Une BD francophone inédite pour informer sur la migration clandestine et l'asile

Articles d'actualité, 30 juillet 2010

© HCR/N.Dufays
Les invités découvrent la BD « Des clandestins à la mer » lors de la conférence du HCR pour sa publication.

Bruxelles, 30 juillet (HCR) Une bande dessinée inédite intitulée « Des clandestins à la mer » vient d'être publiée par le HCR à Bruxelles. Cette bande dessinée, écrite en français, vise un public de jeunes lecteurs dans les pays francophones en Afrique et en Europe. Elle a pour objectif d'informer le public sur les causes et les dangers de la migration clandestine.

La famille de Masikini au Sénégal est effondrée. Les membres de cette famille n'ont reçu aucune nouvelle de leur beau-frère, parti depuis des mois. Son corps a-t-il été rejeté sur une plage lointaine ou Masakini est-il arrivé sain et sauf en Europe ? Lors d'un voyage en avion vers la France, une jeune femme rencontre un homme qui lui promet de l'aider à s'installer dans son nouveau pays. Elle devient une victime de la prostitution forcée à Paris.

Ces mésaventures sont racontées dans la bande dessinée de 50 pages, écrite par le célèbre écrivain et acteur Pie Tshibanda et dessinée par Tchibemba. Les deux auteurs de la BD sont d'origine africaine, ce qui lui confère une plus grande crédibilité auprès du public ciblé.

L'auteur a souhaité déconstruire le mythe selon lequel la vie en Europe est un paradis pour tous les Africains qui ont survécu à la traversée périlleuse. Par ailleurs, la bande dessinée explique aux Européens les raisons pour lesquelles certains Africains sont obligés de partir et pourquoi ils ont le droit d'être respectés et protégés.

La BD explique la situation des immigrants africains qui vivent à Paris ainsi que l'influence de la culture africaine en Europe. Ce livre ne se limite toutefois pas à ce thème : la procédure de demande d'asile ou des problèmes comme le chômage ou le sida y sont également abordés sans complaisance.

Selon Pie Tshibanda, la bande dessinée s'inscrit parfaitement dans la tradition orale de l'Afrique et s'avérera efficace pour atteindre les jeunes. Les personnes invitées à la présentation n'ont pas été insensibles à la magie de cette œuvre, cédant à la curiosité et feuilletant déjà la BD durant la conférence. L'histoire contient tous les ingrédients requis : suspense, action, crime, séduction et humour.

Pie Tshibanda a également créé avec une équipe d'acteurs une version audio de la BD, d'une durée de quarante minutes. Le HCR souhaite la diffuser à la radio dans des pays d'Afrique du Nord et de l'Ouest, où la radio est le média le plus répandu. « Cette BD vise à aider les jeunes Africains à prendre une décision en toute connaissance de cause pour leur avenir », a expliqué Tshibanda.

Le livre s'inscrit dans un vaste projet financé par la Commission européenne et le Gouvernement danois. Quelque 7 000 exemplaires ont été imprimés pour cette première édition. 5 000 exemplaires gratuits seront distribués par le biais d'institutions et d'organisations non gouvernementales qui travaillent sur les questions de migration et d'asile dans l'Afrique francophone. 2 000 exemplaires seront distribués par les écoles et des ONG.

La bande dessinée a été créée dans le cadre d'un projet d'une durée de trois ans. Son objectif est de lutter contre la migration clandestine et de renforcer le système national de protection dans plusieurs pays africains. La production du livre a coûté au total 30 000 euros, soit une part limitée du budget global de cinq millions d'euros consacré au projet.

Le récit de la BD « Des clandestins à la mer » connaît un dénouement heureux : la jeune femme sénégalaise est libérée et les chefs du réseau de prostitution sont arrêtés. Masikini est lui aussi sorti d'affaire et il réussit sa vie grâce à une plante médicinale africaine. Il a lancé une entreprise créant de nouveaux emplois au Sénégal.

