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« Mon bébé était tout ce qui me restait de mon mari défunt »

La parole aux réfugiés, 9 juillet 2010

© Alixandra Fazzina/NOOR
Salima a perdu son bébé Abdi Sallam et son mari adorés dans une attaque au mortier sur sa maison à Mogadiscio. Elle a décidé de se rendre au Yémen. Vulnérable et seule aux mains de trafiquants d'êtres humains, elle passera probablement les prochaines années de sa vie en tant que domestique en Arabie saoudite.

Salima est âgée de 19 ans et elle a du rouge à lèvres, mais les vêtements qu'elle porte ne sont pas les siens. Elle ne les aime pas et semble très intimidée voire mal à l'aise.

Au Yémen, dans une ruelle de Bassatine jonchée de détritus, son logement provisoire est une pièce sombre et exigüe, dans un squat contrôlé par une bande de passeurs. Il existe quatre maisons clandestines comme celle-ci, cachées dans ce bidonville, depuis lequel de jeunes Somaliens et Somaliennes sont envoyés en Arabie saoudite où ils espèrent trouver du travail et une vie meilleure.

Après avoir fui la violence quotidienne ravageant leur pays d'origine, ils restent désormais avec les trafiquants d'êtres humains jusqu'à ce qu'ils trouvent les 25 dollars nécessaires pour être conduits dans le désert. Ici, cela peut prendre plusieurs semaines pour économiser une telle somme. Salima doit mendier.

Elle a vécu les trois dernières semaines dans un état second et elle rentre de la ville chaque soir pour dormir sur un vieux matelas usé. Si elle arrive trop tard, elle s'endort à même le sol, au milieu d'une vingtaine d'autres femmes qui partagent ce dortoir de fortune, fabriqué à la va-vite à l'aide de minces planches de contreplaqué. Récemment, la pluie s'est infiltrée. Loin de chez elle et sans autre choix, c'est le seul endroit où elle peut aller.

Elle semble totalement épuisée. Les six dernières semaines de sa vie ont été un cauchemar. Issue d'une génération qui n'a connu que la guerre, Salima a grandi à Mogadiscio, mais malgré les risques, elle était déterminée à rester. Avec son bébé, Abdi Sallam, et un mari qu'elle adorait, la famille se serrait les coudes dans leur petite maison à deux étages. « C'était notre maison. L'endroit que je préfère au monde ». Salima était enceinte de leur deuxième enfant.

Un matin, sans se laisser décourager par le bruit des tirs dans le lointain, Salima est sortie acheter du pain pour un petit-déjeuner en famille. Un homme marchant devant elle s'effondre, touché par une balle perdue. Alors qu'elle se précipite vers le blessé, le bruit assourdissant d'une roquette la jette au sol. L'obus de mortier avait transpercé le premier étage de sa maison.

« J'ai retrouvé mon mari et mon enfant, mais ils n'étaient plus en vie ». Tous deux ont été tués dans une attaque aveugle, par ces soldats qui étaient plutôt supposés les protéger. Comme pour bien d'autres familles devenues des sans-abri, la limite du supportable avait été franchie.

La mère de Salima, ainsi que ses frères et sœurs, ont commencé à réunir leurs affaires en vue du périple pour quitter la ville via la seule route sûre en direction du sud, vers les camps. Mais Salima n'a entendu que du mal de cet endroit et elle a une autre idée en tête.

« Je venais de perdre mon mari et mon enfant. Je voulais aider ma mère, pour essayer de rendre sa vie meilleure. Je pensais que je pourrais peut-être l'aider ». Enceinte de sept mois, Salima prend donc la direction du nord. Elle a entendu plusieurs histoires sur les dangers qui la guettent, mais sa priorité est de quitter Mogadiscio.

Au cours d'un long voyage de vingt jours en camion, la violence est présente à chaque barrage routier, établis en nombre à quelques kilomètres de distance les uns des autres, où des bandits intimident et pillent les passagers. « Ce voyage a été horrible. J'étais terrorisée ».

Dans le véhicule qui la précède, une femme a été violée sous la menace d'une arme. Salima tente d'éloigner cette vision de son esprit. Lors de sa dernière nuit en Somalie, elle dort dans la région montagneuse côtière, non loin de Bossasso.

À l'aube, en compagnie de plus de 120 autres personnes, elle se hisse à bord d'une petite barque en bois censée les emmener au Yémen. « L'équipage avait bu du gin et fumé du haschich, mais ils se sont aperçus de ma grossesse avancée et m'ont autorisée à m'asseoir sans croiser les jambes ».

