Nouveaux défis après le retour dans l'est de Sri Lanka

Articles d'actualité, 6 janvier 2010

© HCR/S.Perera
Des civils anciennement déplacés internes attendent de recevoir des articles non alimentaires dans le district de Batticaloa, à l'est de Sri Lanka.

BATTICALOA, Sri Lanka, 6 janvier (HCR) Le sourire de Kavitha Ramani* peut être lumineux, cependant il ne peut cacher ni son épuisement ni ses souffrances physiques après avoir vécu l'incertitude, la fuite et les difficultés durant des années dans le nord-est de Sri Lanka. A 29 ans, elle a les mains et la démarche d'une femme âgée et elle a le dos vouté.

Aujourd'hui, elle est finalement rentrée dans son village avec ses parents et ses deux enfants dans le district de Batticaloa dans l'est de Sri Lanka, après leur récente libération d'un camp de personnes déplacées plusieurs fois durant les derniers mois de la longue guerre civile survenue à Sri Lanka, ayant pris fin avec la victoire du gouvernement sur les Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul (LTTE) en mai dernier. Plus de 155 000 personnes ont quitté les camps gérés par le gouvernement dans le nord et l'est du pays, dans le cadre de la procédure de retour, alors que près de 110 000 autres sont encore hébergées dans des camps.

La vie de Kavitha Ramani a renoué avec le bonheur. Toutefois, avec sa famille, elle est toujours confrontée à des défis majeurs pour reconstruire sa vie. De plus, le mari de Kavitha Ramani est encore détenu en tant que membre présumé des LTTE alors que leur fille a de sérieux problèmes de santé et qu'elle a besoin d'un traitement spécialisé.

A ce jour, elle compte sur l'aide reçue du gouvernement et des organisations comme le HCR, qui fournit une aide pour l'hébergement, y compris la réparation des maisons endommagées et la distribution d'articles d'aide humanitaire comme des moustiquaires, des jerrycans, des batteries de cuisine, des couvertures, des bâches goudronnées, des articles d'hygiène et des lampes tempête. Le Programme alimentaire mondial fournit des stocks de nourriture pour six mois.

Kavitha Ramani a connu les difficultés durant la plupart de sa vie. Originaire de la région de Paddipalai à Batticaloa, elle a arrêté l'école à l'âge de 13 ans à cause de problèmes financiers familiaux et elle s'est mariée quelques années plus tard. Durant cette période, la plus grande partie de Batticaloa était sous contrôle des LTTE qui ont débuté la lutte séparatiste en 1983. La zone a été ravagée par des combats féroces.

Un cessez-le-feu a été conclu en 2002, toutefois il a été rompu en 2006. Cette même année, le mari de Kavitha Ramani a été enlevé par les LTTE et emmené vers leur centre administratif situé à Kilinochchi dans une région isolée du nord du pays.

« Les LTTE ont indiqué que, si nécessaire, je pourrais voyager dans le nord du pays avec mes enfants pour le voir », s'est-elle rappelé, en ajoutant : « Une fois sur place, les LTTE nous ont interdit de partir. Alors j'ai loué une maison dans la zone de Mullaitivu [sur la côte] et j'y ai vécu avec mes enfants. »

C'était le début d'une épreuve qui a duré trois ans. « Notre seul revenu provenait d'un petit étal de légumes au marché que je tenais ainsi que de l'argent que je recevais occasionnellement de la part de mes parents quand ils pouvaient m'en envoyer », a expliqué Kavitha Ramani.

La santé de sa fille était une autre préoccupation majeure. Cette enfant de neuf ans avait été diagnostiquée comme ayant une tumeur au cerveau lorsqu'elle était bébé et son avenir semblait sombre. « J'essayais de trouver une façon d'amener ma fille à Colombo pour son traitement. Toutefois, avant d'y arriver, la guerre est arrivée à Mullaitivu », a indiqué Kavitha Ramani.

Après la prise de Kilinochchi en janvier 2009, les forces gouvernementales ont assiégé Mullaitivu, la dernière place forte des LTTE. Kavitha Ramani et sa famille, tout comme des dizaines de milliers d'autres civils, ont été pris au piège dans la zone de combat, fuyant plusieurs fois successivement en quête de sécurité. La famille a réussi à échapper au tourbillon, toutefois le mari de Kavitha Ramani s'est cassé la jambe et il a eu besoin d'une assistance.

Une fois le conflit terminé, Kavitha Ramani et ses enfants ont été envoyés vers l'un des camps fermés du district de Vavuniya dans le nord du pays, toutefois son mari était détenu pour des interrogatoires. « C'est la dernière fois que je l'ai vu. J'ai reçu plusieurs lettres de sa part et ma belle-mère n'a pu leur rendre visite qu'une seule fois », a-t-elle expliqué.

Kavitha Ramani a indiqué que la vie dans le camp avait d'abord été difficile, avec jusqu'à quatre familles par tente dont la capacité était initialement prévue pour tout juste cinq ou six personnes. « De ce fait, on a observé une propagation de maladies dans le camp, comme les diarrhées », a-t-elle également indiqué.

