Apatridie : Laissé pour compte en Afrique australe

Articles d'actualité, 6 octobre 2011

© HCR/P.Rulashe
Rosalind Elphick, juriste employée chez un partenaire du HCR dans le domaine de l'apatridie à Musina en Afrique du Sud, renseigne Luwizhi sur les récents avancements de son dossier.

MUSINA, Afrique du Sud, 6 octobre (HCR) Luwizhi passe son temps à courir après des papiers administratifs depuis quatre ans. Durant cette quête interminable, il est passé du statut de demandeur d'asile à celui de travailleur immigré puis d'apatride.

Luwizhi est né en 1975 d'un père zambien et d'une mère malawienne qui s'étaient rencontrés au Zimbabwe quand ils y étaient travailleurs immigrés il y a plusieurs décennies. Il a grandi au Zimbabwe et il avait une carte d'identité zimbabwéenne tamponnée « citoyen ». A un moment de sa vie, il a travaillé dans une mine de la province de Mashonaland East et il a dirigé le comité des travailleurs.

Orateur charismatique, il avait été recruté par deux partis politiques pour accroître le soutien de base avant les élections de 2008. Toutefois l'attention portée sur lui est devenue plutôt inquiétante, l'un des partis le suivant partout et lui rendant visite à son domicile à des heures tardives.

A la mi-2007, il a fui vers le village de sa mère au sud de Harare, la capitale du Zimbabwe. A son arrivée, elle lui a dit qu'un groupe d'hommes était venu à la maison pour le rechercher. Une rapide description lui a confirmé qu'ils appartenaient au même parti qui le recherchait la nuit dans la ville où il travaillait. Alors il a fui vers Musina, la ville frontalière avec le Zimbabwe et située au nord de l'Afrique du Sud, en traversant la frontière illégalement la nuit.

Quand il était demandeur d'asile en Afrique du Sud, Luwizhi a travaillé comme jardinier. En 2010, le Gouvernement d'Afrique du Sud a démarré un projet de délivrance de documents d'identité aux Zimbabwéens pour régulariser le statut de milliers d'immigrés zimbabwéens qui étaient éligibles. Ce projet a également permis à des demandeurs d'asile de changer de statut et d'obtenir un permis de travail, d'étudiant ou une licence commerciale pour quatre ans.

L'employeur de Luwizhi a insisté que tous ses employés changent de statut pour obtenir leur permis de travail. Luwizhi s'est exécuté car il voyait ces documents comme une chance de trouver un meilleur travail dans les mines situées à proximité de Musina. Peu après, il a décidé de demander un passeport aux autorités zimbabwéennes en Afrique du Sud.

« J'ai reçu le choc de ma vie lorsqu'on m'a dit que j'avais cessé d'être un citoyen zimbabwéen en 2002, en application de l'amendement de 2001 sur la loi sur la nationalité zimbabwéenne », a-t-il indiqué, toujours incrédule. La loi interdit la double nationalité au Zimbabwe et exige que les personnes ayant demandé la citoyenneté d'un autre pays même celles qui n'en sont pas au courant y renoncent pour pouvoir conserver leur nationalité zimbabwéenne.

« La loi sur la citoyenneté zimbabwéenne est devenue de plus en plus restrictive », a expliqué Rosalind Elphick, juriste travaillant à Musina pour un partenaire du HCR, Lawyers for Human Rights (LHR), sur le projet régional du HCR concernant la prévention contre l'apatridie. « La seule justification de Luwhizi, c'est sa naissance sur le territoire. Au Zimbabwe, cela ne suffit pas pour justifier d'une nationalité car la Constitution exige d'avoir au moins un membre de la famille qui soit Zimbabwéen, parent ou grand-parent et il n'en a aucun. »

Luwizhi se lamente. « Alors qui suis-je ? A quel pays j'appartiens car le Zimbabwe est le pays où j'ai grandi, celui que je considère comme mon pays d'origine ? Les pays d'où sont originaires mes parents ne signifient rien pour moi car je n'ai de famille ni au Malawi ni en Zambie. »

A ce moment-là, il avait également abandonné sa demande d'asile, ce qui le rendait illégal et apatride en Afrique du Sud. Il pouvait être arrêté pour présence irrégulière sur le territoire, mais heureusement sa demande d'asile a été relancée après que LHR ait fait appel au Bureau de Musina pour la réception des réfugiés.

