Tragédie humaine dans le golfe d'Aden ou fuir à tout prix le conflit et la pauvreté en Afrique

Articles d'actualité, 23 décembre 2010

© UNHCR/J.Björgvinsson
Des survivants épuisés après la traversée du golfe d'Aden attendent de l'aide sur une plage au Yémen. Au cours des 10 premiers mois de 2010, 43 000 personnes ont fait le voyage depuis la corne de l'Afrique.

BAB EL-MANDAB, Yémen, 23 décembre (HCR) Le village de pêcheurs de Bab El-Mandab, à quelque 190 kilomètres à l'ouest d'Aden, au sud du Yémen, est le point de la Péninsule arabique le plus proche de l'Afrique. Ici, dans un petit bureau situé près d'une station d'essence, le personnel du Conseil danois pour les réfugiés (DRC), partenaire opérationnel du HCR, enregistre soigneusement le nombre de bateaux transportant des migrants et des réfugiés en provenance de la corne de l'Afrique qui accostent presque quotidiennement dans ce pays.

Entre janvier et octobre de cette année, quelque 43 000 personnes 13 000 Somaliens et presque 30 000 Ethiopiens ont entrepris la dangereuse traversée de la Mer rouge ou du golfe d'Aden dans des embarcations de fortune. Un nombre inconnu d'entre eux ont péri lors de cette tentative. Loin des caméras, une tragédie humaine à grande échelle se déroule depuis des années.

S'appuyant sur un vaste réseau de contacts au sein de la police, de l'armée, des gardes-côtes et des villageois locaux, les employés de DRC sillonnent la côte de long en large à la recherche des migrants récemment arrivés d'Afrique. Ils travaillent en étroite coopération avec le HCR et le Croissant-Rouge yéménite qui fournit les premiers secours, de l'eau et des biscuits à haute teneur calorique aux nouveaux arrivants.

Plus tôt dans l'année, dans le camp de réfugiés d'Al Kharaz, à quelque 40 kilomètres à l'ouest de Bab El-Mandab, les collaborateurs du HCR ont interrogé un Ethiopien qui était arrivé au Yémen la veille. Il avait l'air hagard et morose. « J'ai pris un bateau à Obock à Djibouti », a-t-il déclaré par l'intermédiaire d'un interprète. « Pour y arriver, j'ai dû marcher pendant deux jours dans le désert depuis la frontière éthiopienne. J'ai été retenu par des passeurs dans un endroit isolé près d'Obock avec des centaines d'autres personnes, hommes, femmes et enfants ».

Il n'y avait ni nourriture, ni eau potable, a t-il expliqué. Les passeurs vendaient de l'eau en bouteille à des prix exorbitants. Ceux qui ne pouvaient pas payer devaient boire l'eau provenant des puits voisins. L'eau des puits était salée et contaminée. « Ceux qui l'ont bue ont été malades et nombreux en sont morts », a-t-il ajouté. « Chaque jour, pendant que j'y étais, quatre à cinq personnes mourraient de faim ou de diarrhée ».

Depuis juin, au moins 40 Ethiopiens sont morts après leur arrivée au Yémen en provenance de Djibouti. Leurs cadavres ont été découverts par les villageois ou les autorités près de Bab El-Mandab et signalés au HCR et à ses partenaires. Un médecin de la clinique de Al Kharaz a affirmé qu'en trois jours, au mois d'août, ils avaient reçu 26 Ethiopiens souffrant de gastroentérite sévère.

« Le Yémen permet aux réfugiés somaliens fuyant le conflit armé, les violations massives des droits de l'homme ou la persécution d'entrer sur son territoire », explique Ann Maymann, la déléguée adjointe du HCR au Yémen en charge de la protection. « Cela constitue une leçon de ce qu'est la protection des réfugiés et de nombreux Etats pourraient s'inspirer de l'exemple du Yémen. Dans le même temps, les défis sont immenses et une plus grande attention devrait être accordée à la situation humanitaire qui règne ici ».

Le Yémen est l'un des pays les plus pauvres au monde et il est confronté à de nombreux problèmes internes, y compris des conflits. Certains Somaliens et la plupart des Ethiopiens ne restent pas et préfèrent essayer d'entrer en Arabie saoudite où ils espèrent trouver du travail comme ouvriers, maçons ou femmes de chambre. « Si vous avez de l'argent, les passeurs vous emmènent en voiture en Arabie saoudite après votre arrivée au Yémen », explique un migrant éthiopien. « Si vous n'en avez pas, vous devez faire tout le chemin à pied vers la frontière ».

En chemin, certains migrants et réfugiés sont victimes de trafiquants, qui les vendent pour servir d'esclaves sexuels ou de travailleurs forcés en Arabie saoudite et dans d'autres pays du Moyen-Orient.

Le 25 septembre, un tribunal d'Aden a condamné deux hommes et une femme à 10 ans de prison pour avoir vendu une jeune fille somalienne pour servir d'esclave sexuelle dans une maison close en Arabie saoudite. La jeune fille a retrouvé sa mère et toutes deux ont désormais quitté le Yémen pour une nouvelle vie en Europe.

