Questions/Réponses : Deux sœurs réfugiées créent un groupe musical et aident les Somaliens

Articles d'actualité, 2 novembre 2010

© HCR/S.Hopper
Les soeurs Siham et Iman Hashi durant leur récente visite au siège du HCR à Genève. Elles ont créé le groupe « Sweet Rush. »

GENEVE, 2 novembre (HCR) Nées à Mogadiscio, Siham et Iman Hashi sont les premières femmes somaliennes à signer un accord faisant date avec un label américain des plus importants. Après l'éruption de la guerre civile en Somalie dans les années 90, les filles et leur famille ont gagné le Canada en tant que réfugiées. Elles vivent désormais à Los Angeles où elles enregistrent leur premier album « Sweet Rush » avec Universal Motown, tout faisant connaître les souffrances endurées par la population en Somalie. Les sœurs ont discuté de leur vie et de leur travail avec l'Editeur du site web Leo Dobbs à Genève, après avoir chanté durant la cérémonie de remise de la distinction Nansen pour les réfugiés.

Racontez-nous votre départ de la Somalie

Siham : Nous sommes nées en Somalie mais nous ne nous rappelons pas de ce pays. Notre mère était une diplomate somalienne et nous avons déménagé en Arabie saoudite. Nous y sommes restés pendant un an ou deux puis nous avons à nouveau déménagé en Allemagne. Quand la guerre civile a éclaté [en 1991], notre famille a été réinstallée au Canada. Lors de notre arrivée à Toronto [avec les parents, deux sœurs et un frère], nous avons dû apprendre l'anglais. Nous avons réalisé [qu'à Toronto] nous, les enfants, n'obtenions plus ce que nous demandions. Nos parents faisaient leur possible. Ils nous ont beaucoup protégé et ils ne nous ont jamais fait ressentir que nous n'avions rien, même si nous avons dû tout recommencer à zéro.

Toronto est une ville très cosmopolite. Y avez-vous rencontré des problèmes ?

Iman : Nous avons réalisé notre différence lorsque nous étions au collège, on a juste pensé « OK, on est juste des enfants. » Un grand nombre de gens disent des choses qui vous passent au-dessus de la tête. Mais au collège j'ai réalisé que lorsque les enfants demandaient, « de quelle origine êtes-vous ? » A notre réponse, « Je suis Somalienne », ils ajoutaient « Tu es Somalienne, c'est là où les gens meurent de faim et où les enfants ont de gros ventres ou sont orphelins. » Je leur répondais, « Mais non ! La Somalie est un beau pays qui est confronté à des difficultés. »

C'était vraiment difficile. Les enfants sont méchants au collège. C'est alors que j'ai réalisé ce que pensaient les gens, « Alors, c'est ça, tu es une réfugiée. » Et moi je disais, « Comment savez-vous que je ne suis pas une réfugiée ? » Puis j'ai entendu ma mère parler sur nos origines. C'est alors que j'ai réalisé notre différence.

D'où vous est venue l'idée de faire de la musique ?

Imam : Nous avons grandi dans une famille très traditionnelle et religieuse [musulmane]. Mon père était très strict et il était préoccupé par notre éducation et il n'a jamais encouragé la musique. Toutefois ma mère était plus souple et elle nous laissait chanter Whitney Houston et d'autres chanteurs populaires lorsque nous étions plus jeunes. Alors nous chantions. Alors elle disait, « vous les filles vous pouvez chanter. » Ce qui est intéressant, c'est que mes parents peuvent chanter aussi, mais personne ne l'a vraiment encouragé à la maison. Alors nous les filles nous passions notre temps à chanter ensemble, à l'école et avec nos amis. Nous n'avons jamais pris de leçons de chant. Nous avons simplement suivi les cours dispensés à l'école, que ce soit les classes vocales ou le théâtre.

Quelle a été l'étape suivante ?

Imam : Nous avons déménagé à Atlanta. Cela a été très difficile à Atlanta car nos parents nous disaient, « Non, nous voulons que vous alliez à l'école pour que vous deveniez médecins. C'est la raison pour laquelle nous sommes venus dans ce pays. C'est votre chance pour préparer votre avenir. » Nous disions, « Nous aimons l'école, l'école sera toujours là, mais pouvons-nous juste poursuivre notre passion. » C'était comme une bataille, revenant sans cesse.

