Des déplacés colombiens ont transformé un quartier abandonné d'une ville portuaire

Articles d'actualité, 4 janvier 2010

CARTAGENE, Colombie, 4 janvier (HCR) Les vagues déferlant sur la mer turquoise, le sable blanc et fin ainsi qu'une légère brise, voici comment sont décrites les plages caribéennes de Colombie par les touristes. Toutefois, qui est cet homme qui loue des chaises longues aux touristes ? Ce n'est pas ce paysage idyllique qui l'a attiré ici, mais la quête de sécurité.

La mère d'Eliecer Baron a été tuée il y a 14 ans dans la région d'Uraba dans le nord de la Colombie après s'être opposée aux groupes armés irréguliers qui tentaient de voler son bétail. « D'abord j'ai rejoint une autre région, Sucre, où je pouvais continuer à vivre en tant que fermier », a expliqué cet homme âgé de 53 ans. « Pourtant, deux ans plus tard, la violence a également atteint Sucre. C'est alors que j'ai décidé de venir à Cartagène. »

Avec une nouvelle famille arrivant chaque semaine depuis des régions en proie à la violence en Colombie, Eliecer et d'autres déplacés internes ont adopté leur propre portion de la plage de Cartagène et ils ont établi une installation aux abords de la ville.

Comme tant d'autres déplacés internes forcés de quitter leurs propres terres, le seul endroit qu'ils pouvaient trouver est celui dont personne ne voulait : Quand ils sont arrivés, le quartier ne disposait ni d'électricité, ni d'autres services assurés par la municipalité car la mairie leur avait fait savoir qu'il était situé sur une zone risquant les inondations, et que la propriété des terres resterait à définir. Les personnes déplacées comme Eliecer devaient même acheter de l'eau dans des seaux.

Peu à peu, la situation a changé et la mairie fournit désormais l'eau et l'électricité. Eliecer et quelques 118 autres familles déplacées ayant formé leur propre organisation ont également pu défendre leurs droits, grâce à une formation dispensée par le HCR sur les droits des personnes déplacées.

« Il arrive souvent que nous ayons à indiquer aux autorités locales ici ce qu'elles doivent faire selon la loi en faveur des personnes déplacées », a expliqué l'un des membres de l'organisation d'Eliecer. Les familles déplacées bénéficient également de l'éducation et elles bénéficient de programmes nationaux spécifiques.

Ce groupe est composé en grande majorité de femmes. « Eliecer est un homme cultivé et aussi généreux », a expliqué Ana, qui fait partie de ce groupe. « Il sait comment gérer les gens, il est respectueux et par-dessus tout, il a une grande connaissance dans l'organisation ainsi que sur les lois et les droits. »

En plus de son travail de sensibilisation, Eliecer lutte, comme tant de fermiers colombiens déplacés, pour subvenir aux besoins de sa famille en milieu urbain. La location de chaises longues sur la plage lui rapporte un revenu modeste et sa femme n'a pas pu travailler depuis quatre ans.

« Elle était là quand ma mère a été assassinée et, depuis lors, elle souffre d'une hypertension sanguine », a-t-il expliqué. « Cela a fini par affecter ses reins ces dernières années et elle doit désormais subir une dialyse tous les deux jours. »

Ces jours-ci, ils redoutent que les investisseurs immobiliers ne récupèrent ce terrain autrefois indésirable qu'Eliecer et ses amis appellent maintenant leur maison. Toutefois, après avoir perdu sa maison deux fois dans son propre pays, Eliecer ne se laissera pas faire.

« Nous étions auparavant des déplacés », a-t-il indiqué avec détermination. « Maintenant, nous restons. Nous en avons le droit. »

Par Gustavo Valdivieso a Cartagène, Colombie

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Réfugiés dans les villes

Plus de la moitié de tous les réfugiés relevant de la compétence du HCR vivent dans des zones urbaines.