La plupart des victimes de la traite des êtres humains n'ont cependant pas cette chance : on estime à environ 12, 3 millions le nombre des victimes de trafiquants dans le monde. L'achat et la vente d'êtres humains aux fins d'exploitation est, avec le trafic d'armes, la seconde plus grande industrie criminelle dans le monde après le trafic de drogues et présente la croissance la plus rapide, selon le Ministère américain de la santé et des services sociaux

Par William Spindler au Yémen

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Migration mixte

Les migrants diffèrent des réfugiés, mais ces deux populations voyagent parfois côte à côte.

Le rythme d'arrivée des réfugiés somaliens au Kenya est alarmant

Les trois camps de Dadaab, dont la capacité d'accueil était initialement prévue pour 90 000 personnes, comptent désormais une population d'environ 250 000 civils somaliens, ce qui fait de ce complexe accueillant des réfugiés l'un des plus grands et des plus surpeuplés au monde. Le HCR craint l'arrivée de dizaines de milliers d'autres réfugiés en 2009 dans cette région isolée située au nord-est du Kenya, alors que la situation continue à se détériorer dans leur pays en proie à des troubles.

Les ressources, comme l'eau et la nourriture, se réduisent dangereusement dans les camps surpeuplés, avec parfois 400 familles se partageant l'usage d'un robinet d'eau. Il n'y a plus de place pour monter de nouvelles tentes, et les nouveaux arrivants doivent partager des abris déjà surpeuplés avec d'autres réfugiés.

Début 2009, le Gouvernement kényan a donné son accord pour allouer des terres supplémentaires à Dadaab, ce qui permettra d'héberger quelque 50 000 réfugiés. Les photos ci-après montrent les conditions de vie dans le camp de Dadaab en décembre 2008.

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Nouvelles arrivées en Ethiopie

La contrée isolée de Dolo Ado devient le refuge de quelque 10 000 Somaliens fuyant la violence dans leur pays.

Depuis le début de l'année, environ 10 000 Somaliens ont traversé la frontière en quête de refuge et ils sont arrivés à Dolo Ado, un lieu isolé, brûlé par le soleil et situé au sud-est de l'Ethiopie - où les habitants sont majoritairement de l'ethnie somali. La plupart ont fui l'insécurité après le retrait des troupes éthiopiennes du centre et du sud de la Somalie et la reprise de ces régions par des insurgés. Au pic de l'afflux au début du mois de février 2009, quelque 150 personnes franchissaient la frontière chaque jour. En réponse à cette situation, une équipe d'urgence du HCR a été envoyée sur place pour aider à gérer un centre de transit à Dolo Ado. De plus, le HCR a fait parvenir des convois contenant des articles de secours, y compris des moustiquaires, des couvertures, des jerrycans, des batteries d'ustensiles de cuisine et des bâches en plastique. Les efforts humanitaires sont coordonnés avec d'autres agences des Nations Unies et des ONG pour assurer que les besoins sont satisfaits. Bien que de nombreux Somaliens déplacés à l'intérieur du sud et du centre de la Somalie ont commencé à rentrer, principalement vers Mogadiscio, de nombreux Somaliens restent à Dolo Ado car ils ont besoin de protection. Etant donné les faibles perspectives de rapatriement dans un avenir proche, un nouveau camp est actuellement en cours de préparation et les cas des réfugiés sont maintenant examinés.

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Traite d'êtres humains dans le Golfe d'Aden

Fin mars, au cours d'une période de six jours, plus de 1 100 Somaliens et Éthiopiens sont arrivés sur le territoire yéménite, après avoir traversé le Golfe d'Aden à bord de bateaux de passeurs depuis Bossasso, en Somalie. Au moins 28 personnes sont mortes lors de ces voyages - d'asphyxie, des coups reçus ou de noyade - et plusieurs ont été gravement blessées par les trafiquants. D'autres souffrent de problèmes dermatologiques en raison d'un contact prolongé avec de l'eau de mer, des excréments, de l'essence ou d'autres produits chimiques.

Au cours d'une récente visite au Yémen, la Haut Commissaire assistante pour la protection, Erika Feller, s'est engagée à mieux faire connaître cette situation, à lancer un appel pour des fonds supplémentaires et pour une action internationale afin de venir en aide au Yémen, et à développer des projets qui amélioreront les conditions de vie et l'autosuffisance des réfugiés au Yémen.

Depuis janvier 2006, le Yémen a reçu près de 30 000 personnes originaires de Somalie, d'Éthiopie et d'autres pays, alors que plus de 500 personnes sont mortes pendant leur traversée. Au moins 300 sont également portées disparues. L'UNHCR aide déjà le Yémen en fournissant de l'assistance, des soins et un logement à plus de 100 000 réfugiés qui se trouvent dans le pays.

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