Rapatriement de déplacés tchadiens avant la saison des pluies

Articles d'actualité, 6 juin 2011

© HCR/A.Bah
Un orage approche. Des camions chargés des possessions des rapatriés s'engagent sur la route boueuse.

KOUKOU, Tchad, 6 juin (HCR) Des centaines de déplacés tchadiens sont engagés dans une course contre la montre et les éléments pour rentrer dans leurs villages d'origine avant la saison des pluies.

Dans le cadre de convois organisés par le HCR depuis les régions de Dar Sila et Assoungha dans l'est du Tchad, 1 086 déplacés internes ont bénéficié d'une assistance pour rentrer chez eux. L'agence pour les réfugiés a débuté cette opération de rapatriement le 21 mai dernier. De nombreux déplacés attendent impatiemment de faire le voyage avant la prochaine saison des pluies qui rendra les routes impraticables.

La plupart des déplacés sont originaires des régions de Sila et d'Ouaddaï dans l'est du Tchad près de la frontière avec le Soudan et la région agitée du Darfour. Les déplacements internes à l'est du Tchad remontent à 2005-2006, lorsque les conflits inter-ethniques ont débordé sur le territoire tchadien du Darfour voisin, causant de nombreuses violences, la destruction des villages et des récoltes. Quelque 180 000 personnes sont toujours déplacées dans les régions de Dar Sila et Assoungha et depuis lors, d'importants efforts de résolution des conflits entre les communautés ont été entrepris, pour réduire les tensions liées principalement à l'utilisation des ressources naturelles : l'accès et l'utilisation de la terre et les ressources en eau.

Suite à une amélioration des conditions de sécurité dans l'est du Tchad, les retours spontanés ont commencé l'année dernière, au cours de laquelle l'on estime que 50 000 personnes déplacées internes sont rentrées vers leurs zones d'origine par leurs propres moyens.

Depuis lors, près de 4 500 déplacés se trouvant dans la zone de Koukou au Dar Sila ont demandé au HCR une aide au transport pour rentrer chez eux à temps et cultiver leurs terres avant le début des pluies. Une mission d'évaluation comprenant les partenaires gouvernementaux et inter-agences a récemment statué que les conditions de sécurité et de disponibilité des services de base comme la distribution d'eau, les soins de santé et l'éducation n'étaient propices au retour que dans la moitié des villages. Quelque 9 000 déplacés se trouvant dans la zone de Farchana à Ouaddaï souhaitent rentrer eux aussi.

12 convois de retour ont déjà quitté l'est du Tchad vers des villages comme Borota aet Tiero Marean ces deux dernières semaines. Le HCR prévoit d'aider autant de déplacés que possible à rentrer chez eux à temps pour les semences avant le début de la saison des pluies. Toutefois l'agence est confrontée à des problèmes logistiques comme un nombre insuffisant de camions et l'état boueux des routes.

Les difficultés ne s'arrêtent pas là. Un groupe de déplacés du village de Chargaya Hashaba a indiqué que leurs maisons avaient été complètement détruites par les milices arabes janjawid. Ils sont retournés près de Borota, où ils peuvent bénéficier de services basiques, mais ils iront tout de même au village chaque jour pour cultiver leurs champs qui se trouvent non loin.

« Je suis très heureuse d'être rentrée dans mon village », a indiqué une rapatriée. « Après avoir vécu six ans d'incertitude et d'abris temporaires, le retour à Borota est ma chance de commencer une nouvelle vie sur des bases solides. »

Qu'ils soient rentrés dans le cadre du rapatriement par camion organisé par le HCR ou par leurs propres moyens, tous les rapatriés reçoivent la même assistance. Les autorités locales leur allouent un terrain pour cultiver et aident à contruire les maisons. Le Programme alimentaire mondial fournit plusieurs mois de vivres. Le HCR livre des articles de secours pour aider les rapatriés dans leur une nouvelle vie.

« La communauté a nommé un comité de réception, qui nous a montré où se trouvent les puits et où construire nos maisons », a indiqué un autre rapatrié. « Nous nous sentons en sécurité et bien accueillis ici. Nous avons besoin d'outils et de semences pour commencer à cultiver nos champs. »

Stefano Severe, le délégué du HCR au Tchad, a noté, « C'est encourageant d'entendre que tous les rapatriés sont satisfaits des terres qui leur ont été allouées. Ce geste des autorités locales est un bon signe et nous continuerons les efforts pour fournir une assistance dans les zones de retour, par exemple, en renforçant les mécanismes traditionnels pour la résolution de conflits et en jouant un rôle catalysateur dans la transition vers le développement. »

Alors que de nombreux déplacés sont impatients de rentrer chez eux, de nombreux autres hésitent et choisissent d'attendre pour voir si les conditions s'améliorent dans leurs villages d'origine.

Dans le cadre de l'effort de réintégration engagé par l'ensemble des agences des Nations Unies et des organismes non-gouvernementaux au Tchad, le HCR cible ses interventions dans les villages le long des grands axes où ont lieu la majorité des retours. Ces interventions concernent la construction des abris, le dialogue inter-communautaire et la coexistence pacifique, la promotion des droits humains ainsi que le monitoring de protection. Les autres acteurs humanitaires et de développement interviennent en soutien de la stratégie gouvernementale de relèvement à l'est du Tchad, en l'appuyant par des projets dans les domaines de l'eau et de l'hygiène, de l'éducation et de la santé, du suivi nutritionnel, de la sécurité alimentaire et des projets agricoles ainsi que de la formation professionnelle et des activités génératrices de revenus.

Par Delphine Marie à N'Djamena, Tchad

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