Colombie : Vivre dans les «barrios»

Après plus de quarante ans de guerre civile, la Colombie recense l'une des plus grandes populations de personnes déplacées au monde. Plus de deux millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons ; beaucoup d'entre elles ont quitté des régions rurales éloignées pour aller chercher une sécurité relative dans les villes.

Les familles de personnes déplacées échouent la plupart du temps dans des taudis à la périphérie des grandes villes, où elles vivent dans un grand dénuement. Juste à la sortie de Bogota, des dizaines de milliers de personnes déplacées vivent dans les bidonvilles de Los Altos de Cazuca et de Los Altos de Florida. Les déplacé internes n'ont pratiquement pas accès aux services de santé, d'éducation ou de logement décent. La sécurité est également un problème, des gangs et des groupes armés contrôlant les bidonvilles et prenant souvent pour cible les jeunes.

L'UNHCR travaille en collaboration avec les autorités dans une dizaine de communes à travers la Colombie afin de s'assurer que les droits des personnes déplacées soient respectés, y compris leur accès aux services de base : la santé, l'éducation et la sécurité.

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Les populations indigènes en Colombie

Forcés de fuir la violence sévissant sur leurs territoires, les peuples indigènes en Colombie luttent pour éviter une rupture de leurs liens communautaires et culturels. On compte environ un million de personnes indigènes en Colombie. Elles appartiennent à 80 groupes différents et composent l'un des héritages autochtones les plus riches et les plus variés au monde. Mais le conflit armé interne frappe particulièrement sévèrement ces populations indigènes.

Comme de nombreux Colombiens, les peuples indigènes n'ont souvent pas d'autre choix que celui de fuir leurs terres pour échapper à la violence. Le déplacement forcé est tout spécialement tragique pour eux car ils sont attachés à leurs terres ancestrales par des liens très forts. Souvent leur survie économique, sociale et culturelle dépend de la préservation de ces liens. Selon l'Association nationale indigène colombienne (ONIC), quelque 18 groupes ethniques minoritaires se trouvent en danger réel d'extinction. L'UNHCR travaille avec eux pour les aider dans leur lutte à rester sur leurs terres ou pour reconstruire leur vie quand ils ont été forcés à fuir.

L'UNHCR aide aussi des réfugiés indigènes accueillis dans des pays voisins comme le Panama, l'Equateur, le Vénézuela et le Brésil. L'UNHCR développe une stratégie régionale pour mieux répondre aux besoins spécifiques des populations indigènes durant l'exil.

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Réfugiés invisibles au Panama

La guerre civile en Colombie a forcé des millions de personnes à fuir de chez elles, dont des centaines de milliers qui ont cherché refuge dans d'autres pays de la région.

Au Panama, le long de la frontière avec la Colombie, la région de Darien est recouverte d'une épaisse jungle inhospitalière et accessible uniquement par bateau. Néanmoins, de nombreux Colombiens sont venus jusque-là pour trouver refuge, après avoir fui les groupes armés irréguliers qui contrôlent de vastes territoires de jungle de l'autre côté de la frontière.

De nombreuses familles réfugiées au Darien font partie de minorités éthniques de Colombie - indigènes ou afro-colombiennes - qui ont été particulièrement affectées par le conflit et déplacées en grand nombre. Ces dernières années, un nombre croissant de réfugiés colombiens ont également rejoint la capitale, Panama City.

Environ 12 500 Colombiens relevant du mandat de l'UNHCR se trouvent au Panama, mais beaucoup préfèrent ne pas se faire connaître des autorités et rester cachés. Venir en aide à cette population « invisible » est l'un des plus grands défis que rencontre l'UNHCR non seulement au Panama, mais aussi en Equateur et au Vénézuela.

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La violence sévissant dans plusieurs régions de la Colombie menace l'existence des populations indigènes dans le pays. Voici le témoignage de l'un de ces groupes, les indigènes Tulé.