Le HCR réinstalle aux Etats-Unis des réfugiés hébergés au Tchad

Articles d'actualité, 23 juin 2009

© HCR/H.Caux
Une famille réfugiée du Darfour et leur abri de fortune dans l'est du Tchad. Les Etats-Unis vont accepter la venue de centaines de réfugiés hébergés au Tchad parmi les plus vulnérables d'entre eux, dans le cadre d'un programme de réinstallation.

DADAAB, Kenya, 22 juin (UNHCR) Habiba Abdi Rahman Mude est originaire du quartier de Medina à Mogadiscio. Elle a été forcée de quitter sa maison à cause des combats le mois dernier et elle est récemment arrivée avec son fils Muse au camp de réfugiés de Dadaab situé dans le nord-est du Kenya, où elle a rencontré Andy Needham, un employé du HCR, à qui elle a raconté son histoire.

Mogadiscio a toujours été une ville dangereuse durant la plupart de la courte vie d'Habiba. Elle était âgée de sept ans lorsque son pays avait pour la dernière fois un gouvernement opérationnel. Depuis lors, la capitale est régulièrement déchirée par les violences.

Toutefois, le dernier regain de tensions est arrivé trop près de sa maison. Le 13 mai, un obus de mortier a atterri dans la maison de ses voisins, tuant toute la famille. Alors Habiba, qui a un fils handicapé de huit ans, n'a pas hésité. Avec son fils Muse, elle a rejoint d'autres voisins qui montaient à bord de véhicules se dirigeant vers le Kenya voisin.

Elle n'a même pas eu le temps de prévenir son mari, Muhidin Aweys, âgé de 35 ans, qui se trouvait alors au marché situé à proximité. Elle n'avait pas non plus assez d'argent pour payer le billet du trajet en minibus. Toutefois un ami a trouvé un chauffeur qui a accepté de la faire voyager gratuitement.

La fuite d'Habiba vers la sécurité a duré cinq jours et cinq nuits. Elle est passée par la ville d'Afgooye, puis elle a traversé Bravo, Kuyaburooy, Jilib, Marka et d'autres petites villes dont Habiba ne se rappelle pas. Le minibus voyageait de nuit, les deux chauffeurs conduisant tour à tour et marquant des arrêts seulement pour que les voyageurs puissent acheter de la nourriture dans un « hôtel » routier. Durant cinq jours et cinq nuits, Habiba a tenu son fils handicapé mental sur ses genoux.

A l'arrivée au Kenya, elle est montée à bord d'un autre véhicule se dirigeant vers Dadaab, l'un des plus importants camps de réfugiés au monde.

« Ici les choses vont cent fois mieux qu'à Mogadiscio », a expliqué Habiba, se reposant au centre d'hébergement Lutheran World Federation où, en tant que nouveaux arrivants, elle et son fils ont reçu des bâches en plastique, du savon, des matelas et des jerrycans. Son fils regarde autour de lui depuis le brancard qu'elle a acheté pour lui.

« Il n'y a ni guerre ni combat ici. Nous pouvons juste nous reposer tranquillement », a-t-elle dit. « Ces derniers mois, la situation a empiré à Mogadiscio. Les gens sont déplacés, ils sont perdus. Vous ne savez pas où se trouve votre voisin. Lorsque les combats commencent et qu'il y a des tirs et des explosions dans tous les sens, les gens courent et disent 'Avant que cela n'arrive chez moi, laissez-moi fuir.' »

Avant même que les combats ne se soient intensifiés entre les forces gouvernementales et la milice islamiste Al Shabaab le mois dernier, « trouver de la nourriture et de l'eau dépendait de si vous aviez de l'argent ou non. Parfois nous avions de l'argent, alors nous avions du porridge. Parfois nous n'en avions pas, alors dans ce cas, nous avions faim », a expliqué Habiba.

« Quand nous avions de l'argent, alors nous pouvions aller au marché, acheter des petits aliments et les cuire immédiatement. » L'eau coûte environ 1 000 shillings somaliens, soit 70 cents pour trois jerrycans de 20 litres.

Désormais, Habiba peut recevoir de la nourriture et de l'eau. En tant que réfugiée enregistrée, elle a droit à 15 jours de rations alimentaires pour elle et son fils Muse le dernier jour du cycle de distribution alimentaire ayant lieu actuellement. L'hébergement est plus problématique : Dadaab, avec près de 300 000 personnes, est fortement surpeuplé et le HCR ne dispose pas d'autres terres à allouer aux nouveaux arrivants. Pour le moment, Habiba partage un terrain avec une proche et sa famille qui habitent à Dadaab depuis quatre ans.

Habiba prévoit aussi de rendre visite à Handicap International (HI), une ONG. Elle espère recevoir une chaise roulante pour son fils. Personne ne sait quel est son problème. Il ne parle pas, il ne marche pas et il n'utilise pas ses mains. Toutefois il est alerte et il réagit quand il entend le personnel chargé de l'enregistrement appeler les noms des nouveaux arrivants pour qu'ils soient enregistrés au bureau du HCR sur le terrain. Il regarde alors ceux qui attendent en file pour recevoir leurs cartes de rationnement.

Quand elle était à Mogadiscio, Habiba n'avait même pas de brancard. Elle portait Muse sur son dos partout où elle allait et, depuis, elle souffre d'une douleur dorsale. « J'espère que mon fils pourra recevoir des soins médicaux. Je voudrais le voir un jour marcher correctement. Je remercierai toute personne qui m'aidera dans ce sens », a-t-elle dit.