Par Melita H. Sunjic à Bruxelles

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Repérés au large des îles Canaries

Malgré des dangers considérables, des migrants en quête d'un avenir meilleur, et des réfugiés fuyant la guerre et les persécutions, continuent à embarquer dans des bateaux de fortune pour des traversées en haute mer. L'un des principaux itinéraires vers l'Europe part de l'ouest de l'Afrique vers l'archipel des Canaries, un territoire espagnol.

Avant 2006, la plupart des migrants irréguliers, empruntant cet itinéraire sur l'océan Atlantique, embarquaient sur des pateras, des bateaux pouvant transporter jusqu'à 20 personnes. Les pateras partaient en majorité depuis le Maroc et le Territoire du Sahara occidental, pour une traversée d'une demi-journée. Les pateras ont été remplacés par des bateaux plus importants appelés des cayucos, qui peuvent transporter jusqu'à 150 personnes. Les cayucos partent depuis des ports situés dans des pays d'Afrique de l'Ouest comme la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Sénégal ou la Sierra Leone. Ils prennent plus de trois semaines pour atteindre les Canaries.

Parmi les 32 000 personnes arrivées dans les îles Canaries, seule une petite proportion d'entre elles (359 personnes) ont demandé l'asile en 2006. En 2007, plus de 500 demandes d'asile ont été déposées aux îles Canaries. Ce chiffre est particulièrement significatif, étant donnée la diminution de 75 pour cent de nombre global des arrivées par la mer en 2007.

Repérés au large des îles Canaries

A la dérive vers l'Italie

Chaque année, la mer Méditerranée - une destination estivale parmi les plus prisées en Europe - se transforme en cimetière. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants s'y noient, au cours de leur tentative désespérée pour atteindre des pays de l'Union européenne (UE).

La distance entre l'île italienne de Lampedusa et la côte libyenne est tout juste de 290 kilomètres. En 2006, quelque 18 000 personnes ont traversé ce bras de mer - la plupart dans des embarcations gonflables équipées de moteurs hors-bord. Certains cherchaient du travail, d'autres voulaient retrouver des membres de leur famille ou d'autres encore fuyaient la persécution, le conflit ou les violences. Ils n'avaient pas d'autre choix que celui de fuir, en quête de sécurité, via des itinéraires clandestins.

Parmi ceux qui ont réussi à atteindre Lampedusa, quelque 6 000 d'entre eux ont demandé l'asile. Et près de la moitié ont été reconnus comme réfugiés ou ont obtenu la protection des autorités italiennes.

En août 2007, les autorités à Lampedusa ont ouvert un nouveau centre de réception pour assurer que les personnes arrivant par bateau ou secourues en mer soient accueillies dans la dignité, et hébergées de façon appropriée, et qu'elles puissent recevoir des soins de santé.

A la dérive vers l'Italie

Golfe d'Aden : Péril en mer

Chaque année, des milliers de personnes venues de toute la région de la Corne de l'Afrique - principalement des Somaliens et des Ethiopiens - quittent leurs maisons, poussées par la peur ou par pur désespoir, en quête de sécurité ou d'une vie meilleure. Ces populations empruntent des routes dangereuses en Somalie pour se rendre à Bossasso, une ville de la région semi-autonome du Puntland.

Dans cette zone de non-droit où des réseaux de passeurs règnent en maîtres, des civils innocents et désespérés payent jusqu'à 150 dollars pour effectuer la traversée périlleuse du golfe d'Aden.

Certains restent des semaines dans des maisons ou des abris temporaires à Bossasso avant de pouvoir partir, soudainement au milieu d'une nuit, entassés dans de petites embarcations de fortune. En mer, tout peut se passer, ils sont à la merci des passeurs. Certains sont battus, poignardés, tués ou jetés par-dessus bord. D'autres se noient avant d'arriver sur les plages du Yémen, qui sont devenues des cimetières de fortune pour certains de ceux qui sont morts en route.

Golfe d'Aden : Péril en mer