Des réfugiés somaliens sans abri en plein hiver à Budapest

La parole aux réfugiés, 27 janvier 2010

© UNHCR/B.Szandelszky
Un réfugié africain boit un café dans un centre d’accueil pour sans abri à Budapest et réfléchit à son avenir.

BUDAPEST, Hongrie, 27 janvier (HCR) Abdurrahman* a réchappé au conflit dans sa ville natale de Mogadiscio et il a enduré des expériences traumatisantes lors de son épopée pour rejoindre l'Europe. Toutefois il confie que rien n'a été pire que sa vie dans la capitale hongroise.

« C'est la pire semaine de ma vie », a indiqué ce jeune réfugié somalien, serrant une tasse de café dans ses mains glacées, aux visiteurs du HCR qui l'ont rencontré alors qu'il était assis sur un banc d'une place du centre-ville de Budapest et qui l'ont accompagné dans un café à proximité.

Comme de nombreux autres Somaliens qui ont obtenu le statut de réfugié en Hongrie, Abdurrahman n'avait pas réalisé que les règlements de l'Union européenne lui permettaient de se rendre dans d'autres Etats pour une période de trente jours, sans pouvoir toutefois s'y installer. Il a rejoint des proches au Royaume-Uni, mais il a été mis en détention et renvoyé à Budapest en décembre dernier conformément au règlement de Dublin II. Ces dispositions obligent les demandeurs d'asile à rester dans le pays où ils ont déposé une demande d'asile, qui est normalement leur premier point d'entrée en Europe.

Ceux qui sont expulsés vers Budapest trouvent souvent qu'il est difficile d'y trouver un logement et, de ce fait, ils perdent des indemnités, y compris une allocation d'intégration équivalente à environ 620 euros. Ils peuvent souscrire une allocation pour la sécurité sociale d'un montant de 100 euros par mois, mais le traitement des demandes prend du temps.

Avec l'arrivée de l'hiver, le temps est quelque chose que nombre d'entre eux ne peuvent s'offrir. Le HCR estime que près de 50 Somaliens vivent dans la précarité, soit ils sont forcés de dormir dans la rue, soit dans des centres d'hébergement pour sans abri. Nombre d'entre eux en viennent même à mendier.

Durant l'hiver, leur bien-être est devenu une vive préoccupation pour le HCR qui, chaque mois, a exhorté le Gouvernement hongrois et les autorités municipales à mettre en place des mesures d'urgence pour aider les réfugiés sans abri.

« Nous avons besoin d'une solution immédiate pour les réfugiés en Hongrie, alors que les températures sont tombées en dessous de zéro », a prévenu Gottfried Köfner, le délégué régional du HCR basé à Budapest. « Le gouvernement doit pallier aux carences structurelles du système d'intégration qui laisse des réfugiés dans une telle détresse, sans possibilité de trouver un travail, un logement ou de vivre dans la dignité en Hongrie », a-t-il ajouté.

L'expérience vécue par Abdurrahman en Europe est comparable à celle que vivent un grand nombre de ses compatriotes. Après leur arrivée en Hongrie et la reconnaissance de leur statut de réfugié, ils sont habituellement transférés vers un centre spécial à Bicske, à l'ouest de Budapest, où ils suivent des cours de hongrois et où ils reçoivent d'autres aides à l'intégration.

Ils passent jusqu'à six mois à Bicske, puis ils se retrouvent plus ou moins livrés à eux-mêmes. C'est à ce stade que nombre d'entre eux décident d'aller dans d'autres pays, tout spécialement les Pays-Bas, les pays scandinaves et le Royaume-Uni.

Un grand nombre de Somaliens ont indiqué au HCR que la pénurie d'emplois et d'opportunités de formation professionnelle, les difficultés de trouver un logement, des problèmes de langue, la crainte de subir des attaques racistes et l'impossibilité de réunification de leur famille en Hongrie sont les principales raisons de leur départ.

Omar,* âgé de 21 ans, a indiqué qu'il avait décidé d'aller en Finlande quelques mois après avoir obtenu le statut de réfugié car il pensait qu'il ne pourrait pas survivre en Hongrie. Il avait commencé une formation en informatique à Helsinki avant d'être expulsé après avoir essayé, du fait de son ignorance des règlements, de demander à nouveau l'asile.

Lors de son entretien avec le HCR mi-décembre, Omar vivait dans un centre d'accueil pour sans abri à Budapest. Il était inquiet de sa survie durant l'hiver car le centre d'accueil devait fermer ses portes pour rénovation.

Abdurrahman est allé directement à Manchester au Royaume-Uni après avoir obtenu le statut de réfugié début 2008. « J'avais tout. J'étais à Manchester avec mon oncle et ma famille. Ils prenaient soin de moi. Je suivais des cours de langues et je me préparais à aller à l'école », a-t-il expliqué, avant d'ajouter, avec amertume : « Maintenant je n'ai plus rien. »

Ce jeune homme, qui avait fui depuis Mogadiscio pour échapper à la violence persistante, a expliqué qu'il avait été abandonné à l'aéroport de Budapest. « Je n'avais ni argent, ni vêtements chauds et je ne connaissais personne en Hongrie », s'est-il rappelé. Il s'est retrouvé sans-abri durant trois nuits et il a dormi sur la place Blaha Lujza dans le centre de Budapest.

