L'UA sur le point d'adopter une Convention pionnière sur les déplacés internes

Articles d'actualité, 22 octobre 2009

© HCR/J.Akena
Le Haut Commissaire António Guterres s’adresse aux délégués durant le sommet spécial de l’Union africaine.

KAMPALA, Ouganda, 22 octobre (HCR) L'Union africaine (UA) débute un sommet visionnaire visant à répondre au vaste problème du déplacement forcé sur le continent africain.

Dans un discours d'ouverture prononcé au début du sommet spécial rassemblant des Chefs d'Etat et de gouvernement sur les réfugiés, les rapatriés et les déplacés internes, le Président ougandais Yoweri Kaguta Museveni a indiqué, « aucun pays ne devrait être autorisé à rejeter ses propres citoyens. »

Les leaders africains présents devraient signer vendredi un cadre juridique inédit intitulé « Convention pour la protection et l'assistance des personnes déplacées internes en Afrique. » La nouvelle convention définit et insiste sur les responsabilités des Etats, et même des groupes armés, devant protéger et assister leurs propres citoyens déracinés.

Au-delà du conflit armé, la convention couvre les causes principales du déplacement, y compris les obligations des gouvernements envers leurs citoyens fuyant des catastrophes naturelles ou causées par l'homme ainsi que les personnes déracinées de leurs terres accaparées dans le cadre de projets de développement. Les personnes déracinées de force trouveront dans la convention l'éventail complet des droits dont ils devraient bénéficier avant, pendant et après le déplacement.

« Chaque déplacé du fait d'un conflit ou d'une catastrophe naturelle est une personne, souvent une femme ou un enfant, qui pourrait souffrir de malnutrition ou vivre dans la crainte d'un recrutement forcé ou d'un viol, une personne dont le potentiel n'est pas exploité, dont les rêves ne se matérialisent pas et qui ne peut contribuer à la société. Vous êtes réunis pour forger un avenir meilleur », a indiqué le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres aux délégués présents au sommet. « Une fois encore, l'Afrique ouvre la marche », a ajouté le Haut Commissaire, qui s'adressait au nom du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon.

Continuant son discours en sa capacité de Haut Commissaire, António Guterres a indiqué, « Inspirons-nous de ces leaders africains qui ont refusé d'accepter pour leurs pays le déplacement perpétuel comme une réalité inévitable et qui ont courageusement agi pour y mettre fin. Le statut de réfugié et le déplacement interne ne doivent pas constituer un héritage se transmettant génération après génération. »

La convention entrera en vigueur après la ratification et l'adhésion d'au moins 15 Etats membres de l'Union africaine. « Le principal défi consistera désormais à la mettre en ?uvre », a indiqué Walter Kaelin, le Représentant du Secrétaire général de l'ONU pour les droits humains des personnes déplacées internes.

Lors de son discours à l'attention des délégués de ce sommet, Sir John Holmes, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence, a indiqué « le succès de ce sommet et de la convention se mesurera véritablement lorsque nous commencerons à voir que le déplacement décroît, que davantage de solutions efficaces sont mises en ?uvre pour les personnes déplacées et enfin, avant tout, quand les souffrances immenses causées à un si grand nombre de déplacés sur ce continent disparaîtront. »

Le phénomène du déplacement interne continue à croître sur le continent africain, alors même que le nombre des réfugiés diminue progressivement. Au début de cette année, l'Afrique abritait environ 11,6 millions de personnes déplacées internes, soit 45 pour cent de la population déplacée au sein de son propre pays à travers le monde. Le continent compte également 2 659 000 réfugiés et demandeurs d'asile. Quelque deux millions de personnes sont devenues des déplacés internes l'année dernière.

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Manuel pour la protection des déplacés internes

Dans plus de 50 pays du monde entier, quelque 24 millions de personnes sont déracinées et déplacées dans leur propre pays suite à un conflit ou à des violations des droits de l'homme.

