Les réfugiés en Afrique du Sud s'inquiètent de rumeurs sur des violences xénophobes

Articles d'actualité, 6 juillet 2010

© HCR/P.Rulashe
Dolebo Debisto initie Josephine Namata, une employée du Service Jésuite des Réfugiés, à l'art de déguster un repas éthiopien.

JOHANNESBURG, Afrique du Sud, 6 juillet (HCR) Dolebo Debisto, un restaurateur éthiopien réfugié dans le Township de Duduza près de Johannesburg, m'accueille dans un style africain authentique. La tête respectueusement rentrée dans les épaules, le visage rayonnant comme s'il accueillait un vieil ami perdu de vue, sa poignée de main chaleureuse engloutit ma main tendue.

Sa détermination à continuer son travail comme si de rien n'était trompe la crainte qui monte en lui. Les rumeurs selon lesquelles la violence xénophobe ferait sa réapparition quand la Coupe du Monde de football serait terminée en fin de semaine ont refait surface et Dolebo Debisto a de bonnes raisons d'être anxieux. Il fait partie des 150 000 personnes ciblées lors de la vague d'agressions d'étrangers en 2008 ayant causé la mort de 60 personnes.

Dolebo Debisto avait trouvé refuge dans l'un des sites temporaires sécurisés gérés par le gouvernement et créés avec le soutien du HCR. Les sites sécurisés, qui étaient principalement situés dans les grandes villes d'Afrique du Sud, ont été progressivement fermés tandis que le gouvernement, les agences des Nations Unies et les organisations de droits de l'homme œuvraient pour réintégrer les réfugiés et autres étrangers dans des communautés bienveillantes.

« Après la fermeture des sites sécurisés en 2009, Dolebo Debisto se trouvait souvent au bureau », se souvient Joséphine Namata, employée du Service Jésuite des réfugiés (JRS), une organisation partenaire du HCR. « Il était désespéré et constamment au bord des larmes. Cela me brisait le cœur de le voir ainsi ».

Dolebo Debisto venait de se marier quand les agressions xénophobes ont commencé en mai 2008. Il avait été contraint d'abandonner son ancienne vie pour trouver une protection dans un site sécurisé. Quand les sites ont été fermés quelque 10 mois plus tard, sa jeune femme avait donné naissance à des jumelles et la famille n'avait aucun endroit où aller.

« Je n'avais pas de maison, pas de revenus et rien pour nourrir les bébés », affirme Dolebo Debisto, son visage s'assombrissant en évoquant ce souvenir. Séparés de leur famille élargie et du soutien qu'elle leur aurait normalement apporté, Dolebo Debisto, sa femme et leurs enfants ont été hébergés dans une chambre mise à leur disposition par un compatriote éthiopien.

Grâce à un programme d'activités génératrices de revenus financé par le HCR et géré par le JRS, Dolebo Debisto a pu louer une petite épicerie dans le township. Avec les bénéfices du magasin, il a ouvert un restaurant éthiopien adjacent à sa maison. Le restaurant attire un flot régulier de clients issus de la communauté des 200 réfugiés éthiopiens vivant aux alentours. Le plat de légumes et de viande disposés ingénieusement sur un Injira, le pain plat de base en Ethiopie, leur rappelle leur pays.

Dolebo Debisto est cependant conscient que la popularité du restaurant en fait également une cible potentielle pour les individus déterminés à débarrasser le township des étrangers.

« Nous savons à quel point la menace est réelle », déclare-t-il. Les Sud-Africains bienveillants entendent également les rumeurs. Dolebo Debisto relate les conseils donnés par une Sud-Africaine qu'il décrit comme étant une « amie des réfugiés. Elle est venue nous voir et nous a priés de ne pas être dans le township à la fin de la Coupe du Monde pour notre propre sécurité ».

Le township de Duduza est célèbre pour avoir été la première communauté d'Afrique du Sud où un supposé informateur de l'apartheid au plus fort de la première lutte pour la libération du pays a été frappé par un pneu en feu.

Je me souviens, alors que je n'étais qu'un enfant, d'avoir regardé l'incident retransmis à la télévision nationale avec répugnance et horreur. Plusieurs dizaines d'années plus tard, je revoyais une scène similaire retransmise à la télévision au plus fort des agressions xénophobes de 2008.

La Coupe du Monde s'achevant, de nombreux étrangers, en particulier du Mozambique et du Zimbabwe, quittent le pays. Des articles de presse racontent que des personnes originaires des pays voisins renvoient même leurs biens dans leur pays d'origine. Pour les réfugiés et les demandeurs d'asile, le retour au pays est par contre impossible.

Le Ministre sud-africain de la Police, Nathi Mthethwa, a déclaré publiquement à l'attention des agresseurs potentiels que « la violence pour quelque motif que ce soit à l'encontre des étrangers résidant dans le pays ne serait pas tolérée ».

