Questions/Réponses : Une humble productrice de riz cambodgienne enseigne la réconciliation

Articles d'actualité, 17 septembre 2009

© Permission de Stanley Harper
Le réalisateur de film néo-zélandais Stanley Harper avec Yan Chheing, la vedette de 'Cambodia Dreams', un documentaire faisant la chronique, sur 18 années, de sa vie en tant que réfugiée en Thaïlande puis rapatriée au Cambodge.

BANGKOK, Thaïlande, 17 septembre (HCR) Le réalisateur de film néo-zélandais Stanley Harper a travaillé avec des artistes comme Roman Polanski et le défunt Sir John Gielgud. Mais personne ne l'a captivé autant qu'une grand-mère cambodgienne dénommée Yan Chheing, une réfugiée devenue la vedette d'un documentaire sur lequel Stanley Harper a travaillé pendant 18 ans et qui fait la chronique des vies parallèles des membres de sa famille élargie, la moitié ayant vécu dans un camp de réfugiés en Thaïlande pendant que l'autre moitié restait dans leur village au Cambodge. Le film qui en est inspiré, « Cambodia Dreams » a été loué par le journal indien The Hindu comme une ?uvre qui « réunit une famille, réconcilie une communauté, fait renaître l'espoir dans un pays dévasté ». Stanley Harper, qui vit aujourd'hui au Cambodge, s'est entretenu récemment à Bangkok avec Kitty McKinsey, responsable de l'information régionale pour l'Asie au HCR.

A l'origine, vous vouliez terminer le film en 1992 avant le rapatriement de quelque 350 000 réfugiés cambodgiens cette année-là en Thaïlande. Que s'est-il passé ?

La majorité de nos financements provenaient d'un homme d'affaires thaï très riche. Nous avions ramené la famille [réfugiée] chez elle et fini de filmer en avril 1992, mais en mai 1992 il y a eu un coup d'Etat en Thaïlande et son entreprise lui a interdit de continuer d'investir de l'argent dans notre projet. Le projet s'est donc effondré. C'était fini. J'ai essayé de nouveau plusieurs fois (en 1993, 1995 et 1997) de collecter des fonds pour terminer le film.

Au bout du compte, vous avez réalisé trois films sur cette famille. Qu'est-ce qui vous a ramené vers eux ?

J'ai fait mon premier film pour le programme Global Reports Special de la BBC en 1986, Année des Nations Unies pour la paix, et c'est là que j'ai rencontré la famille, des personnes oubliées par la paix. J'ai trouvé que cette grand-mère, cette ancienne productrice de riz, était vraiment spéciale. Elle vivait dans des camps de réfugiés depuis 1980 et elle se souvenait de ce qu'était le Cambodge du temps de la paix et de la prospérité, mais ses petits-enfants étaient tous nés dans les camps de réfugiés et ne connaissaient que les colis et la vie derrière des clôtures.

La première fois que je suis revenu voir ma famille dans leur village [en 1997], je n'y étais pas retourné depuis 1991. Je me souviens avoir été un peu déprimé de les voir car ils ne donnaient pas l'impression d'avoir beaucoup avancé. Cette nuit-là, de retour dans mon hôtel, j'ai été comme frappé d'avoir vu un miracle et de l'avoir presque manqué. La mère et la fille étaient toujours ensemble. C'était une réconciliation et elle était durable. Elles étaient venues ensemble et elles étaient restées ensemble. J'ai réalisé que le film était encore plus important. C'est une histoire vraie qui raconte pourquoi il est positif d'aider les personnes dans le besoin. Cela marche.

Dans le film, un membre de la famille resté au Cambodge envie ceux qui sont réfugiés en Thaïlande. Cela vous a-t-il surpris ?

Non, pas du tout. Le Cambodge sortait juste de la période des Khmers rouges et, avant cela, de près de cinq années de guerre civile. Le pays était complètement dévasté. La mamie était la chef des réfugiés, la porte-parole du camp: « Nous voulons vivre et travailler pour nous-mêmes. Nous voulons rentrer chez nous. Nous ne voulons pas vivre derrière une clôture. Nous ne voulons pas vivre de la charité ». Quand elle se remémorait son rêve du Cambodge tel qu'il existait, tout était parfait.

