Les humanitaires appellent à la protection des enfants « sorciers »

Articles d'actualité, 8 avril 2009

© HCR/E.Hockstein
Enfants en situation de risque : Dans certaines parties du monde, des enfants sont accusés d'être des sorciers et ils subissent des abus brutaux.

GENEVE, 8 avril (HCR) La possession par le démon, la sorcellerie et le surnaturel ne sont pas ce qui vient immédiatement à l'esprit à propos d'un débat sur les réfugiés. Toutefois la violence relative aux accusations de sorcellerie peut provoquer des abus des droits de l'homme, le déplacement forcé et la traite d'êtres humains, selon un travailleur humanitaire britannique.

Gary Foxcroft, directeur de programme pour l'organisation Stepping Stones Nigeria, a expliqué lors d'un récent débat organisé par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés que la croyance envers les esprits et la sorcellerie était répandue dans de nombreuses régions du monde.

« Ce ne sont pas ces croyances elles-mêmes qui constituent une préoccupation pour la protection. Toutefois elles le deviennent quand elles aboutissent à des abus et à des violations des droits humains », a-t-il expliqué. Son organisation travaille auprès des enfants au Nigéria qui ont été physiquement et mentalement abusés, coupables d'être des soi-disant sorciers.

Le fait d'être accusé de sorcellerie peut aboutir à l'horreur : les sorciers présumés sont souvent battus et ils sont victimes de traitements épouvantables de la part de leurs parents ou de leurs proches, car ces derniers les tiennent pour responsables de tous les malheurs qui s'abattent sur leur famille ou leur communauté.

Les rituels d'exorcisme et les procès sous forme de supplices visant à déterminer la culpabilité ou l'innocence des présumés sorciers sont souvent brutaux et vont jusqu'à provoquer la mort de l'enfant. Dans des cas extrêmes, des enfants ont été privés de nourriture, ils ont été ébouillantés avec de l'huile ou de l'eau, ils ont été forcés à s'asseoir sur un feu ou, même, on leur a planté des clous dans le crâne.

« Une fois qu'un enfant a été stigmatisé en tant que sorcier », a expliqué Gary Foxcroft, « il ou elle est rejeté par sa famille et par sa communauté. »

Des religieux gagnent leur vie en exorcisant ces soi-disant sorciers et ils font payer des montants exorbitants à ceux qui leur demandent ce rituel. Selon l'expérience de Gary Foxcroft, les membres les plus vulnérables d'une société les enfants et les personnes âgées sont souvent les victimes de ces accusations.

Il a indiqué que ce sont les femmes qui sont majoritairement accusées de sorcellerie plutôt que les hommes. Dans certains pays africains, comme la Tanzanie, les albinos sont victimes de meurtres rituels car certaines parties de leur corps possèderaient des pouvoirs surnaturels.

Bien qu'elles soient souvent associées aux pays africains, il a été fait état de violences relatives aux allégations de sorcellerie partout ailleurs dans le monde. Au Royaume-Uni par exemple, des cas relatifs à des abus ou à des meurtres d'enfants sorciers ont fait les gros titres ces dernières années.

En 2000, Victoria Climbié, âgée de huit ans et originaire de Côte d'Ivoire, a été victime d'abus et elle a été assassinée par des proches car elle aurait été possédée par le démon.

L'année suivante, le buste d'un petit Africain, connu seulement sous le nom d'Adam, a été retrouvé dans la Tamise. Il aurait été victime d'un meurtre rituel. En 2005, trois adultes ont été déclarés coupables de cruauté sur un enfant après avoir abusé de « l'enfant B » durant des mois car il était un « sorcier ».

Une récente recherche mandatée par le HCR a eu pour but d'examiner le lien entre les accusations de sorcellerie et le déplacement forcé. « Une étude documentaire approfondie sur des revues, des documents internes du HCR et des journaux a montré que des accusations de sorcellerie mènent à la violence et aux persécutions partout dans le monde », peut-on lire dans le rapport.

Jill Schnoebelen, chargée de réinstallation au HCR et auteur de ce rapport, a établi que « les travailleurs des organisations internationales et des ONG doivent être avertis de la ténacité des croyances en sorcellerie ainsi que de la menace très réelle qu'elles peuvent représenter pour les individus. Par ailleurs, ils doivent être prêts à assurer une protection via le suivi, le transfert et des campagnes de sensibilisation. »

Jeff Crisp, chef du service de l'évaluation et de l'élaboration de la politique générale au HCR, a noté que dans certains pays, « les accusations de sorcellerie constituent des problèmes de protection des réfugiés parmi les plus graves rencontrés par le HCR. »

Malgré la gravité de ce problème et son étendue à l'échelle mondiale, des experts comme Gary Foxcroft restent optimistes sur le fait que la violence relative à la sorcellerie puisse être solutionnée via une combinaison entre l'éducation, des campagnes de sensibilisation et une législation. Il a appelé à une conférence mondiale sur les abus relatifs à la sorcellerie, où des experts et toutes les parties concernées à travers le monde pourraient échanger des informations, discuter des meilleures pratiques et établir des réseaux.

Par William Spindler à Genève

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