Tous les autres sont forcés de s'asseoir les genoux repliés sous le menton. Les membres d'équipage, armés de fusils, de couteaux et de marteaux, menacent de frapper quiconque perturbera le bateau, déjà instable.

« La mer était agitée et j'ai commencé à ressentir des douleurs ». Salima souffre des premières contractions mais ne veut pas croire que le travail a débuté. Elle essaie donc d'oublier la douleur et de rester calme. Durant la nuit, un homme ose demander de l'eau pour étancher sa soif. Les passeurs le frappent au visage avec un couteau. Son corps sanglant est jeté par-dessus bord.

Salima commence à avoir une hémorragie. Alors qu'elle gémit doucement, les personnes assises autour d'elle la supplient de rester calme, de peur qu'ils ne soient tous frappés. Mais le sang commence à dégouliner sur les hommes situés en-dessous, et l'équipage réalise rapidement qu'elle donnera naissance à son enfant avant qu'ils n'atteignent les rives du Yémen.

Au début, elle est persuadée qu'ils essaient de l'aider. Elle est déplacée à l'avant du bateau, alors qu'ils lavent le sang à l'eau de mer. Ensuite, elle perd connaissance. Elle ne se souvient que d'une chose : lorsqu'elle reprend ses esprits, elle voit l'un des membres de l'équipage jeter son nouveau-né à la mer, comme s'il s'agissait d'un vulgaire ballon.

« Mon bébé était tout ce qui me restait de mon mari ». Elle voulait l'appeler Abdu Laahi, en souvenir de son oncle. Une fois arrivée sur une plage déserte du Yémen, Salima est enregistrée dans un centre d'accueil géré par le HCR. Elle voit un médecin, mais ne veut pas parler de ce qui s'est passé. Aujourd'hui, c'est encore difficile pour elle. Cela fait seulement six semaines que Salima est sortie acheter du pain.

Salima est une adolescente fragile, profondément traumatisée et livrée à elle-même. Et aujourd'hui, elle est donc de retour chez les passeurs. Elle dit qu'elle ira « où Allah me mènera ». Elle passera sans doute les prochaines années de sa vie réduite à l'esclavage, en tant que domestique en Arabie saoudite.

Par Alixandra Fazzina à Bassatine, Yémen

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À propos de ses clichés, Alixandra Fazzina explique : « J'espère que mes photos peuvent permettre aux gens de s'arrêter un moment pour réfléchir, de prendre le temps de regarder, regarder correctement, et de s'impliquer dans le monde de façon légèrement différente. »

Alixandra Fazzina a commencé sa carrière comme photojournaliste en Bosnie auprès de l'armée britannique. Depuis lors, son objectif s'est détourné des lignes de front pour se focaliser sur les camps de réfugiés et témoigner des souffrances humaines causées par la guerre.

Ses articles ont été publiés dans la plupart des grands médias à travers le monde, et elle parvient à susciter l'intérêt et la sympathie pour les individus dont elle dresse le portrait.

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L'UNHCR a commencé à transférer les réfugiés - souvent avec des charrettes, tirées par des ânes - vers un lieu plus en sécurité, le camp de Hagadera, situé à 20 kilomètres et à une altitude plus élevée. La mise en place d'un pont aérien a permis d'apporter du carburant pour les générateurs, des kits médicaux d'urgence, des bâches en plastique et des pelles pour remplir des sacs de sable afin de consolider les digues anti-inondations. Des biens de premier secours ainsi que de la nourriture ont été distribués aux réfugiés démunis.

L'ampleur de ces inondations rappelle celle des inondations massives ayant suivi les pluies record d'El Nino en 1997, qui avaient submergé toutes les basses terres de l'est du Kenya.

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Les ressources, comme l'eau et la nourriture, se réduisent dangereusement dans les camps surpeuplés, avec parfois 400 familles se partageant l'usage d'un robinet d'eau. Il n'y a plus de place pour monter de nouvelles tentes, et les nouveaux arrivants doivent partager des abris déjà surpeuplés avec d'autres réfugiés.

Début 2009, le Gouvernement kényan a donné son accord pour allouer des terres supplémentaires à Dadaab, ce qui permettra d'héberger quelque 50 000 réfugiés. Les photos ci-après montrent les conditions de vie dans le camp de Dadaab en décembre 2008.

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