La Grèce face aux flux de la migration mixte

Articles d'actualité, 19 janvier 2009

© Ministry of Mercantile Marine/J.Vahlotis
Des boat people débarquent à terre après avoir été interceptés par un navire garde-côtes grec.

MYTILINI, Grèce, 19 janvier (UNHCR) Le nombre des migrants irréguliers et des demandeurs d'asile, détenus l'année dernière sur l'île grecque de Lesvos après avoir effectué la traversée depuis la Turquie, a plus que doublé entre le chiffre de 6 147 observé en 2007 et celui de 13 252 en 2008, incluant des milliers d'enfants.

Une augmentation du nombre d'arrestations s'élevant à près de 70 000 dans tout le pays durant les sept premiers mois de 2008 en comparaison du chiffre de 60 000 pour la même période en 2007 et de 40 000 pour toute l'année 2005 a aussi été observée dans de nombreuses autres îles de la mer Egée. Cette augmentation met à rude épreuve les infrastructures.

« Lesvos est le point d'entrée principal [en terme du nombre d'arrivants] pour les migrants irréguliers », a expliqué Pavlos Voyiatzis, le préfet de Lesvos, au HCR durant une visite dans l'île en 2008.

Il faisait référence aux personnes déterminées qui effectuent la traversée, de courte durée mais souvent dans une mer démontée, depuis la Turquie sur des bateaux rouillés ou des dériveurs en fibre de verre. Certains prennent la mer de nuit ou lorsque la mer est forte, et l'année dernière au moins 61 personnes sont mortes ou sont portées disparues en tentant la traversée, en comparaison du chiffre de 160 en 2007.

Nombre de ceux qui arrivent sur les côtes grecques sont des migrants économiques, mais un nombre significatif de personnes ont besoin d'une protection internationale après avoir fui le conflit ou la persécution dans leur pays d'origine. Très peu soumettent une demande d'asile dans leur lieu d'arrivée soit seulement 25 à Lesvos en 2008.

« Ils ne demandent pas le statut de réfugié pour de nombreuses raisons. Ils veulent se rendre soit à Athènes soit dans d'autres pays de l'UE [Union européenne] », a expliqué Panagiotis Samaras, le directeur adjoint de la sécurité à Lesvos, ajoutant qu'un grand nombre d'arrivants espérait éviter le système d'asile grec car, en cas d'arrestation ultérieure dans un autre pays de l'Union européenne, ils pourraient être expulsés de nouveau vers la Grèce pour que leur demande d'asile y soit traitée.

Tous ceux qui sont arrivés à Lesvos sont placés en détention et ils font l'objet d'une décision d'expulsion (qu'ils ait besoin de protection ou non), mais celle-ci est rarement appliquée. Ceux qui soumettent une demande d'asile à Lesvos passent davantage de temps en détention, mais tous sont en fin de compte transférés à Athènes, où 95 pour cent des demandes d'asile sont déposées.

Il y a un seul centre de détention à Lesvos et le nombre croissant d'arrivants met à rude épreuve cette infrastructure, qui est située à Pagani près de Mytilini, la capitale de Lesvos. Le centre a une capacité de 280 personnes. Néanmoins quand une équipe du HCR s'est rendue sur place en novembre, on y comptait 990 personnes. Un centre séparé ouvert pour les mineurs non accompagnés peut accueillir 96 enfants.

Des hommes, des femmes et des enfants sont maintenus en détention à Lesvos durant des semaines, et dans certains cas durant des mois, car l'administration accuse du retard dans le traitement de leur dossier.

En plus d'une surpopulation élevée, des organisations non gouvernementales et d'autres observateurs font état de violations des droits humains subies par les détenus à Pagani qui n'ont pas le droit de sortir dans la cour chaque jour. Les autorités disent ne pas avoir suffisamment de surveillants pour contrôler à la fois les périodes de promenade et les détenus restés à l'intérieur.

Les observateurs disent aussi que les conditions d'hygiène et les systèmes d'assainissement sont insuffisants, avec environ 150 personnes devant se partager l'usage d'une salle de bains et d'un WC. De ce fait, ils disent que les risques d'épidémie et de maladies sont très élevés. De plus, il y a un seul médecin pouvant gérer les urgences.

Le HCR a lancé plusieurs appels aux autorités grecques pour obtenir la fermeture du centre de Pagani et l'ouverture de nouvelles installations qui respectent les normes minimales du droit international pour les centres de détention. Les autorités reconnaissent ce problème.

« Pagani était approprié il y a deux ans, mais il est devenu clairement insuffisant avec l'augmentation marquée du nombre des arrivées », a expliqué Pavlos Voyiatzis, le préfet de Lesvos. « Nous avons obtenu le feu vert pour un nouveau centre de détention ayant une capacité de 1 000 personnes, mais il ne sera pas prêt avant au moins 18 mois. »

Le préfet a indiqué qu'il recherchait des solutions à moyen terme incluant le transfert des personnes vers des logements temporaires pour améliorer les conditions à Pagani, qui ont suscité des manifestations, des grèves de la faim et des menaces de suicide en juin dernier. Peu après, les autorités de l'île ont annoncé la création d'un centre spécifique pour mineurs dans le village pittoresque d'Agiasos.

La création de cet établissement ouvert, situé à environ 35 kilomètres au nord de Mytilini, est un développement positif parmi les 13 252 personnes détenues l'année dernière à Lesvos se trouvaient 3 649 mineurs, dont nombre d'entre eux étaient non accompagnés.