Personnes déplacées internes

Les personnes déplacées fuient en quête de sécurité dans d'autres régions au sein même de leur pays, où ils ont besoin d'une aide.

Long voyage de retour vers Tombouctou

La guerre a atteint Tombouctou en avril dernier, quand des rebelles touaregs se sont emparés de cette ville antique du nord du Mali. Elle est rapidement tombée sous le contrôle des militants, qui ont commencé à imposer aux habitants une version stricte de la charia. Les femmes ont été forcées de porter le voile en public, des personnes suspectées d'adultère étaient fouettées ou lapidées, des voleurs ont eu les mains coupées et des chambres funéraires centenaires ont été détruites.

Des milliers de personnes ont alors fui Tombouctou et beaucoup ont trouvé refuge dans la capitale malienne, Bamako, au sud du pays. Fatima Nialy, une mère de quatre enfants, s'est jointe au flux des civils se dirigeant vers le sud car elle se sentait prisonnière dans sa propre maison à Tombouctou. A Bamako, elle et ses enfants - dont son bébé d'un mois - ont été pris en charge par des proches. Elle a vécu dans une chambre de la maison de son frère aîné.

En février 2013, peu de temps après que les forces françaises et maliennes aient libéré Tombouctou, Fatima a décidé de rentrer chez elle avec ses enfants. Le photographe Thomas Martinez les a suivis

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Colombie : Vivre dans les «barrios»

Après plus de quarante ans de guerre civile, la Colombie recense l'une des plus grandes populations de personnes déplacées au monde. Plus de deux millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons ; beaucoup d'entre elles ont quitté des régions rurales éloignées pour aller chercher une sécurité relative dans les villes.

Les familles de personnes déplacées échouent la plupart du temps dans des taudis à la périphérie des grandes villes, où elles vivent dans un grand dénuement. Juste à la sortie de Bogota, des dizaines de milliers de personnes déplacées vivent dans les bidonvilles de Los Altos de Cazuca et de Los Altos de Florida. Les déplacé internes n'ont pratiquement pas accès aux services de santé, d'éducation ou de logement décent. La sécurité est également un problème, des gangs et des groupes armés contrôlant les bidonvilles et prenant souvent pour cible les jeunes.

L'UNHCR travaille en collaboration avec les autorités dans une dizaine de communes à travers la Colombie afin de s'assurer que les droits des personnes déplacées soient respectés, y compris leur accès aux services de base : la santé, l'éducation et la sécurité.

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L'éducation pour les déplacés en Colombie

Deux millions de personnes déplacées sont enregistrées dans le Registre national des déplacés internes en Colombie. Près de la moitié des déplacés sont âgés de moins de 18 ans et, selon le Ministère de l'éducation, seule la moitié d'entre eux sont inscrits à l'école.

Avant même d'être déplacés, les enfants colombiens scolarisés dans des régions à risque sont exposés au danger des mines anti-personnelles, aux attaques de groupes armés et au recrutement forcé mené aux alentours des écoles. Une fois qu'ils sont déplacés, ces enfants perdent souvent une année scolaire entière. De plus, le traumatisme provoqué par le déracinement et le fait d'avoir été témoin de violences extrêmes sont souvent négligés, affectant ainsi leur faculté d'apprentissage. La pauvreté accrue par le déplacement oblige les enfants à travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Ils ne peuvent plus aller l'école.

L'UNHCR soutient les efforts du gouvernement pour répondre à la crise de l'éducation qui touche les enfants déplacés, notamment les interventions locales dans des régions à haut risque, la reconstruction d'écoles endommagées, la fourniture de matériel scolaire et le soutien d'associations locales d'enseignants. L'UNHCR travaille avec le Ministère de l'éducation, afin d'assurer que les besoins des enfants déplacés soient identifiés et pris en compte - sans oublier les minorités ethniques comme les Afro-Colombiens et les indigènes.

L'éducation pour les déplacés en Colombie