Le chef du HCR appelle à ne pas oublier les déplacés dans l'est du Congo

Articles d'actualité, 16 octobre 2009

© HCR/D.Nthengwe
Le Haut Commissaire António Guterres fait connaissance avec des aînés, avant d'engager une longue discussion sur leur situation au camp de Shasha.

GOMA, République démocratique du Congo, 16 octobre (HCR) En comparant les centaines de milliers de civils déracinés de force en République démocratique du Congo (RDC) aux victimes du tsunami de 2004 dans l'Océan Indien, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a exhorté, vendredi, la communauté internationale à ne pas oublier les Congolais confrontés à l'adversité.

Depuis l'est de la RDC, dans la ville de Goma, l'épicentre de l'une des plus importantes crises de déplacement au monde, António Guterres a constaté que quelque deux millions de personnes étaient déplacées dans ce vaste pays et il a déploré l'accumulation des défis auxquels fait face la communauté humanitaire et internationale pour couvrir les besoins de ces populations civiles.

« Si vous regardez la situation humanitaire en République démocratique du Congo, toutes les victimes les victimes du conflits, les victimes de maladies, de problèmes sanitaires et de l'extrême pauvreté le nombre des personnes qui meurent, principalement inutilement, pour une période de six mois est équivalent au nombre de victimes du tsunami en Asie », a-t-il indiqué.

« Maintenant si vous comparez le soutien massif de la communauté internationale aux victimes du tsunami avec celui apporté à la RDC pour une période de six mois, la différence est saisissante », a ajouté le Haut Commissaire. Le tsunami de 2004 a tué plus de 200 000 personnes dans les pays entourant l'Océan Indien.

António Guterres, qui est arrivé jeudi à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, s'évertue depuis longtemps à maintenir l'attention sur la crise incessante de déplacement et la violence dans l'est du Congo, malgré la signature d'un accord national de paix en 2003. Il s'était rendu la dernière fois dans le Nord-Kivu en décembre 2007. Toutefois des éruptions sporadiques de violence continuent à forcer les populations à fuir leurs maisons ou les camps.

Hier, le Haut Commissaire s'est rendu dans plusieurs camps accueillant des personnes déplacées internes dans le Nord-Kivu ainsi que dans le Sud-Kivu voisin. Il a visité Shasha et le camp de Mubimbi I, qui accueille des victimes de multiples conflits ayant ravagé la région des Kivus en proie à des troubles tout au long de ces trois dernières années.

A Shasha, dans le Nord-Kivu, António Guterres a rencontré des Bambuti, des indigènes vivant de la chasse et de la cueillette dans la forêt connus également sous le nom de Pygmées, qui ont particulièrement souffert durant toutes ces années. Ils lui ont indiqué que même si la paix et la stabilité revenaient dans la région, ils n'ont nulle part où habiter. Ils ont appelé les autorités à les aider à obtenir des terres.

A Mubimbi I, un camp situé dans le Sud-Kivu, António Guterres a rencontré un groupe mixte de déplacés internes, dont certains ont été déracinés lors de précédents conflits et d'autres ont fui leurs maisons plus récemment lors d'une campagne menée par les forces armées congolaises pour désarmer les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).

Le Haut Commissaire s'est par ailleurs rendu à Rutoboko dans le district de Masisi au Nord-Kivu, une ville qui a été dévastée durant les affrontements opposant les forces armées congolaises et les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) en 2008, causant la fuite de milliers de civils.

Désormais un grand nombre de déplacés rentrent dans leurs villages et reconstruisent leur vie. Le long de la route, on peut observer des signes d'une vie nouvelle et d'un regain d'espoir. C'est la saison des pluies et les rapatriés étaient occupés à reconstruire leur maison et à planter des semences comme des fêves, des bananes et du manioc. Les écoles ont réouvert.

Les déplacés ont commencé à rentrer chez eux en mars 2009, lorsque le Gouvernement congolais et les rebelles ont signé une trêve de paix. Toutefois le rythme s'est accéléré le mois dernier, lorsque quelque 66 000 personnes hébergées dans six camps gérés par le HCR dans et autour de Goma sont rentrées dans leur région d'origine.

António Guterres a assuré à la fois les déplacés internes et les rapatriés du soutien continu de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés. Il a indiqué que ceux qui ne peuvent pas rentrer à cause du conflit dans leur région d'origine recevront une assistance dans les camps gérés par le HCR, alors que ceux qui rentrent chez eux recevraient le soutien dont ils ont besoin pour se rétablir.

A Rutoboko, le Haut Commissaire a rencontré Muhanuka Kahunde, âgé de 70 ans, qui est rentré dans son village d'origine en septembre après avoir passé près de deux ans dans le camp de Buhima accueillant des déplacés, un camp situé à proximité de Goma. « Je suis revenu car la paix a été restaurée et il n'y a pas de problème ici. C'est vraiment tranquille, nous avons commencé à reconstruire nos maisons et à défricher la terre pour les cultures », a-t-il indiqué.

D'autres personnes déplacées, comme Charlin Amunazi âgé de 42 ans, ne devraient toutefois pas rentrer de sitôt dans leur village d'origine. Elle a fui quand son village situé dans le district de Masisi a été envahi par des hommes armés et elle vit désormais dans le camp de Mugunga III près de Goma. « J'ai fui lorsque les combats se sont intensifiés et que mon mari a été tué », s'est-elle rappelée. « Tout le monde a fui et lorsque les viols ont commencé, nous avons également fui. »

Avant de rejoindre Goma, António Guterres avait rencontré des personnalités de haut rang à Kinshasa, le Président Joseph Kabila Kabalange, le Ministre des Affaires étrangères Adolphe Muzito, la Ministre de l'Intérieur Celestine Mbuyu et le Ministre de la coopération internationale Raymond Shibanda ainsi que le Général Babacar Gaye, chef des forces des Nations Unies en RDC.

António Guterres se rendra ensuite au Rwanda avant de participer à un sommet spécial de l'Union africaine sur les personnes déracinées de force. Ce rassemblement historique se tiendra à Kampala, la capitale ougandaise, de lundi à vendredi prochain.

Par Yusuf Hassan à Goma, République démocratique du Congo

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Lorsque la crise de déplacement a empiré dans le Nord-Kivu en 2007, l'agence pour les réfugiés a envoyé plusieurs équipes d'urgence sur place et a mis en oeuvre des opérations dans plusieurs camps accueillant des déplacés. Les efforts d'assistance comprennent aussi l'enregistrement de la population déplacée et la distribution d'articles non alimentaires. Le HCR mène également un contrôle dans le domaine de la protection pour identifier les abus des droits humains et d'autres problèmes, auxquels sont confrontés les déplacés dans le Nord et le Sud-Kivu.

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Le HCR coordonne la gestion de 31 camps de déplacés et fournit une assistance d'urgence. Ces camps sont localisés à travers tout le Nord-Kivu. Le HCR est confronté à des défis de taille en termes d'accès aux zones où les déplacés ont trouvé refuge et l'agence pour les réfugiés continue à réclamer l'accès humanitaire aux personnes dans le besoin afin de leur venir en aide.

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