Les enfants peuvent y rester aussi longtemps qu'ils le souhaitent lorsque le HCR s'est rendu sur place l'année dernière, certains d'entre eux étaient présents depuis quatre mois. Beaucoup ont des proches dans des pays de réinstallation comme l'Australie, le Canada, les Pays Bas et le Royaume-Uni. Un juriste employé au centre recherche des solutions pour que ces enfants puissent rejoindre leurs proches.

Le problème des flux de migration mixte irrégulière vers la Grèce ne devrait cependant pas ralentir en 2009, ce qui signifie que le gouvernement devra encore améliorer ses installations pour gérer les arrivées supplémentaires. De plus, la situation à Pagani est similaire à celle de nombreuses autres parties de la Grèce comme l'île voisine de Samos, où un nouveau centre de détention a plus que doublé sa capacité initiale de 300 personnes.

Dans le port de Patras, à l'ouest du pays, des milliers de personnes venant de l'Asie centrale, de l'Afrique et du Moyen-Orient vivent dans des huttes faites de déchets, de morceaux de cartons et de plastique. Une action est nécessaire pour garantir leur dignité en améliorant leurs conditions de vie.

Par Ketty Kehayioylou à Mytilini, Grèce

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Au-delà de la frontière

En 2010, la frontière entre la Grèce et la Turquie est devenue le point d'entrée principal vers l'Union européenne pour les migrants irréguliers et les demandeurs d'asile, avec plus de 132 000 nouveaux arrivants. Certains sont des migrants en quête d'une vie meilleure, tandis que d'autres fuient la violence et la persécution dans des pays comme l'Afghanistan, l'Erythrée, l'Iraq ou la Somalie. Le voyage est périlleux et de nombreuses noyades sont à déplorer lors des tentatives de traversée de la Méditerranée ou de la rivière Eros entre la Grèce et la Turquie à bord de frêles embarcations. Les insuffisances du système d'asile grec sont exacerbées par la charge imposée par des dizaines de milliers de personnes dans l'attente de l'examen de leurs demandes d'asile. Les centres de réception pour les nouveaux arrivants, y compris des demandeurs d'asile, sont grandement insuffisants. L'année dernière, des équipes du HCR se sont rendues dans plusieurs de ces centres surpeuplés où hommes, femmes et enfants étaient détenus dans des pièces exiguës et manquant d'infrastructures. Le HCR travaille avec le Gouvernement grec pour améliorer son système d'asile et a appelé les autres Etats européens à apporter leur soutien à la Grèce.

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A la dérive vers l'Italie

Chaque année, la mer Méditerranée - une destination estivale parmi les plus prisées en Europe - se transforme en cimetière. Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants s'y noient, au cours de leur tentative désespérée pour atteindre des pays de l'Union européenne (UE).

La distance entre l'île italienne de Lampedusa et la côte libyenne est tout juste de 290 kilomètres. En 2006, quelque 18 000 personnes ont traversé ce bras de mer - la plupart dans des embarcations gonflables équipées de moteurs hors-bord. Certains cherchaient du travail, d'autres voulaient retrouver des membres de leur famille ou d'autres encore fuyaient la persécution, le conflit ou les violences. Ils n'avaient pas d'autre choix que celui de fuir, en quête de sécurité, via des itinéraires clandestins.

Parmi ceux qui ont réussi à atteindre Lampedusa, quelque 6 000 d'entre eux ont demandé l'asile. Et près de la moitié ont été reconnus comme réfugiés ou ont obtenu la protection des autorités italiennes.

En août 2007, les autorités à Lampedusa ont ouvert un nouveau centre de réception pour assurer que les personnes arrivant par bateau ou secourues en mer soient accueillies dans la dignité, et hébergées de façon appropriée, et qu'elles puissent recevoir des soins de santé.

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Un « Hôtel » 0 étoile que les demandeurs d'asile appellent « maison » à Dijon

La France est l'une des principales destinations pour les demandeurs d'asile en Europe, avec quelque 55 000 nouvelles demandes d'asile en 2012. Compte tenu du nombre croissant de demandeurs, beaucoup de villes françaises sont confrontées à une pénurie sévère d'hébergements pour demandeurs d'asile.

Le gouvernement essaie de s'attaquer à ce problème et a annoncé, en février 2013, la création de 4 000 places supplémentaires dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile financés par l'État. Cependant de nombreux demandeurs d'asile sont toujours obligés de dormir à la rue ou d'occuper des bâtiments vides. L'un de ces bâtiments, surnommé « Hôtel Réfugiés » par ses occupants de passage, se trouve dans la banlieue de la ville de Dijon, dans l'est de la France. Il illustre la situation critique de l'hébergement.

L'ancien abattoir héberge environ 100 demandeurs d'asile, originaires principalement du Tchad, du Mali et de Somalie, mais aussi de Géorgie, du Kosovo et d'autres pays d'Europe de l'Est. La plupart sont des hommes seuls, mais il y a aussi deux familles.

Dans ce bâtiment vide, froid, humide et infesté de rats, les tuyaux fuient et l'électricité fonctionne de manière sporadique. Il n'y a qu'un seul lavabo, deux robinets d'eau potable, aucune salle de bain et aucune cuisine. Les demandeurs d'asile dorment dans les anciennes chambres froides. Les autorités ont essayé de fermer le squat plusieurs fois. Ces images, prises par le photographe britannique Jason Tanner, montrent l'état épouvantable du bâtiment et représentent les personnes qui l'appellent leur « maison ».

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L'année dernière, plus de 13 000 personnes sont arrivées à Lampedusa en Italie. Beaucoup d'autres sont mortes durant la tentative de traversée. De jeunes hommes originaires du continent africain aux familles syriennes…. Tous partagent le même rêve…. de sécurité et de stabilité en Europe.
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