Golfe d'Aden : Traite d'êtres humains et noyades, le sauvetage en mer en péril

Articles d'actualité, 15 avril 2011

© SHS/N.Bajanoub
Des corps sans vie sont rejetés par la mer sur les côtes yéménites, car les passeurs forcent les passagers à sauter par-dessus bord en pleine mer. Ce scénario est devenu monnaie courante.

GENÈVE, 15 avril (HCR) Des réfugiés ont trouvé la mort par noyade cette semaine dans le golfe d'Aden. Le HCR fait état de sa vive préoccupation sur les pratiques inhumaines des passeurs et remet en question la longue tradition de sauvetage des vies humaines en mer.

Seize personnes se sont noyées et cinq autres sont portées disparues suite à deux naufrages qui se sont déroulés cette semaine dans le golfe d'Aden. Presque toutes les victimes sont des Somaliens fuyant les violences et les abus de droits humains dans leur pays natal.

Mercredi, un bateau transportait 45 personnes (35 hommes et 10 femmes), des réfugiés somaliens originaires de Mogadiscio et de Hiran. Il a chaviré à environ deux kilomètres au large des côtes yéménites près de la ville de Murais, à plus de 300 kilomètres à l'est d'Aden. Parmi les passagers, 15 personnes se sont noyées et cinq sont portées disparues. Les rescapés (5 femmes et 30 hommes) ont rejoint la côte à la nage. Ils ont été retrouvés plus tard par Humanitarian Solidarity (SHS), un partenaire local du HCR, et amenés au centre de réception d'Ahwar où ils reçoivent des soins et une assistance.

Selon les survivants, le bateau a quitté le quartier d'Elayo à Bossasso dans le Puntland en fin de journée lundi. Il a été immédiatement confronté à une mer agitée et des vents forts. Le bateau a subi un début de voie d'eau et les passagers ont dû écoper pour maintenir le bateau à flot.

L'embarcation s'est approchée de la côte yéménite mardi après-midi mais les passeurs craignaient d'être interceptés par les gardes-côtes yéménites. Ils ont refusé de naviguer trop près de la côte. Les passagers, qui étaient alors déshydratés et affamés, ont commencé à pleurer et à crier. Malgré leurs appels, l'équipage a décidé de rester en mer jusqu'au matin. Le bateau endommagé a fini par sombrer dans une mer démontée.

Les survivants ont indiqué que, durant leur traversée, ils avaient vu un cargo et un bâtiment de forces navales étrangères. Ils ont expliqué que le vaisseau de marine s'était approché de leur bateau mais qu'il avait ignoré leur appel à l'aide.

« Cette information est inquiétante », a indiqué Andrej Mahecic aux journalistes durant une conférence de presse à Genève vendredi. « Nous appelons tous les capitaines de navires dans le golfe d'Aden à respecter la longue tradition de sauvetage des vies humaines en mer et d'intervention pour aider des bateaux en détresse. »

Selon le personnel du centre de réception d'Ahwar, les rescapés sont épuisés, déshydratés et profondément traumatisés. Dans ce centre, le HCR et SHS leur assurent des soins, y compris une aide psychologique. Les corps de 15 victimes ont été enterrés au cimetière d'Al-Haibalah. Les passeurs auraient survécu et ils auraient fui en direction de Mukalla une ville située à environ 520 kilomètres à l'est d'Aden aussitôt après avoir rejoint la côte.

Dans le cadre d'un second accident, un bateau de passeurs avait pris la mer depuis Elayo lundi avec 79 passagers à son bord, dont 77 Ethiopiens (neuf femmes et 68 hommes) et deux Somaliens (un homme et une femme). Il est arrivé au large des côtes yéménites près d'Al-Kaida dans le governorat de Shabwa mercredi à l'aube. Les passeurs ont jeté l'ancre en haute mer et ils ont forcé les passagers à sauter par-dessus bord.

Un Ethiopien s'est noyé dans les vagues violentes. SHS a retrouvé son corps sans vie rejeté par la mer et l'a enterré au cimetière d'Al-Hamra, près du centre de réception de Mayfa. Parmi les rescapés, neuf femmes et 64 hommes ont été découverts par SHS et transportés vers le centre de réception d'Ahwar pour y recevoir des soins et une assistance. D'autres ont quitté la plage de leur propre initiative.

