Une jeune Zimbabwéenne paye la liberté au prix fort

Articles d'actualité, 24 décembre 2009

© UNHCR/Zalmaï
Tsitsi Makwiyana porte son bébé âgé d'une semaine, le prix payé pour fuir le Zimbabwe en quête d'une vie meilleure. Les camionneurs sud-africains qui l'ont aidée à fuir l'ont violée et elle est tombée enceinte.

MAKHADO, Afrique du Sud, 24 décembre (HCR) Lorsque Tsitsi Makwiyena, âgée de 18 ans, regarde son bébé Desmond qu'elle porte dans ses bras, elle voit non seulement un petit bébé d'une semaine, mais aussi le prix élevé qu'elle a payé pour fuir son pays d'origine, le Zimbabwe, et commencer une nouvelle vie en milieu urbain en Afrique du Sud.

Sa famille était démunie au point que Tsitsi ne pouvait pas terminer ses études au lycée. Cette jeune fille âgée de 17 ans a alors décidé de se rendre en Afrique du Sud l'année dernière en quête d'une vie meilleure et pour continuer ses études. Avec deux femmes plus âgées, elle a réussi à se faire conduire depuis le Zimbabwe vers l'Afrique du Sud, grâce à des camionneurs sud-africains.

Au célèbre point de passage de la frontière de Beit Bridge, le chauffeur du camion a promis qu'elles pourraient, comme tant d'autres, traverser la frontière par une brêche dans la clôture et entrer clandestinement en Afrique du Sud.

Toutefois la situation a mal tourné pour ces trois femmes. Après être arrivés de nuit, les camionneurs se sont arrêtés du côté zimbabwéen du pont marquant la frontière, ils les ont violées une par une et les ont laissées au bord de la route. En sang et dans une douleur inimaginable, Tsitsi et les autres femmes ont cherché de l'aide dans les environs mais elles n'ont trouvé personne.

Elles ont tout de même réussi à traverser la frontière à pied vers l'Afrique du Sud et elles ont demandé l'asile dans la ville frontalière de Musina. Tsitsi s'est ensuite rendue à Makhado, à environ 100 kilomètres plus à l'intérieur du pays.

A Makhado, elle a compris qu'elle était enceinte. Ayant d'abord songé à l'avortement, elle a ensuite reçu des soins médicaux ainsi qu'un important soutien psychologique dans un hôpital sud-africain. C'est pour cette raison qu'elle peut aujourd'hui raconter son histoire d'une voix calme.

« Avant de bénéficier d'un soutien psychologique, quand je pensais à tout ce qui m'était arrivé, je ne faisais que pleurer », a indiqué Tsitsi à un employé du HCR, après que tous les hommes aient été hors de portée de voix. « Je n'arrivais pas à parler de mon malheur sans pleurer. Maintenant je vais mieux. Désormais, je regarde vers l'avenir car je dois maintenant penser à mon bébé. »

Elle n'est plus scolarisée car elle a dû grandir dans la hâte. Il y a une chose qu'elle n'a pas eu le courage de faire, c'est raconter à sa famille restée au Zimbabwe ce qui lui est arrivé lors de sa fuite.

« J'ai entendu dire que de nombreuses filles zimbabwéennes avaient subi le même sort », a-t-elle indiqué. « Elles ne disent rien à leur mère au sujet de leur bébé. Je crois que si je le disais à ma mère, elle ne serait pas heureuse mais elle nous accepterait quand même. »

La ville de Makhado, s'étirant le long de l'autoroute reliant la frontière à Johannesburg, ressemble presque à une petite ville des Etats-Unis avec ses rues bordées de magasins et ses fast-foods.

Toutefois ce n'est pas le Makhado de Tsitsi. Le sien est situé derrière les bâtiments, en bas d'un petit chemin vers une chambre minuscule et sale construite dans le jardin d'une autre maison. Elle loue la chambre à une vieille dame zimbabwéenne avec d'autres locataires, pour la plupart des demandeurs d'asile en transit via Makhado vers Johannesburg.

Quelque 10 à 12 personnes vivent ici, principalement des hommes seuls qui, tous, cuisinent et lavent leur linge en plein air. Malgré l'environnement sinistre, face à sa nouvelle responsabilité avec son nouveau-né, Tsitsi est déterminée à réussir dans cette nouvelle tâche en Afrique du Sud. « Je vais rester ici à Makhado », a-t-elle résolument affirmé, « et je vais chercher un travail. »

Des milliers d'étrangers, y compris des réfugiés et des demandeurs d'asile, luttent également pour survivre en milieu urbain comme à Makhado. La législation sud-africaine permet généreusement aux demandeurs d'asile et aux réfugiés de bénéficier de nombreux avantages, comme l'éducation et l'emploi, toutefois la plupart éprouvent des difficultés pour assurer leur quotidien.

Par Tina Ghelli
A Makhado, Afrique du Sud

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Plus de la moitié de tous les réfugiés relevant de la compétence du HCR vivent dans des zones urbaines.

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L'Afrique du Sud est l'un des rares pays d'Afrique où les réfugiés et les demandeurs d'asile enregistrés bénéficient légalement d'une liberté de mouvement ainsi que de l'accès aux services sociaux et aux emplois au même titre que les citoyens.

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Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

A Atteridgeville, une ville située en bordure de la capitale Pretoria - et théâtre de l'une des pires situations de violence - des commerçants sud-africains et somaliens, aidés par le HCR, ont négocié un accord détaillé pour régler le contentieux commercial initial ayant conduit à l'embrasement des magasins tenus par des Somaliens. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés soutient également l'action de la Fondation Nelson Mandela visant à lutter contre la xénophobie.

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Invisibles en Afrique du Sud

En mars 2011, le HCR a lancé un projet avec l'organisation non gouvernementale sud-africaine, Lawyers for Human Rights (LHR- Avocats pour les droits de l'homme), pour traiter de la question de l'apatridie. Les objectifs spécifiques du projet étaient de fournir directement des services juridiques aux apatrides et aux personnes risquant de le devenir, d'aborder avec le gouvernement la nécessité de réformer la loi pour prévenir et réduire les cas d'apatridie, de sensibiliser à la question des apatrides et de leurs droits et de plaider pour la ratification des conventions des Nations Unies de 1954 et de 1961 relatives à l'apatridie.

LHR avait conçu ce projet un an plus tôt après avoir observé qu'un grand nombre de demandeurs d'asile nés Zimbabwéens leur faisaient part de leurs difficultés pour trouver du travail, étudier ou créer une entreprise - activités autorisées selon le droit sud-africain. Ils expliquèrent à LHR que lorsqu'ils ont demandé un passeport zimbabwéen, nécessaire pour accéder à ces droits, les fonctionnaires du Consulat les ont informés qu'ils n'étaient plus reconnus comme citoyens zimbabwéens. Ceci en réalité les rendait apatrides.

Depuis le commencement du projet, LHR a rencontré plus de 2 000 personnes apatrides ou risquant de le devenir. Ces personnes sont originaires de plus de 20 pays différents. L'ONG a identifié plusieurs catégories de personnes rencontrant des difficultés en Afrique du Sud, que ce soit des migrants ou des personnes nées dans le pays.

La série de photos qui suit présente certaines des personnes qui ont été, ou sont, aidées par le projet. Les portraits ont été réalisés par le photographe Daniel Boshoff. Certaines personnes ont demandé que leur nom soit modifié.

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