Finalement mon père a fini par dire oui et nous avons déménagé à Atlanta car la sœur de mon père y vivait et il disait, « je lui fais confiance, alors vous les filles vous vivrez avec elle. » C'est la seule raison pour laquelle il nous a permis d'y aller. Nous avons rencontré des gens dans le milieu de la musique et nous avons enregistré en studio. C'était vraiment difficile. Mais lorsque nous avons signé le contrat pour le disque, on se disait : « Oh mon dieu que c'est difficile » A la maison, nos parents faisaient l'objet de réprobation de la part de leurs amis et connaissances. Les gens n'étaient pas contents de leur décision de nous laisser aller car, dans la culture somalienne et la religion, c'est tabou.

Alors tout le monde était faché avec nos parents. La communauté somalienne est vraiment très liée. Nos parents ont continué dans la voie qu'ils avaient choisie pour nous et ils disaient, « Nous faisons confiance à nos filles et c'est ce qu'elles veulent faire et nous le respectons. » Alors nous avons signé le contrat pour le disque et les gens ont alors dit, « Elles réussissent vraiment bien. » Maintenant nous commençons à travailler avec ces importants producteurs et un grand nombre de belles choses se produisent.

Chantez-vous au sujet des réfugiés ?

Imam : Oui, dans la chanson « Shelter » que nous avons chantée lors de la cérémonie de remise de la distinction Nansen. Cette chanson n'évoque pas spécifiquement l'abri et les réfugiés. Mais elle doit rester vague, pour que tous ceux qui entendent cette musique puissent ressentir qu'elle s'adresse à eux en particulier. Ecoutez la chanson elle peut parler des réfugiés.

Et puis, « ramenez-moi à la maison, » bien sûr. Nous voulions écrire une chanson sur la Somalie, mais nous ne voulions pas laisser d'autres réfugiés. Alors des personnes de tous les pays peuvent ressentir, « oh, je reviens vers mon pays. » Mais, dans nos cœurs, nous l'avons écrite pour la Somalie.

Etes-vous déjà rentrées en Somalie ?

Imam : Non, mais on en parle tout le temps. Je sais qu'il y a d'autres parties de la Somalie où la situation est un peu plus calme et où ça va bien. Nous sommes nées à Mogadiscio et je ne sais pas si nous pourrons jamais y retourner un jour, mais c'est un rêve que nous aurons toujours. Nous avons encore une tante qui vit à Mogadiscio. Ils nous appellent toujours par téléphone mobile et nous leur envoyons de l'argent.

Qu'en est-il du camp de Dadaab qui accueille des réfugiés somaliens au Kenya ?

Siham : Nous voulons planifier un voyage là-bas très bientôt.

Notre grand-oncle et ses sept enfants y vivent et nous ne le savions même pas il y a encore deux ans. Personne n'en avait jamais parlé. Nous avons été choqués lorsque nous avons appris cette nouvelle. C'était comme si « Nous vivons la grande vie et, parallèlement, nous avons encore de la famille dans des camps de réfugiés ? » Cela n'avait tout simplement pas de sens pour moi.

Quand a commencé votre action humanitaire ?

Imam : Nous avons récemment créé une organisation à but non lucratif. Nous parlions de ce projet depuis trois ans. A chaque interview, les gens demandaient : « Qu'est-ce qui vous passionne le plus ? » Nous disions que nous voulons aider notre pays mais, pendant longtemps, on n'a pas su comment faire. En effet, la Somalie est désormais synonyme de pirates et de guerres de religion. Notre pays a toujours une image si négative. C'est un peu comme si on nous demandait « Mais pourquoi voulez-vous vous immiscer dans ce désordre et toute cette politique. » Mais je pense que notre génération se doit de faire quelque chose. Nous avons donc créé une organisation appelée « Somalie Lives Again », évidemment, dans l'espoir qu'il y ait un jour une meilleure Somalie. Nous avons commencé à faire des recherches sur les réfugiés somaliens et sur le camp de réfugiés le plus tentaculaire au monde [Dadaab]. Nous avons commencé grâce à nos concerts à faire connaître la situation en Somalie, car il est parfois difficile de recueillir des fonds.