Et puis, il y a Tha, sa fille, qui est la porte-parole des villageois restés là-bas. La fille de Tha est morte parce qu'elle ne pouvait pas obtenir de médicaments alors que les réfugiés bénéficiaient de soins médicaux gratuits. Les personnes restées à l'intérieur du Cambodge n'avaient rien et ne recevaient aucune aide et les personnes dans les camps à la frontière avaient tout des médicaments occidentaux, de la nourriture, un abri, de l'eau. Ils n'avaient même pas besoin de travailler. Ils pouvaient rester assis et avoir du bon temps. C'était l'impression le paradis, que demander de plus ?

Selon moi, ce film montre une bonne chose: le vrai modèle pour régler un problème de réfugiés. Cela a été contrôlé au plan local, résolu au plan régional et les gens sont rentrés chez eux. C'est incroyable.

Cambodia Dreams se passe en Thaïlande et au Cambodge, mais le film a-t-il un sens pour les habitants d'autres régions du monde?

Je pense qu'il est intemporel et universel. Il pourrait se passer n'importe où dans le monde. De quoi parle-t-il ? Il parle d'appartenance. Il parle beaucoup de la ténacité, de la résilience des êtres humains pour surmonter les épreuves, s'accrocher fortement à un rêve, ne pas le perdre de vue et l'atteindre. C'est une histoire vraiment belle, pure, magnifique, qui parle de générosité, d'humanité, d'amour, de pardon, de réconciliation. Il n'y a pas un seul mot de politique dans ce film. Personne n'a raison et personne n'a tort.

Vous avez eu beaucoup de soutiens de la part des organisations des Nations Unies pour réaliser votre film, mais il n'y a pas un seul mot de propagande pour les Nations Unies dans le film. Malgré tout, que pensez-vous que le film dise implicitement à propos des Nations Unies ?

Ce film est vraiment l'essence de ce pour quoi tout le système des Nations Unies a été créé. C'est l'esprit, le c?ur et l'âme des Nations Unies. L'essence des Nations Unies est inhérente au film : il est positif d'aider les personnes en difficulté.

Le film a été projeté au Cambodge l'année dernière. Quelle a été la réaction ?

J'ai montré le film au Roi [Norodom Sihamoni], qui l'a beaucoup aimé, puis au Premier ministre [Hun Sen]. Il a beaucoup aimé le film ; il en a été ému aux larmes et il a parrainé une projection officielle au Cambodge. Le film est ensuite sorti sur les sept chaînes cambodgiennes en même temps. C'est incroyable mais tous les partis politiques l'ont beaucoup aimé.

Quels sont vos projets futurs pour Cambodia Dreams ?

Il sera montré à Tokyo lors du Festival du Film Réfugié les 2 et 3 octobre et au Club des correspondants étrangers à Hong Kong le 7 octobre. Le vrai défi pour un film comme celui-ci, c'est d'obtenir une distribution mondiale mais je n'en ai vraiment pas les moyens tout seul. J'ai un rêve irréaliste. J'aimerais énormément que ce film soit projeté dans des endroits comme la Palestine et Israël, la Corée du Nord et la Corée du Sud, Taiwan et la Chine, le Myanmar. Ce serait mon rêve.

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Réfugiés du Myanmar

Au cours des derniers mois, plus de 2 000 réfugiés originaires du Myanmar sont arrivés dans le nord de la Thaïlande. Ils disent fuir la reprise du conflit et les violations des droits humains dans l'Etat de Kayin au Myanmar. Les réfugiés, qui appartiennent principalement à l'ethnie Karen, disent que leurs maisons et leurs villages ont été brûlés et que des civils ont été tués. Beaucoup sont en très mauvaise santé et souffrent de maladies telles que le paludisme après un voyage long et dangereux vers les camps à travers des zones extrêmement minées. Les réfugiés arrivent dans des camps gérés par le gouvernement, principalement dans la région de Mae Hong Son, au nord de la Thaïlande.

L'UNHCR travaille avec le gouvernement thaïlandais et les organisations non gouvernementales pour s'assurer que les nouveaux arrivants sont admis dans les camps et qu'ils reçoivent l'hébergement et la protection adéquats. L'hébergement est une préoccupation majeure car certains camps de réfugiés sont surchargés. Lors d'une réunion à la mi-mai, les autorités thaïlandaises ont donné leur accord pour la construction de maisons en matériaux plus résistants afin d'y installer les nouveaux arrivants.

Actuellement 140 000 réfugiés originaires du Myanmar vivent en Thaïlande dans neuf camps situés près de la frontière, beaucoup d'entre eux sont là depuis plus de 20 ans.

Septembre 2006

Réfugiés du Myanmar