Des victimes congolaises de la violence sexuelle appellent la communauté internationale à l'aide

Articles d'actualité, 16 mars 2011

© HCR/S.Schulman
Des femmes au camp de Mugunga III où sont hébergés des déplacés dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo.

CAMP de MUGUNGA III, République démocratique du Congo, 16 mars (HCR) Marie* a été violée la première fois il y a trois ans lors d'une attaque menée contre son village durant laquelle son mari et 10 enfants ont été tués elle avait alors environ 70 ans.

En janvier, cette grand-mère congolaise a de nouveau été violée par des hommes armés. Elle était sortie du site de Mugunga III un camp situé au sommet d'une colline où sont hébergées quelque 2 000 personnes parmi les plus vulnérables dans l'est de la République démocratique du Congo à la recherche d'une jeune adolescente disparue alors qu'elle collectait du bois de chauffe dans la forêt.

« Je leur ai dit que j'étais une vieille femme et que la politique ne m'intéressait pas. Ils m'ont alors demandé si je préférais mourir ou être violée. Je leur ai dit « violez-moi, alors », a-t-elle déclaré, envahie par l'émotion en se rappelant cette seconde tragédie qui la frappait.

« Ils étaient six pour ce viol collectif. Lorsque l'un avait fini, un autre me violait à son tour. Ils m'ont frappée et ils m'ont cassé le genou. D'autres femmes se trouvaient également dans la forêt à ce moment-là et, après avoir été violées, les criminels leur ont enfoncé des morceaux de bois dans les parties génitales et les femmes sont mortes », a-t-elle indiqué au HCR. « J'ai eu de la chance, ils ne m'ont pas tuée. »

Un grand nombre de femmes ont subi des abus similaires et la perte de proches dans la province du Nord-Kivu en proie au conflit en RDC. Elles ressentent que le monde extérieur ne fait pas suffisamment pour les aider ou pour régler ce problème largement répandu de la violence sexuelle et à l'encontre des femmes dans cette région africaine négligée. L'année dernière, quelque 15 000 cas de violence sexuelle ont été signalés en RDC, principalement dans les provinces de l'est.

« De nombreux visiteurs, de nombreuses délégations viennent écouter les victimes de la violence sexuelle, mais nous ne voyons jamais aucun résultat tangible après ces visites », a indiqué Jeanne, une autre femme déplacée de Mugunga III.

Marie faisait partie d'un groupe de 20 femmes dans le camp, dont un grand nombre ont tout perdu. Fin février, elles ont demandé aux visiteurs du HCR fin février de raconter au monde les abus qu'elles ont subis et de solliciter pour elles une aide. « Nous sommes touchés de voir que les gens pensent à nous », a indiqué une autre victime, Thérèse, « mais nous avons également besoin de régler nos problèmes et de subvenir aux besoins de nos familles malgré la souffrance morale qui nous frappe depuis le viol. »

Les femmes et les jeunes filles hébergées dans les camps de Mugunga sont particulièrement vulnérables si elles doivent sortir pour collecter du bois de chauffe, pour la plupart dans le parc national de Virunga. Elles risquent les abus sexuels, mais les hommes encourent de plus gros risques encore.

« Nous avons peur d'aller dans la forêt, mais nous n'avons pas le choix », a indiqué Sabine. « Nous avons essayé d'envoyer nos maris, mais ils risquent de se faire tuer. Alors nous préférons y aller nous-mêmes. Dans le meilleur des cas, nous recevons seulement des coups, mais souvent nous subissons le viol. »

Marie ne collectait pas du bois de chauffe quand elle a subi un viol collectif. Elle recherchait une jeune fille de 15 ans qui avait été envoyée pour collecter du bois, une précieuse ressource utilisée pour faire la cuisine ou revendue pour une petite somme.

Agée maintenant de 74 ans, elle était riche avant d'avoir été forcée de fuir sa maison dans le district de Nyabondo au Nord-Kivu en 2008. « J'avais plus de 100 vaches, 40 cochons et des chèvres. J'avais une maison sur une colline, un gîte avec six lits et une machine à coudre », a-t-elle expliqué. « Tout a été volé. »

Son mari a été forcé d'assister à son viol, avant d'être assassiné. Marie a également reçu des tirs dans les jambes et elle doit toujours utiliser une béquille pour marcher. A Mugunga III, elle vit dans une petite hutte avec six de ses petits-enfants et trois enfants d'un voisin qui est mort, y compris la jeune fille disparue à Virunga.

« J'avais entendu que les jeunes filles sont enlevées dans le parc de Virunga pour servir d'esclaves sexuelles », a indiqué Marie, expliquant le motif de sa vaine recherche de la jeune fille. Elle a parlé de ses souffrances physiques depuis le viol. « Cela me fait mal quand je bouge, quand je marche, quand je respire?. Je dois aller à l'hôpital mais je ne peux pas payer la consultation. »

En plus des problèmes de santé physique et morale, les victimes de violences sexuelles à l'encontre des femmes sont également confrontées à l'ostracisme de leur communauté, à un manque de compassion, au traumatisme psychique et à des problèmes pour gagner leur vie et subvenir aux besoins de leur famille.

Elle a demandé une aide au HCR et souhaite également une aide socio-économique et des projets générateurs de revenus pour aider les femmes victimes de la violence sexuelle. Elles veulent que leurs maris et leurs fils soient également sensibilisés au problème. « Lorsque des violeurs sont emprisonnés, j'en parle à mon fils. Je lui dis que si cela lui arrive un jour, je n'irai jamais lui rendre visite en prison », a indiqué Thérèse.

Le HCR a rapidement répondu à l'une des demandes des femmes de Mugunga III en fournissant des réchauds à économie d'énergie à environ 500 d'entre elles pour qu'elles n'aient plus à s'aventurer en forêt afin de collecter du bois de chauffe. Elles sont également formées pour fabriquer des briquettes de combustible avec de la sciure et du papier. Ce programme bénéficiera à toutes les familles du camp.

* Noms fictifs pour des raisons de protection

Par Céline Schmitt au camp de Mugunga III, République démocratique du Congo

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