L'Afrique du Sud n'est signataire ni de la Convention de 1954 relative au statut des apatrides ni de la Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie. Cependant, le Ministère des Relations internationales et de la Coopération semble accorder de l'intérêt à ce problème.

« Ils ont accordé à LHR un rendez-vous sur ce sujet et ils se sont déjà montrés coopératifs, intéressés par les statistiques que nous avons et ils souhaitent écouter nos témoignages », a indiqué Rosalind Elphick. « Par ailleurs, nous avons réussi à faire connaître plusieurs groupes de personnes qui sont apatrides ou qui risquent de le devenir dans ce pays. »

LHR fait son possible pour présenter ses résultats au Ministère de l'Intérieur d'Afrique du Sud, le ministère chargé de la gestion de l'immigration ainsi que des questions de réfugiés et de demandeurs d'asile.

Parallèlement, Luwizhi est reconnaissant de pouvoir recevoir une aide et des conseils de la part de LHR. « Ils sont très intéressés par ma situation et je sais qu'un jour, ils vont solutionner mon problème », a-t-il indiqué.

Par Pumla Rulashe
à Musina, Afrique du Sud

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Mais si ces droits sont garantis par la loi, ils sont parfois ignorés dans la pratique. Les réfugiés et les demandeurs d'asile se voient souvent rejetés par les employeurs ou mis en compétition avec les citoyens les plus pauvres pour obtenir les pires emplois - en particulier ces dernières années, quand des millions de personnes ont fui les difficultés politiques et économiques survenant dans des pays comme le Zimbabwe. La récession économique mondiale n'a pas aidé.

Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

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LHR avait conçu ce projet un an plus tôt après avoir observé qu'un grand nombre de demandeurs d'asile nés Zimbabwéens leur faisaient part de leurs difficultés pour trouver du travail, étudier ou créer une entreprise - activités autorisées selon le droit sud-africain. Ils expliquèrent à LHR que lorsqu'ils ont demandé un passeport zimbabwéen, nécessaire pour accéder à ces droits, les fonctionnaires du Consulat les ont informés qu'ils n'étaient plus reconnus comme citoyens zimbabwéens. Ceci en réalité les rendait apatrides.

Depuis le commencement du projet, LHR a rencontré plus de 2 000 personnes apatrides ou risquant de le devenir. Ces personnes sont originaires de plus de 20 pays différents. L'ONG a identifié plusieurs catégories de personnes rencontrant des difficultés en Afrique du Sud, que ce soit des migrants ou des personnes nées dans le pays.

La série de photos qui suit présente certaines des personnes qui ont été, ou sont, aidées par le projet. Les portraits ont été réalisés par le photographe Daniel Boshoff. Certaines personnes ont demandé que leur nom soit modifié.

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Suite à l'éclatement de violence en Libye au mois de février 2011, des dizaines de milliers de personnes ont afflué en Égypte, au poste frontalier de Saloum. Si la plupart d'entre eux étaient égyptiens, près de 40 000 ressortissants de pays tiers se sont également présentés à la frontière où ils ont dû attendre leur rapatriement. Aujourd'hui, alors que cela fait déjà plusieurs mois que l'actualité sur cette région ne fait plus la une, plus de 2 000 personnes y vivent toujours. Composé principalement de jeunes Soudanais célibataires, ce groupe compte également des femmes, des enfants, des malades et des personnes âgées, qui attendent qu'une solution leur soit trouvée. Même si la vaste majorité d'entre eux seront sans doute réinstallés dans des pays tiers, cela ne sera ni le cas de ceux arrivés après octobre ni de ceux qui se sont vu refuser le statut de réfugié. Du côté égyptien de la frontière, les conditions de vie sont difficiles. Un terrain a été choisi pour accueillir un nouveau camp. Travaillant en étroite collaboration avec les autorités frontalières, le HCR joue un rôle vital en apportant protection et assistance aux réfugiés.

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