Toutefois elle a ajouté que les conditions de vie s'étaient améliorées une fois que les agences humanitaires, y compris le HCR, ont pu accéder aux camps pour fournir une assistance. Quand elle était à Vavuniya, la famille de Kavitha Ramani lui a régulièrement rendu visite pour lui donner de la nourriture et de l'argent, toutefois ils devaient passer par une brêche de la clôture entourant le camp. « Tout ce que je voulais, c'était rentrer dans mon village d'origine », a indiqué Kavitha Ramani, qui s'inquiétait aussi de la santé de sa fille.

En septembre, ses prières ont été exaucées. Kavitha Ramani et plusieurs centaines d'autres personnes déplacées depuis la région de l'est ont été emmenés vers un camp de transit à Batticaloa et ils ont ensuite pu rentrer dans leur village d'origine.

Kavitha Ramani prie le ciel qu'après 26 ans de conflit, les Sri Lankais puissent aller de l'avant et reconstruire leur pays dans l'harmonie et la paix.

Ses problèmes personnels ne sont pas terminés. Elle est inquiète pour son mari et leur fille ainsi que pour gagner de l'argent et joindre les deux bouts sans un salaire régulier. « Je me demande vraiment ce que l'avenir nous réserve, pour moi et ma famille », a indiqué cette élégante jeune femme, affichant toujours un sourire courageux et conquérant.

* Noms fictifs pour des raisons de protection.

Par Sulakshani Perera à Batticaloa, Sri Lanka

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Dans plus de 50 pays du monde entier, quelque 24 millions de personnes sont déracinées et déplacées dans leur propre pays suite à un conflit ou à des violations des droits de l'homme.

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Durant les 20 années de guerre civile au Sri Lanka, plus d'un million de personnes ont été déracinées, forcées de fuir leur foyer, souvent plus d'une fois. Pour beaucoup d'entre elles qui ne pouvaient trouver abri chez des parents ou des amis, les centres de secours gérés par le HCR ou le gouvernement ont été le seul recours.

En Février 2002, le gouvernement du Sri Lanka et l'Armée de libération des Tigres Tamouls (LTTE) ont signé un accord de cessez-le-feu et entamé une série de négociations devant engendrer une paix durable. À la fin de l'année 2003, plus de 300 000 personnes déplacées étaient déjà retournées dans leurs villes et villages largement dévastés.

Dans le cadre de ces retours, le HCR fournit une protection physique et juridique aux civils affectés par la guerre, tout en finançant une série de projets dans des domaines aussi variés que le logement, la santé, les installations sanitaires ainsi que divers services communautaires et projets générateurs de revenus.

Sri Lanka

L'apatridie à Sri Lanka : les « Tamouls des collines »

À Sri Lanka, le pittoresque « pays des collines » est parsemé de centaines de plantations de thé. La plupart des gens qui y travaillent sont des descendants de Tamouls venus d'Inde entre 1820 et 1840, à l'époque où l'île était une colonie britannique. Les « Tamouls des collines » ont contribué, dans des proportions considérables, à la prospérité économique de Sri Lanka pendant près de deux siècles ; pourtant, jusqu'à une époque très récente, la législation draconienne du pays sur la nationalité rendait leur accession à la citoyenneté presque impossible. Dépourvus de papiers, ils ne pouvaient voter, travailler dans la fonction publique, ouvrir un compte en banque ou voyager librement.

Par le passé, les Tamouls des collines ont fait l'objet d'un certain nombre d'accords bilatéraux qui leur donnaient la possibilité d'opter pour la nationalité sri-lankaise ou la nationalité indienne. Cependant, selon les estimations, il y avait encore 300 000 apatrides d'origine indienne dans l'île en 2003.

La situation s'est très sensiblement améliorée lorsque le Parlement a voté, en octobre de la même année, une loi accordant la nationalité aux personnes d'origine indienne établies à Sri Lanka depuis 1964, ainsi qu'à leurs descendants. Le HCR, les pouvoirs publics et des organisations locales ont mené une campagne pour informer les Tamouls des collines de la publication de la loi et des démarches à accomplir pour acquérir la nationalité. À la fin de l'année 2003, plus de 190 000 apatrides ont obtenu la nationalité sri-lankaise en dix jours - une extraordinaire réussite, qui s'inscrit dans l'effort mené à l'échelle mondiale pour réduire les cas d'apatridie.

De plus, en 2009, le parlement a amendé la réglementation existante, afin d'accorder la nationalité aux personnes qui se sont réfugiées en Inde pour échapper au conflit qui sévissait à Sri Lanka et qui vivent actuellement dans des camps. Il est donc plus facile aux réfugiés de regagner leur pays s'ils le souhaitent.

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Des milliers de personnes ont alors fui Tombouctou et beaucoup ont trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako, au sud du pays. Fatima Nialy, une mère de quatre enfants, s'est jointe au flux des civils se dirigeant vers le sud car elle se sentait prisonnière dans sa propre maison à Tombouctou. A Bamako, elle et ses enfants - dont son bébé d'un mois - ont été pris en charge par des proches. Elle a vécu dans une chambre de la maison de son frère aîné.

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