« Le HCR est préoccupé par le nombre croissant de victimes dans le golfe d'Aden cette année », a indiqué Andrej Mahecic, notant que 89 personnes auraient trouvé la mort par noyade durant les seuls mois de janvier et de février en comparaison de 15 seulement pour toute l'année 2010. « Nous sommes également très inquiets de la recrudescence de la violence et du traitement inhumain des passeurs envers les réfugiés, les demandeurs d'asile et les migrants qu'ils transportent à bord de leurs embarcations souvent impropres à la navigation. Le triste record enregistré pour les trois premiers mois de 2011 est un exemple frappant de cette tendance. »

Plus de 6 500 Somaliens et 18 800 Ethiopiens sont déjà arrivés au Yémen par la mer cette année.

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Le rythme d'arrivée des réfugiés somaliens au Kenya est alarmant

Les trois camps de Dadaab, dont la capacité d'accueil était initialement prévue pour 90 000 personnes, comptent désormais une population d'environ 250 000 civils somaliens, ce qui fait de ce complexe accueillant des réfugiés l'un des plus grands et des plus surpeuplés au monde. Le HCR craint l'arrivée de dizaines de milliers d'autres réfugiés en 2009 dans cette région isolée située au nord-est du Kenya, alors que la situation continue à se détériorer dans leur pays en proie à des troubles.

Les ressources, comme l'eau et la nourriture, se réduisent dangereusement dans les camps surpeuplés, avec parfois 400 familles se partageant l'usage d'un robinet d'eau. Il n'y a plus de place pour monter de nouvelles tentes, et les nouveaux arrivants doivent partager des abris déjà surpeuplés avec d'autres réfugiés.

Début 2009, le Gouvernement kényan a donné son accord pour allouer des terres supplémentaires à Dadaab, ce qui permettra d'héberger quelque 50 000 réfugiés. Les photos ci-après montrent les conditions de vie dans le camp de Dadaab en décembre 2008.

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Traite d'êtres humains dans le Golfe d'Aden

Fin mars, au cours d'une période de six jours, plus de 1 100 Somaliens et Éthiopiens sont arrivés sur le territoire yéménite, après avoir traversé le Golfe d'Aden à bord de bateaux de passeurs depuis Bossasso, en Somalie. Au moins 28 personnes sont mortes lors de ces voyages - d'asphyxie, des coups reçus ou de noyade - et plusieurs ont été gravement blessées par les trafiquants. D'autres souffrent de problèmes dermatologiques en raison d'un contact prolongé avec de l'eau de mer, des excréments, de l'essence ou d'autres produits chimiques.

Au cours d'une récente visite au Yémen, la Haut Commissaire assistante pour la protection, Erika Feller, s'est engagée à mieux faire connaître cette situation, à lancer un appel pour des fonds supplémentaires et pour une action internationale afin de venir en aide au Yémen, et à développer des projets qui amélioreront les conditions de vie et l'autosuffisance des réfugiés au Yémen.

Depuis janvier 2006, le Yémen a reçu près de 30 000 personnes originaires de Somalie, d'Éthiopie et d'autres pays, alors que plus de 500 personnes sont mortes pendant leur traversée. Au moins 300 sont également portées disparues. L'UNHCR aide déjà le Yémen en fournissant de l'assistance, des soins et un logement à plus de 100 000 réfugiés qui se trouvent dans le pays.

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Kenya : largages aériens pour les camps de réfugiés affectés par les inondations

Ce week-end, l'UNHCR a commencé, avec l'aide de l'armée américaine, le largage aérien d'urgence d'environ 200 tonnes de biens de secours destinés aux milliers de réfugiés affectés par de graves inondations dans les camps de réfugiés de Dadaab au nord du Kenya.

Ces largages aériens offrent un spectacle impressionnant. Un avion cargo C-130 a largué, à chaque rotation, 16 tonnes de bâches en plastique, de moustiquaires, de tentes et de couvertures, au-dessus d'un site préalablement évacué de toute présence humaine et animale. Des réfugiés ont ensuite chargé le matériel dans des camions pour l'acheminer vers les camps.

Dadaab, un complexe de trois camps accueillant quelque 160 000 réfugiés, principalement originaires de Somalie, a été coupé du monde par un mois de fortes pluies qui ont emporté la seule route permettant de relier les camps isolés depuis la capitale kenyane, Nairobi. Le transport aérien s'est avéré la seule solution pour faire parvenir les secours vers les camps.

L'UNHCR a transféré 7 000 réfugiés parmi les plus touchés depuis Ifo vers le camp d'Hagadera, à quelque 20 kilomètres plus loin. 7 000 autres réfugiés ont été transférés vers un nouveau site, appelé Ifo 2, situé plus en altitude.

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