Face aux changements climatiques dans l'est du Tchad

Articles d'actualité, 15 décembre 2009

© HCR/ A. Rehrl
Des réfugiées soudanaises remplissent leurs jerrycans d’eau potable, une ressource précieuse, dans un camp de réfugiés situé dans l’est du Tchad.

ABÉCHÉ, Tchad, 15 décembre (HCR) Les travailleurs humanitaires qui arrivent dans l'est du Tchad se rendent rapidement compte du sable omniprésent qui s'infiltre partout et de la pénurie d'eau potable. Avec les changements climatiques, la situation devrait encore empirer, avec moins d'eau encore et une désertification progressive des terres semi-arides.

Prendre un bain à Abéché, la ville principale de l'est du Tchad, relève de la mission impossible pour des personnes habituées aux douches et à l'eau abondante et apaisante, le luxe à portée de main dans les pays plus développés. Ici l'eau n'est disponible que quelques heures tous les quatre ou cinq jours et les robinets sont laissés ouverts en attente du moment magique où le filet d'eau jaillit pour être collecté dans toutes sortes de brocs, de récipients et de seaux.

Toutefois pour les communautés locales ainsi que 250 000 réfugiés soudanais vivant non loin des 12 camps tentaculaires gérés par le HCR, se laver est un luxe inaccessible. Ils luttent pour recevoir tout juste le volume d'eau recommandé par jour de 15 à 20 litres, nécessaire pour boire, cuisiner et laver la poussière et le sable accumulés sur leurs mains et leurs visages. Un grand nombre ne peut trouver que cinq à six litres.

L'eau est une ressource rare dans l'est du Tchad en temps normal, mais lorsque vous vivez au côté de milliers d'autres réfugiés dans un camp, cela devient un problème majeur. De plus, il y a des signes annonciateurs selon lesquels les pluies saisonnières deviennent de plus en plus faibles, affectant le niveau hydrostatique ainsi que la terre et la flore.

Le HCR et ses partenaires, y compris le Gouvernement tchadien, luttent contre les effets des changements climatiques avec des programmes visant à mieux gérer les ressources d'eau se raréfiant et à ralentir la désertification en plantant des pousses d'arbres dans l'un des pays les plus secs et les plus chauds de la planète.

La sécheresse progresse, avec des pluies particulièrement faibles en 2009. Dans la ville d'Iriba, qui accueille 55 000 réfugiés soudanais originaires du Darfour dans trois camps, seulement 135 millimètres de pluie sont tombés depuis le début de cette année, selon les statistiques publiées par le ministère tchadien de l'environnement, en comparaison des 355 millimètres relevés pour l'année 1950.

De nos jours, la pluie est trop faible pour empêcher la désertification progressive. Les plantes ne peuvent pas survivre longtemps car l'eau n'est pas présente en quantité suffisante dans le sol. Par ailleurs, à cause des pluies extrêmement rares tombées cette année, les Nations Unies s'attendent à une crise alimentaire qui affectera plusieurs millions de personnes au Tchad et dans d'autres pays du Sahel en 2010.

De plus, l'évaporation, le détournement des eaux pour l'irrigation et la désertification ont vu le lac Tchad, un lac auparavant important, se réduire depuis une superficie de 25 000 kilomètres carrés au début des années 60 à tout juste 3 000 kilomètres carrés aujourd'hui. Des vents violents déplacent les sables du Sahara vers le sud en direction du lac.

Le manque d'eau et le sol desséché affectent non seulement la bio-diversité mais également ralentissent les cultures. En résultat, les animaux n'ont pas suffisamment de paturages et un grand nombre d'entre eux meurent de malnutrition et de maladies liées, ce qui affecte ensuite la chaine alimentaire.

Parallèlement, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés travaille au Tchad pour endiguer et atténuer les effets de la diminution des réserves d'eau et de la forte consommation d'eau. « La seule manière de lutter contre la désertification à long terme est d'engager d'importants programmes de reforestation », a indiqué Andrea Masini, chargé de l'environnement au HCR. Depuis 2006, le HCR a planté 300 000 pousses d'arbres par an au Tchad, parmi lesquels quelque 60 pour cent ont survécu. Des réfugiés et des communautés locales ont par ailleurs planté 1,2 millions de pousses, y compris des espèces forestières comme l'acacia ou des arbres fruitiers comme des citronniers ou des manguiers.

Par ailleurs, pour empêcher la désertification, le HCR et ses partenaires ont fourni du bois de chauffe aux réfugiés qui sortiraient sinon des camps pour couper des arbres et des arbustes une pratique désormais interdite par le gouvernement. D'autres sources d'énergie alternatives, comme le gaz et le biogaz, ont été introduites au Tchad et dans d'autres pays, avec des réchauds à économie d'énergie et des fours à énergie solaire.

Pour protéger les rares réserves d'eau de l'est du Tchad, le HCR et le ministère de l'environnement ont mis en œuvre une stratégie plus durable. L'approche sur trois ans met en ?uvre une combinaison de techniques modernes et traditionnelles. La première année, de nouveaux puits et trous de sonde ont été creusés dans les camps et les villages environnants, alors qu'une équipe spécifique recherche de nouvelles réserves souterraines.

Cette année également, les réfugiés et les communautés locales ont été formées pour utiliser différentes sources d'eau pour différents besoins : pour boire, pour le bétail, pour les cultures et pour le travail de construction. Pour l'étape suivante, des pompes électriques seront remplacées par des pompes manuelles, qui seront plus faciles à utiliser et plus économiques à entretenir.

Tous les puits seront naturellement remplis chaque année durant la saison des pluies survenant entre juillet et septembre. En construisant des puits traditionnels dans les lits de rivières asséchées, les réserves d'eau souterraines dans le désert seront préservées.

En répondant aux effets des changements climatiques aujourd'hui, les travailleurs humanitaires, les réfugiés et les communautés locales aideront les futures générations à continuer à utiliser les ressources de la planète à l'avenir dans cette région aride.

Par Annette Rehrl à Abéché, Tchad

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