Il avait froid et faim, il était sale et il avait peur des skinheads. Il s'est alors rendu dans le seul endroit qu'il connaissait, le centre Bicske. Des ressortissants somaliens ont pris soin de lui avant qu'il ne soit découvert par le personnel de sécurité et obligé de quitter les lieux. « Ils ont mis ma photo à l'entrée comme si j'étais un criminel. Mais je n'avais nulle part ailleurs où aller. »

Le jour de son entretien avec le HCR, Abdurrahman ne pouvait même pas aller dans un centre d'accueil pour sans abri car, pour y rentrer, il doit présenter une carte d'identité et un certificat médical prouvant qu'il ne souffre d'aucune maladie contagieuse. Tout ce qu'il avait sur lui, c'était une carte d'embarquement du vol Londres-Budapest qui avait brisé son rêve.

Il peut obtenir tous les documents d'identité avec l'aide du Bureau de l'immigration et de la nationalité, mais il a besoin de parler le hongrois et de temps. Le HCR espère que son intervention, visant à résoudre la crise du logement pour les réfugiés et à appuyer une amélioration des politiques d'intégration en Hongrie y compris le droit de travailler et de vivre dans la dignité aidera des personnes comme Abdurrahman.

* Noms fictifs pour des raisons de protection

Par Zoltan Toth et Melita H. Sunjic à Budapest, Hongrie

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Le rythme d'arrivée des réfugiés somaliens au Kenya est alarmant

Les trois camps de Dadaab, dont la capacité d'accueil était initialement prévue pour 90 000 personnes, comptent désormais une population d'environ 250 000 civils somaliens, ce qui fait de ce complexe accueillant des réfugiés l'un des plus grands et des plus surpeuplés au monde. Le HCR craint l'arrivée de dizaines de milliers d'autres réfugiés en 2009 dans cette région isolée située au nord-est du Kenya, alors que la situation continue à se détériorer dans leur pays en proie à des troubles.

Les ressources, comme l'eau et la nourriture, se réduisent dangereusement dans les camps surpeuplés, avec parfois 400 familles se partageant l'usage d'un robinet d'eau. Il n'y a plus de place pour monter de nouvelles tentes, et les nouveaux arrivants doivent partager des abris déjà surpeuplés avec d'autres réfugiés.

Début 2009, le Gouvernement kényan a donné son accord pour allouer des terres supplémentaires à Dadaab, ce qui permettra d'héberger quelque 50 000 réfugiés. Les photos ci-après montrent les conditions de vie dans le camp de Dadaab en décembre 2008.

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Kenya : largages aériens pour les camps de réfugiés affectés par les inondations

Ce week-end, l'UNHCR a commencé, avec l'aide de l'armée américaine, le largage aérien d'urgence d'environ 200 tonnes de biens de secours destinés aux milliers de réfugiés affectés par de graves inondations dans les camps de réfugiés de Dadaab au nord du Kenya.

Ces largages aériens offrent un spectacle impressionnant. Un avion cargo C-130 a largué, à chaque rotation, 16 tonnes de bâches en plastique, de moustiquaires, de tentes et de couvertures, au-dessus d'un site préalablement évacué de toute présence humaine et animale. Des réfugiés ont ensuite chargé le matériel dans des camions pour l'acheminer vers les camps.

Dadaab, un complexe de trois camps accueillant quelque 160 000 réfugiés, principalement originaires de Somalie, a été coupé du monde par un mois de fortes pluies qui ont emporté la seule route permettant de relier les camps isolés depuis la capitale kenyane, Nairobi. Le transport aérien s'est avéré la seule solution pour faire parvenir les secours vers les camps.

L'UNHCR a transféré 7 000 réfugiés parmi les plus touchés depuis Ifo vers le camp d'Hagadera, à quelque 20 kilomètres plus loin. 7 000 autres réfugiés ont été transférés vers un nouveau site, appelé Ifo 2, situé plus en altitude.

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Inondations dans les camps de réfugiés au Kenya

Des inondations dans le nord-est du Kenya à la mi-novembre ont causé des dégâts dans les trois camps de réfugiés du complexe de Dadaab. Plus de 100 000 réfugiés sur les 160 000 qui y sont accueillis ont été affectés par ces inondations, en particulier au camp d'Ifo. Les réfugiés ont perdu leurs abris et les latrines ont été inondées et détruites. La route d'accès principale reliant Dadaab au reste du Kenya a été coupée par les inondations dues aux fortes pluies, empêchant tout approvisionnement d'aide par voie terrestre.

L'UNHCR a commencé à transférer les réfugiés - souvent avec des charrettes, tirées par des ânes - vers un lieu plus en sécurité, le camp de Hagadera, situé à 20 kilomètres et à une altitude plus élevée. La mise en place d'un pont aérien a permis d'apporter du carburant pour les générateurs, des kits médicaux d'urgence, des bâches en plastique et des pelles pour remplir des sacs de sable afin de consolider les digues anti-inondations. Des biens de premier secours ainsi que de la nourriture ont été distribués aux réfugiés démunis.

L'ampleur de ces inondations rappelle celle des inondations massives ayant suivi les pluies record d'El Nino en 1997, qui avaient submergé toutes les basses terres de l'est du Kenya.

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