Une conférence sur la traite des êtres humains au nord de la France

Articles d'actualité, 8 octobre 2010

© HCR/R.Nicolle
Des représentants des forces de l'ordre britanniques au côté de représentants français des autorités locales, judiciaires et de la société civile ont expliqué les dangers de la traite des êtres humains et des mécanismes pour identifier et aider les victimes dans le nord de la France.

LILLE, France, 8 octobre (HCR) La traite des êtres humains est, après le trafic de drogue, le commerce illégal le plus rentable au monde et 12,3 millions de personnes à travers le monde ont été les victimes de cet odieux phénomène, selon le Ministère américain de la santé et des services sociaux. Un grand nombre de victimes de la traite d'êtres humains endurent l'exploitation, l'enlèvement, l'incarcération, le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, le travail forcé, le prélèvement d'organes pour des greffes, la torture physique et psychologique et d'autres abus sérieux.

Afin de mieux faire connaître ce problème, le HCR et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), en partenariat avec le Ministère français de l'Intérieur, ont organisé jeudi une conférence d'une journée à Lille, au nord de la France.

« Bien que nous n'ayons pas de données sur le nombre de migrants qui tombent dans les filets des réseaux de trafiquants dans la ville portuaire de Calais et ses alentours, nous savons que bon nombre d'entre eux se trouvent dans des situations d'exploitation, dans certains cas, pour payer les réseaux criminels qui les dupent en leur faisant croire à une possible traversée de la Manche », a expliqué Maurizio Busatti, chef de mission de l'OIM à Paris.

Parmi les participants à cette conférence se trouvaient des représentants français des autorités locales, judiciaires et policières ainsi que de la société civile. Le Préfet de la région Nord-Pas-de-Calais, Jean-Michel Bérard, et l'avocat général à la Cour de Cassation, Yves Charpenel, sont intervenus durant la conférence.

Jean-Michel Bérard, Préfet de région Nord-Pas-de-Calais, a affirmé que la reconnaissance d'une personne comme victime est liée à la possibilité de dénoncer. « Les victimes de la traite des êtres humains sont par nature fragiles et vulnérables, et cela constitue l'un des principaux ressorts de la traite. Les victimes ne peuvent donc rompre ces liens de dépendance psychologique aisément. La libération psychologique des victimes reste donc l'un des enjeux majeurs », a-t-il ajouté.

Des représentants britanniques des autorités policières ainsi que d'organisations non gouvernementales engagées dans le secours et la protection aux victimes ont également pris part à cette conférence, qui a passé en revue les mécanismes existants pour le soutien et l'assistance aux victimes de la traite d'êtres humains au Royaume-Uni et en France.

« Nous savons que des femmes rentrent au Royaume-Uni depuis de nombreux pays, y compris le Viet Nam, la Chine et l'est de l'Europe, et ce via des ports français en ayant reçu la promesse de trouver un emploi. Ces femmes expliquent qu'elles ont effectué la périlleuse traversée à bord d'un camion. Dès leur arrivée au Royaume-Uni, elles sont forcées à se prostituer, elles deviennent esclaves domestiques ou elles subissent d'autres formes d'exploitation par le travail ou d'activités criminelles forcées, comme la culture de cannabis », a indiqué Sally Montier, qui travaille sur le projet Poppy pour l'aide aux victimes de la traite d'êtres humains au Royaume-Uni.

« Ces personnes devraient être considérées comme des victimes de violations flagrantes des droits humains et non pas comme des délinquants ou des criminels de l'immigration. Les victimes ont besoin qu'on passe du temps avec elles et qu'on les aide à se remettre de leur terrible expérience et à recommencer une nouvelle vie. L'échec dans cette tentative et l'expulsion immédiate de ces victimes vers leur pays d'origine peut résulter à ce qu'elles soient de nouveau des victimes de la traite, alimentant ainsi le cycle des abus et des activités criminelles », a-t-elle ajouté.

La traite des êtres humains est souvent confondue avec le trafic des migrants. Alors que les deux sont des activités illégales, la principale différence est que les passeurs aident les personnes à traverser les frontières contre de l'argent, alors que les responsables de la traite d'êtres humains gardent une emprise sur leurs victimes par l'usage de la force, de la coercition ou de la tromperie pour les exploiter.

Toutes les victimes de la traite des êtres humains ne sont pas des réfugiés. Toutefois, durant la fuite depuis leur pays, les réfugiés doivent souvent s'en remettre à des passeurs ou à des trafiquants, dont ils sont la proie du fait de leur vulnérabilité. D'autres victimes de la traite des êtres humains peuvent également devenir des réfugiés, car elles ne peuvent rentrer dans leur pays d'origine par crainte d'être stigmatisée pour avoir enduré la prostitution forcée. Elles peuvent également risquer de devenir à nouveau victimes de la traite d'êtres humains.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par les enfants non accompagnés qui se trouvent dans cette situation et qui sont particulièrement vulnérables à l'exploitation. Il est très difficile de garder leur trace et nous ne savons pas ce qui leur arrive une fois qu'ils quittent la France », déclare Véronique Robert, représentante ad interim du HCR en France.

