Le chef du HCR appelle à ne pas oublier les réfugiés centrafricains au Cameroun

Articles d'actualité, 5 mars 2010

© HCR/F.Kpatindé
Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres reçoit des cadeaux des bananes et un petit tambour de la part des réfugiés mbororos à Boulembé.

BERTOUA, Cameroun, 5 mars (HCR) Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a rendu visite à des réfugiés mbororos originaires de la République centrafricaine pour attirer l'attention de la communauté internationale sur la « tragédie oubliée » de ces personnes accueillies au Cameroun.

António Guterres s'est entretenu avec certains des réfugiés durant des visites cette semaine dans les installations de Mandjou et Boulembé situées à 350 kilomètres à l'est de Yaoundé, la capitale du Cameroun, et au sein desquelles sont hébergés quelque 3 000 réfugiés.

« Je suis ici pour témoigner ma gratitude au peuple et au Gouvernement camerounais [qui accueillent plus de 100 000 réfugiés et demandeurs d'asile originaires d'environ 30 pays, y compris 80 880 d'entre eux originaires de la République centrafricaine voisine] », a indiqué António Guterres durant sa visite à Mandjou, où il a été accueilli par une foule chamarrée.

Le Haut Commissaire a souligné qu'il avait également décidé de se rendre visite aux réfugiés centrafricains « pour attirer l'attention de la communauté internationale sur la tragédie oubliée des réfugiés mbororos. » António Guterres a indiqué qu'il espérait que la paix et la démocratie seraient rétablies dans leur pays, où il avait prévu de se rendre vendredi.

Les Mboboros sont principalement des communautés pastorales nomades, qui sont originaires de l'ouest et du nord-ouest de la République centrafricaine. Ceux qui ont fui le Cameroun depuis 2005 indiquent que les Mbororos ont été visés par de fréquentes attaques menées par des groupes rebelles et des bandits qui volent leur bétail et kidnappent leurs femmes et leurs enfants contre des rançons.

Les réfugiés mbororos sont hébergés dans des dizaines d'installations localisées dans l'est du Cameroun, rendant ainsi difficile pour le personnel du HCR basé dans la ville de Bertoua de contrôler leur situation, d'enregistrer les nouveaux arrivants et de distribuer de l'aide. Le Gouvernement camerounais accorde le statut de réfugié sur une base prima facie à cette population.

Durant sa visite dans l'installation de Boulembé, où sont hébergés quelque 1 150 réfugiés mbororos, António Guterres a fait part de son admiration aux réfugiés, qui lui ont indiqué n'avoir aucun problème de cohabitation avec leurs hôtes camerounais. « Cela fait des années que nous vivons ensemble, que nous partageons l'eau, les salles de classe et les équipements mis à notre disposition », a indiqué Aliou Nassé, le représentant des 1 150 réfugiés centrafricains de Boulembé.

António Guterres s'est entretenu avec Hadja Adama qui vit depuis cinq ans sur le site de Boulembé avec ses onze enfants, ses quatre neveux et nièces. A 45 ans, elle en paraît davantage et porte sur son visage les stigmates d'une vie jalonnée de malheurs. Son mari a été tué en République centrafricaine par des bandits coupeurs de routes qui cherchaient à lui voler son bétail. Elle élève désormais seule sa progéniture à laquelle sont venus s'ajouter les enfants d'un frère décédé brutalement des suites d'une maladie.

António Guterres a été visiblement très ému par le témoignage de Hadja Adama. « C'est une honte que pareille tragédie ne suscite pas davantage d'intérêt. Il est urgent de mettre la communauté internationale face à ses responsabilités. Ces gens ont traversé des épreuves inimaginables », a-t-il indiqué. « On a du mal à entrevoir le bout du tunnel car tout indique que les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour qu'on puisse envisager leur retour en République centrafricaine. »

Un enregistrement mené par le HCR en octobre 2009 avait attesté de l'afflux constant et d'une augmentation du nombre de réfugiés centrafricains au Cameroun durant les douze derniers mois.

Au Cameroun, leur pays d'accueil, les réfugiés centrafricains et leurs hôtes sont également confrontés à des problèmes et ils mettent en exergue l'insuffisance des points de distribution d'eau potable et des salles de classe ainsi que l'éloignement des centres de santé. « Ce sont des problèmes auxquels nous essayons de faire face avec des ressources limitées », a souligné la déléguée du HCR au Cameroun, Aïda Haïle Mariam. « La visite du Haut Commissaire offre une occasion supplémentaire de tirer la sonnette d'alarme pour que la communauté internationale soit plus attentive au désespoir des réfugiés centrafricains. »

Avant de se rendre en République centrafricaine, António Guterres s'est entretenu avec des représentants du Gouvernement camerounais, y compris le chef de l'Etat, Paul Biya, et son Premier ministre, Philémon Yang.

Par Francis Kpatindé à Bertoua, Cameroun

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