Il est intéressant de voir que les gens ne connaissent ni le HCR, ni l'existence des camps de réfugiés [à Dadaab et ailleurs dans le monde]. Nous avons donc commencé à cibler des communautés comprenant de nombreux Somaliens. C'est navrant de voir que les Somaliens ne savent pas qu'il y a des réfugiés somaliens dans ces camps. Nous utilisons notre musique, nos voix et le nom que nous avons trouvé pour notre groupe, « Sweet Rush, » pour faire connaître le sort des réfugiés somaliens.

Qu'avez-vous ressenti lorsque vous chantiez à la cérémonie de remise de la distinction Nansen ?

Siham : C'était incroyable, nous sommes tellement reconnaissantes et nous sommes vraiment contentes d'avoir été invitées à chanter sur scène. Etre ensemble sur la scène et chanter des chansons sur notre pays, dans un lieu où le public était très réceptif. Cela a été un sentiment vraiment très fort.

Pensez-vous que vous pouvez faire avancer les choses pour les Somaliens ?

Siham : Je crois que nous pouvons faire avancer les choses. Même à notre niveau et en poursuivant notre passion, cela a vraiment fait avancer les choses pour les jeunes filles somaliennes et les jeunes enfants somaliens en général. Avant, ils ne pensaient pas pouvoir sortir de cette petite boîte qui a été créée pour eux et maintenant que nous en sommes sorties, ils pensent, « Peut-être que, moi aussi, je peux poursuivre ma passion. » Et cette passion peut très bien concerner toute autre chose que la musique. Donc, je pense que nous avons fait vraiment avancer les choses.

Imam : Et nous pensons également que la musique est un langage universel. La musique touche tout un chacun.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Imam : Nous travaillons en ce moment sur un projet d'album vraiment novateur. Nous voulons fusionner la musique somalienne et quelque chose de plus moderne. Pour nous, c'est de la pop tribale. Notre projet est

de terminer cet album et d'aller faire un tour du monde puis de poursuivre ce voyage.

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Les ressources, comme l'eau et la nourriture, se réduisent dangereusement dans les camps surpeuplés, avec parfois 400 familles se partageant l'usage d'un robinet d'eau. Il n'y a plus de place pour monter de nouvelles tentes, et les nouveaux arrivants doivent partager des abris déjà surpeuplés avec d'autres réfugiés.

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Ce week-end, l'UNHCR a commencé, avec l'aide de l'armée américaine, le largage aérien d'urgence d'environ 200 tonnes de biens de secours destinés aux milliers de réfugiés affectés par de graves inondations dans les camps de réfugiés de Dadaab au nord du Kenya.

Ces largages aériens offrent un spectacle impressionnant. Un avion cargo C-130 a largué, à chaque rotation, 16 tonnes de bâches en plastique, de moustiquaires, de tentes et de couvertures, au-dessus d'un site préalablement évacué de toute présence humaine et animale. Des réfugiés ont ensuite chargé le matériel dans des camions pour l'acheminer vers les camps.

Dadaab, un complexe de trois camps accueillant quelque 160 000 réfugiés, principalement originaires de Somalie, a été coupé du monde par un mois de fortes pluies qui ont emporté la seule route permettant de relier les camps isolés depuis la capitale kenyane, Nairobi. Le transport aérien s'est avéré la seule solution pour faire parvenir les secours vers les camps.

L'UNHCR a transféré 7 000 réfugiés parmi les plus touchés depuis Ifo vers le camp d'Hagadera, à quelque 20 kilomètres plus loin. 7 000 autres réfugiés ont été transférés vers un nouveau site, appelé Ifo 2, situé plus en altitude.

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L'UNHCR a commencé à transférer les réfugiés - souvent avec des charrettes, tirées par des ânes - vers un lieu plus en sécurité, le camp de Hagadera, situé à 20 kilomètres et à une altitude plus élevée. La mise en place d'un pont aérien a permis d'apporter du carburant pour les générateurs, des kits médicaux d'urgence, des bâches en plastique et des pelles pour remplir des sacs de sable afin de consolider les digues anti-inondations. Des biens de premier secours ainsi que de la nourriture ont été distribués aux réfugiés démunis.

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