Habiba se montre moins optimiste au sujet de son pays natal. A la question de savoir si elle pense rentrer un jour, elle répond : « Maya (non) » en ajoutant sans hésitation : « La situation ne s'améliorera pas : maya, maya. »

Par Andy Needham à Dadaab, Kenya

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Manuel de réinstallation du HCR

Un document de référence dans l'élaboration des critères régissant la réinstallation et des différentes approches en matière de politique de réinstallation.

Réinstallation

Cette alternative, offerte à ceux qui ne peuvent pas rentrer chez eux, est rendue possible par le HCR et les gouvernements.

L'autre crise de réfugiés au Tchad

Une seconde crise de réfugiés se développe silencieusement dans le sud du Tchad depuis ces dernières années. Cette crise n'attire que peu d'attention de la part des médias et de la communauté internationale. Environ 60 000 réfugiés de la République centrafricaine sont hébergés dans le sud du Tchad. Ils sont répartis dans cinq camps et ils reçoivent une aide régulière du HCR. Toutefois le financement pour cette aide et pour des projets de réintégration reste faible. Les réfugiés ont fui les combats entre des groupes rebelles et les forces gouvernementales au nord de la République centrafricaine. Depuis le début de l'année 2009, 17 000 nouveaux réfugiés sont arrivés dans le sud-est du Tchad.

L'autre crise de réfugiés au Tchad

Des milliers de personnes sont déplacées à l'intérieur du Tchad

Lors de scènes de dévastation au mode opératoire similaire à celles du carnage perpétré au Darfour voisin, quelque 20 villages dans l'est du Tchad ont été attaqués, brûlés et pillés par des groupes de nomades armés depuis le 4 novembre. Des centaines de personnes ont été tuées, davantage encore ont été blessées. Au moins 15 000 personnes ont été déplacées de leurs villages d'origine.

Quelque 7 000 personnes se sont rassemblées aux alentours de Goz Beida, où elles ont trouvé abri sous des arbres ou ailleurs. L'UNHCR distribuera des articles de secours dès que la situation sécuritaire le permettra. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a déjà distribué des bâches en plastique, des matelas, des couvertures et des médicaments aux déplacés internes nouvellement arrivés dans le camp de Habila. L'agence recherche actuellement un site temporaire pour accueillir les nouveaux arrivants et entre temps va augmenter le nombre de points d'eau dans le camp de Habila.

La détérioration de la situation sécuritaire dans la région est extrêmement préoccupante, ainsi que ses conséquences sur les opérations de l'UNHCR pour aider les déplacés internes et les réfugiés. Il y a 90 000 déplacés internes au Tchad, ainsi que 218 000 réfugiés originaires du Darfour présents dans 12 camps de l'est du Tchad.

Des milliers de personnes sont déplacées à l'intérieur du Tchad

Tchad : l'éducation en exil

L'UNHCR s'associe avec le Ministère de l'éducation et des partenaires ONG pour améliorer l'éducation des réfugiés soudanais au Tchad. La violence continue dans la région ouest du Darfour, au Soudan, a déraciné deux millions de Soudanais dans leur propre pays et a fait fuir quelque 230 000 personnes de l'autre côté de la frontière dans l'est du Tchad. Les réfugiés sont hébergés dans 12 camps au Tchad. Bien que le taux d'inscription à l'école dans les camps au Tchad soit élevé, l'assiduité est variable. Le manque d'instituteurs qualifiés et de fournitures scolaires perturbe le déroulement des classes. Par ailleurs, de nombreux enfants sont accaparés par les tâches domestiques, tandis que d'autres arrêtent l'école pour travailler dans des familles tchadiennes. La fréquentation des filles est moins régulière, surtout après leur mariage qui a lieu généralement lorsqu'elles ont 12 ou 13 ans. Pour les garçons et adolescents, fréquenter l'école diminue le risque d'être recruté par différents groupes armés opérant dans la région.

L'UNHCR et ses partenaires continuent de former et de rémunérer les instituteurs au sein des 12 camps de réfugiés, assurant ainsi une éducation de qualité aux enfants réfugiés. Les ONG partenaires entretiennent les écoles et fournissent les uniformes aux écoliers. L'UNICEF distribue des livres, des cahiers et des fournitures. En août 2007, l'UNHCR, l'UNICEF et le Ministère de l'éducation tchadien ont travaillé conjointement pour améliorer l'éducation des Soudanais déracinés par le conflit au Darfour.

Tchad : l'éducation en exil

Tchad : des défis environnementauxPlay video

Tchad : des défis environnementaux

Les 250 000 réfugiés du Darfour exilés dans lest du Tchad luttent chaque jour pour tenter de survivre avec un minimum deau, de nourriture et de combustible.
Des réfugiés centrafricains fuient vers le TchadPlay video

Des réfugiés centrafricains fuient vers le Tchad

La guerre se déroulant en République centrafricaine a reçu peu d'attention de la part des médias, en comparaison avec le conflit du Darfour, alors que ses effets sont semblables. Plus de 17 000 Centrafricains ont traversé la frontière vers le Tchad depuis janvier 2009, portant ainsi le total des réfugiés centrafricains à près de 70 000 dans ce pays.