Le HCR appelle à l'évacuation massive des étrangers à la frontière entre la Tunisie et la Libye

Articles d'actualité, 2 mars 2011

© HCR/A.Duclos
Des milliers de personnes attendent dans un no man's land. Ils espèrent traverser la frontière vers la Tunisie depuis la Libye, au poste frontalier de Ras Djir.

GENEVE, 2 mars (HCR) L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ont lancé un appel d'urgence à tous les gouvernements pour aider à l'évacuation humanitaire massive vers leurs pays d'origine de dizaines de milliers d'étrangers bloqués à la frontière tunisienne avec la Libye.

Le HCR et l'OIM, en consultation avec les Gouvernements égyptien et tunisien, ont établi aujourd'hui un programme d'évacuation humanitaire commun et ont tenu une première réunion mercredi à Genève. Egalement mercredi, le chef du HCR a informé les Etats membres de l'organe directeur du HCR sur cette proposition. Un responsable du HCR a affirmé plus tard « que nous avons beaucoup de soutien. »

Les deux organisations lancent un appel aux gouvernements afin qu'ils soutiennent ce programme sans tarder, en offrant un soutien financier et logistique massif et en mettant à disposition du personnel expert ainsi que du matériel, dont des avions et des bateaux. Un avion affrété par le HCR devait rapatrier 177 Egyptiens depuis la Tunisie mercredi matin, et un grand nombre de vols de rapatriement sont prévus ultérieurement. L'agence pour les réfugiés travaille également avec plusieurs pays pour établir des ponts aérien et maritime en vue de rapatriements.

Mardi après-midi, le chef du HCR António Guterres a indiqué que la Tunisie lutte pour surmonter l'ampleur de l'afflux environ 80 000 à 90 000 personnes ont traversé la frontière depuis le 20 février pour échapper à la violence en Libye. La plupart des travailleurs migrants sont originaires d'Egypte et de Tunisie, mais de nombreuses nationalités sont représentées.

A ce jour, le nombre établi de Libyens ayant fui la crise dans leur pays dépasse 3 500 et, selon la suite des événements, ce chiffre pourrait augmenter de façon spectaculaire, a indiqué António Guterres, ajoutant que les Libyens sont bien accueillis à la fois en Tunisie et en Egypte.

« Je pense que nous avons vraiment besoin d'une évacuation massive [d'Egyptiens et d'autres ressortissants de pays tiers qui sont présents à la frontière tunisienne] », a indiqué António Guterres à la BBC à Genève. Il a ajouté qu'il y aurait « un immense désastre humanitaire » en l'absence de mesures sérieuses.

« Ces mesures pourront être prises seulement avec un engagement conséquent de solidarité de la part de la communauté internationale. Et j'espère que les pays mettront à disposition leurs propres ressources logistiques pour permettre une évacuation massive à partir de la Tunisie », a-t-il indiqué.

Dans un message à l'attention du personnel, il a indiqué que le HCR renforce ses équipes d'intervention d'urgence et d'élargir les possibilités de réinstallation d'urgence pour répondre aux besoins des réfugiés pris dans les mouvements de population.

Parallèlement, le HCR est également préoccupé par le bien-être de milliers de réfugiés à l'intérieur de la Libye, où le personnel local du HCR continue d'aider les personnes auxquelles ils ont accès.

« A ce jour, seul un petit nombre parmi plus de 8 000 réfugiés et 3 000 demandeurs d'asile enregistrés auprès du HCR en Libye auraient réussi à sortir du pays. Le nombre de réfugiés et de demandeurs d'asile non enregistrés qui font partie de l'exode n'est pas établi », a indiqué António Guterres dans son message au personnel du HCR mercredi. Il a également indiqué que le HCR était particulièrement préoccupé pour les Africains sub-sahariens qui sont devenus tout spécialement vulnérables car ils sont soupçonnés d'être des mercenaires étrangers.

Parallèlement, les centres de réception et de rapatriement en Tunisie restest inadaptés et le Haut Commissaire a réitéré au personnel que « pour être capable de travailler convenablement, nous avons besoin de décongestionner rapidement la région frontalière », où le HCR a établi un camp de transit pour 10 000 à 12 000 personnes. Des tentes supplémentaires devraient arriver dans la zone frontalière mercredi et jeudi pour aider à doubler cette capacité.

Mardi soir, un grand nombre de personnes ont dû dormir en plein air dans le froid et la pluie. Les abris restent le principal problème, mais le personnel du HCR à la frontière a indiqué que les habitants des communautés locales continuent de venir en nombre pour aider les nouveaux arrivants, en leur fournissant des couvertures, des vivres et du matériel d'abri.

Parallèlement, l'Ambassadrice de bonne volonté du HCR Angelina Jolie a exprimé mercredi sa profonde préoccupation pour les personnes fuyant la Libye ainsi que les dizaines de milliers de personnes forcées de fuir l'escalade de la violence en Côte d'Ivoire.