Par William Spindler à Lille, France

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Dehors dans le froid à Calais

Un grand nombre de jeunes hommes et d'adolescents originaires d'Afghanistan, d'Erythrée, d'Iran, d'Iraq, de Somalie et du Soudan arrivent à Calais, une ville portuaire du nord de la France, après un long et dangereux périple. Certains ont fui leur pays pour échapper aux persécutions, au conflit ou à l'enrôlement forcé ; d'autres recherchent une vie meilleure. La ville de Calais est devenue un point de transit où des passeurs ont des réseaux établis qui amènent ces hommes vers d'autres pays européens. Les demandeurs d'asile et les migrants bâtissent des camps de fortune qui sont régulièrement rasés par la police française. Le plus souvent, ils doivent dormir en plein air et ils vivent dans la crainte constante d'une arrestation ou d'une expulsion. Le HCR a ouvert un bureau à Calais, dans le but d'informer les jeunes arrivants sur les procédures d'asile en France ainsi que d'autres aides disponibles.

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Depuis Paris avec affection, des jouets pour les enfants syriens

Chaque année, le Musée du Quai Branly à Paris organise une collecte de jouets auprès d'écoliers à Paris et, avec un peu d'aide du HCR et d'autres partenaires clés, les envoie aux enfants réfugiés qui ont tant perdu.

Cette année, les bénéficiaires étaient des dizaines d'enfants syriens vivant dans deux camps de réfugiés en Turquie, l'un des principaux pays d'accueil pour plus de 1,4 million de Syriens qui ont fui leur pays, avec ou sans leurs familles. La plupart des enfants sont traumatisés et ils ont perdu toutes leurs affaires dans les décombres en Syrie.

La semaine dernière, le personnel du musée, le HCR et la Fédération des Associations d'Anciens du Scoutisme ont rassemblé les jouets et les ont emballés dans 60 colis. Ces colis ont ensuite été transportés vers la Turquie par Aviation sans Frontières puis acheminés vers l'école maternelle et des garderies dans les camps de Nizip-1 et Nizip-2 près de la ville de Gaziantep.

Ce cadeau a été donné par des enfants grandissant paisiblement dans la capitale française. Les jouets ont apporté un rayon de soleil dans la vie de ces jeunes réfugiés syriens et leur rappelle qu'ils ne sont pas oubliés par d'autres enfants dans le monde extérieur.

Ces images de la distribution de jouets ont été prises par le photographe Aytac Akad et Selin Unal du HCR.

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Un « Hôtel » 0 étoile que les demandeurs d'asile appellent « maison » à Dijon

La France est l'une des principales destinations pour les demandeurs d'asile en Europe, avec quelque 55 000 nouvelles demandes d'asile en 2012. Compte tenu du nombre croissant de demandeurs, beaucoup de villes françaises sont confrontées à une pénurie sévère d'hébergements pour demandeurs d'asile.

Le gouvernement essaie de s'attaquer à ce problème et a annoncé, en février 2013, la création de 4 000 places supplémentaires dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile financés par l'État. Cependant de nombreux demandeurs d'asile sont toujours obligés de dormir à la rue ou d'occuper des bâtiments vides. L'un de ces bâtiments, surnommé « Hôtel Réfugiés » par ses occupants de passage, se trouve dans la banlieue de la ville de Dijon, dans l'est de la France. Il illustre la situation critique de l'hébergement.

L'ancien abattoir héberge environ 100 demandeurs d'asile, originaires principalement du Tchad, du Mali et de Somalie, mais aussi de Géorgie, du Kosovo et d'autres pays d'Europe de l'Est. La plupart sont des hommes seuls, mais il y a aussi deux familles.

Dans ce bâtiment vide, froid, humide et infesté de rats, les tuyaux fuient et l'électricité fonctionne de manière sporadique. Il n'y a qu'un seul lavabo, deux robinets d'eau potable, aucune salle de bain et aucune cuisine. Les demandeurs d'asile dorment dans les anciennes chambres froides. Les autorités ont essayé de fermer le squat plusieurs fois. Ces images, prises par le photographe britannique Jason Tanner, montrent l'état épouvantable du bâtiment et représentent les personnes qui l'appellent leur « maison ».

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Malgré des températures négatives, des migrants et des demandeurs d'asile continuent à affluer vers la ville portuaire de Calais dans le nord de la France, avec l'objectif de traverser la Manche vers le Royaume-Uni. Certains sont originaires de zones de conflit et le HCR fait son possible pour qu'ils aient accès aux procédures d'asile. 02/02/2010