« La responsabilité de la protection des réfugiés et du maintien de l'ordre incombe au gouvernement », affirme Sergio Calle-Norena, le délégué régional adjoint du HCR. « Mais si le gouvernement sollicite notre soutien, nous sommes prêts à aider ».

Dolebo Debisto, qui a récemment effacé une inscription anonyme griffonnée sur sa porte principale intimant aux étrangers de quitter le township « sinon ... », affirme que, comme d'autres réfugiés, il garde l'espoir que les rumeurs de violence n'iront pas au-delà de ces menaces.

Pumla Rulashe
A Johannesburg, Afrique du Sud

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Nouvelles arrivées en Ethiopie

La contrée isolée de Dolo Ado devient le refuge de quelque 10 000 Somaliens fuyant la violence dans leur pays.

Depuis le début de l'année, environ 10 000 Somaliens ont traversé la frontière en quête de refuge et ils sont arrivés à Dolo Ado, un lieu isolé, brûlé par le soleil et situé au sud-est de l'Ethiopie - où les habitants sont majoritairement de l'ethnie somali. La plupart ont fui l'insécurité après le retrait des troupes éthiopiennes du centre et du sud de la Somalie et la reprise de ces régions par des insurgés. Au pic de l'afflux au début du mois de février 2009, quelque 150 personnes franchissaient la frontière chaque jour. En réponse à cette situation, une équipe d'urgence du HCR a été envoyée sur place pour aider à gérer un centre de transit à Dolo Ado. De plus, le HCR a fait parvenir des convois contenant des articles de secours, y compris des moustiquaires, des couvertures, des jerrycans, des batteries d'ustensiles de cuisine et des bâches en plastique. Les efforts humanitaires sont coordonnés avec d'autres agences des Nations Unies et des ONG pour assurer que les besoins sont satisfaits. Bien que de nombreux Somaliens déplacés à l'intérieur du sud et du centre de la Somalie ont commencé à rentrer, principalement vers Mogadiscio, de nombreux Somaliens restent à Dolo Ado car ils ont besoin de protection. Etant donné les faibles perspectives de rapatriement dans un avenir proche, un nouveau camp est actuellement en cours de préparation et les cas des réfugiés sont maintenant examinés.

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Afrique du Sud: En marche vers la coexistence

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays d'Afrique où les réfugiés et les demandeurs d'asile enregistrés bénéficient légalement d'une liberté de mouvement ainsi que de l'accès aux services sociaux et aux emplois au même titre que les citoyens.

Mais si ces droits sont garantis par la loi, ils sont parfois ignorés dans la pratique. Les réfugiés et les demandeurs d'asile se voient souvent rejetés par les employeurs ou mis en compétition avec les citoyens les plus pauvres pour obtenir les pires emplois - en particulier ces dernières années, quand des millions de personnes ont fui les difficultés politiques et économiques survenant dans des pays comme le Zimbabwe. La récession économique mondiale n'a pas aidé.

Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

A Atteridgeville, une ville située en bordure de la capitale Pretoria - et théâtre de l'une des pires situations de violence - des commerçants sud-africains et somaliens, aidés par le HCR, ont négocié un accord détaillé pour régler le contentieux commercial initial ayant conduit à l'embrasement des magasins tenus par des Somaliens. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés soutient également l'action de la Fondation Nelson Mandela visant à lutter contre la xénophobie.

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Camp de Bonga, Ethiopie

Le camp de Bonga est situé dans la région tourmentée de Gambella, à l'ouest de l'Éthiopie. Contrairement au camp de Fugnido et à la ville de Gambella toute proche, il a été épargné par les conflits ethniques qui ont fait des ravages ces derniers mois.

Pour les 17 000 réfugiés soudanais du camp de Bonga, la vie poursuit son cours malgré les troubles dans la région. Les enfants réfugiés vont à l'école et jouent tandis que leurs parents améliorent l'aide fournie par l'UNHCR en participant à des projets d'autosuffisance.

La vie culturelle n'est pas en reste, avec notamment les cérémonies traditionnelles de la tribu majoritaire Uduk. D'autres communautés ethniques - les Shuluks, les Nubas et les Équatoriens - se sont aussi bien intégrés dans le camp, comme en témoigne la réception réservée aux nouveaux arrivants transférés de Fugnido à la fin 2002.

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Cette région reculée et desséchée, au sud-est de l'Ethiopie, a reçu un afflux massif de réfugiés somaliens, dont beaucoup souffrent de malnutrition et font des récits tragiques.
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On peut penser qu'un camp de réfugiés est nocif pour l'environnement. Pourtant à Sherkole, un camp de réfugiés situé dans une région montagneuse à l'ouest de l'Ethiopie, les résultats d'une campagne de protection de l'environnement sont positifs. 16/12/2009