de Shagarab I, il a essayé deux fois de se rendre à Khartoum, une ville qu'il considère comme plus sûre en tant que déserteur. Il a été arrêté les deux fois puis renvoyé au camp. Mais il reste déterminé : « Tant que je serai vivant, j'essayerai de trouver un lieu plus sûr. »

En discutant avec un groupe de récents arrivants, António Guterres a indiqué, « il est douloureux de constater que tant de jeunes deviennent des victimes d'enlèvements et de la traite d'êtres humains. Certains sont même tués. Nous nous apprêtons à appuyer le gouvernement pour sévir contre les passeurs et protéger les victimes. »

Il a ajouté, « Ce n'est pas seulement un problème soudanais, c'est un problème global qui doit être résolu par de nombreux pays dans la région. »

Durant sa visite au Soudan, le Haut Commissaire a abordé un autre problème urgent à savoir l'avenir d'environ 700 000 Sud-Soudanais qui vivent encore au Soudan après l'accession du Sud-Soudan à l'indépendance en juillet dernier. Quelque 110 000 d'entre eux ont déjà été enregistrés pour un retour au Sud-Soudan, mais ils sont bloqués à Khartoum et dans d'autres régions du fait de l'insécurité ainsi que d'un manque d'argent et de moyens de transport.

Certains ont fait part de leurs problèmes au Haut Commissaire quand il s'est rendu au point de départ de Mayo Mandella, au sud-est de Khartoum mercredi. Environ 245 familles originaires du sud vivent sur place dans des abris de fortune, dont certaines depuis plus d'un an.

« Si vous voulez nous apporter une aide concrète, svp faites augmenter les moyens de transport », a indiqué une femme à Mayo Mandella. Il n'y a pas assez de trains et de barges pour rejoindre le sud, et certaines routes sont dangereuses, tout spécialement dans les zones affectées par le conflit comme le Sud-Kordofan.

António Guterres, qui s'était rendu au Sud-Soudan en début de semaine, a indiqué, « les deux gouvernements ont accepté un plan d'action bilatéral qui, espérons-le, sera mis en œuvre dans un avenir proche pour augmenter les retours vers le sud. Cela implique davantage de rotations aériennes pour des personnes vulnérables. Toutefois, la mise en place de convois routiers sécurisés s'avère désormais essentielle. »

Par Vivian Tan

A Khartoum, Soudan

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