« Alors que nous assistons au développement de ces deux crises dans l'ouest et le nord de l'Afrique, il est essentiel que toutes les parties respectent le droit fondamental, pour les personnes en danger, de fuir vers des lieux en sécurité que ce soit des civils pris dans un conflit survenant dans leur propre pays ou lorsque des réfugiés ou des demandeurs d'asile sont confrontés à de nouveaux conflits », a déclaré Angelina Jolie. « Tout ce que je demande, c'est que les civils soient protégés, plutôt que d'être pris pour cible voire de devenir des victimes. »

Angelina Jolie a indiqué « Il faut que la communauté internationale recherche des solutions. Nous devons assurer que les personnes puissent se déplacer en sécurité, qu'elles soient évacuées si nécessaire, et qu'elles accèdent aux procédures de demande d'asile. Nous ne voudrions pas avoir leur mort sur la conscience. »

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Réinstallation pour les réfugiés du camp tunisien de Choucha

De février à octobre 2011, plus d'un million de personnes ayant fui le conflit libyen sont arrivées en Tunisie. Il s'agissait en général de travailleurs migrants ayant regagné leur pays d'origine par leurs propres moyens ou ayant été rapatriés. Parmi les arrivants se trouvaient néanmoins des réfugiés ou des demandeurs d'asile ne pouvant ni retourner chez eux ni vivre librement en Tunisie.

Le HCR fait son possible pour trouver des solutions pour les demandeurs d'asile et les réfugiés qui, pour la plupart, ont abouti au camp de transit de Choucha, près de la frontière libyenne. La réinstallation est la formule la plus appropriée pour ceux qui ont été enregistrés à Choucha en tant que réfugiés avant la date butoir du 1er décembre 2011.

À la fin avril, 14 pays avaient accepté d'accueillir 2349 réfugiés pour une réinstallation, dont 1331 ont d'ores et déjà quitté la Tunisie, les autres devant le faire dans le courant de l'année. Pour une majorité d'entre eux, les pays d'accueil seront l'Australie, la Norvège ou les États-Unis d'Amérique. Cependant il reste au camp de Choucha plus de 2600 réfugiés et près de 140 demandeurs d'asile. Le HCR continue de solliciter les pays pour une réinstallation des réfugiés.

Réinstallation pour les réfugiés du camp tunisien de Choucha

À la frontière : bloqués à Saloum

Suite à l'éclatement de violence en Libye au mois de février 2011, des dizaines de milliers de personnes ont afflué en Égypte, au poste frontalier de Saloum. Si la plupart d'entre eux étaient égyptiens, près de 40 000 ressortissants de pays tiers se sont également présentés à la frontière où ils ont dû attendre leur rapatriement. Aujourd'hui, alors que cela fait déjà plusieurs mois que l'actualité sur cette région ne fait plus la une, plus de 2 000 personnes y vivent toujours. Composé principalement de jeunes Soudanais célibataires, ce groupe compte également des femmes, des enfants, des malades et des personnes âgées, qui attendent qu'une solution leur soit trouvée. Même si la vaste majorité d'entre eux seront sans doute réinstallés dans des pays tiers, cela ne sera ni le cas de ceux arrivés après octobre ni de ceux qui se sont vu refuser le statut de réfugié. Du côté égyptien de la frontière, les conditions de vie sont difficiles. Un terrain a été choisi pour accueillir un nouveau camp. Travaillant en étroite collaboration avec les autorités frontalières, le HCR joue un rôle vital en apportant protection et assistance aux réfugiés.

À la frontière : bloqués à Saloum

La Libye aux prises avec les déplacements

Après les bouleversements de 2011 en Libye, le nouveau gouvernement se heurte à de sérieux obstacles pour faire avancer le pays après quarante ans de domination sans partage de Mouammar Kadhafi. L'une des tâches des responsables sera de trouver une solution pour les dizaines de milliers de déplacés internes. Certains attendent que leur maison soit réparée ou reconstruite, mais beaucoup d'autres ont été obligés de fuir leur ville ou village en raison de leur soutien présumé à Kadhafi et des crimes qu'ils sont soupçonnés d'avoir commis pendant le conflit. Parallèlement, des personnes en nombre croissant, notamment des réfugiés et des demandeurs d'asile, arrivent en Libye depuis l'Afrique subsaharienne par des routes migratoires mixtes très fréquentées. Certains individus sont arrêtés comme immigrants clandestins, même si beaucoup relèvent de la compétence du HCR. D'autres ont pris le risque de s'embarquer pour la dangereuse traversée en mer vers l'Europe méridionale.

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Le mois dernier, plus de 50 000 personnes, des Berbères pour la plupart, ont traversé la frontière à Dehiba depuis la Libye vers la Tunisie. Certaines d'entre elles expliquent pourquoi elles ont fui la Libye.
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Un navire italien de la police douanière et financière, opérant habituellement contre les trafiquants de drogue, arrive sur l'île de Lampedusa avec un groupe de personnes secourues en mer après avoir fui la Libye.