L'Afghanistan à la croisée des chemins : les rapatriés afghans vivent sous la tente

Articles d'actualité, 17 novembre 2008

© HCR/R.Arnold
Six mois après leur retour en Afghanistan, Qayum et sa famille sont toujours considérés comme des étrangers et l'endroit où ils vivent est connu sous le nom de Mohajir Qeshlaq, « le village de réfugiés ».

SHOLGARA, Afghanistan, 17 novembre (UNHCR) L'étiquette de réfugiés leur colle à la peau. Après 23 ans d'exil au Pakistan, Qayum et sa famille sont rentrés chez eux dans le nord de l'Afghanistan il y a six mois. A ce jour, ils sont toujours considérés comme des étrangers et l'endroit où ils vivent est connu sous le nom de Mohajir Qeshlag, « le village des réfugiés » en dari, la langue locale.

Il est clair que Qayum et quelque 150 familles d'ethnie pachtoune rentrées en même temps que lui ne s'intègrent pas facilement dans le tissu social du district de Sholgara dans la province de Balkh située au nord de l'Afghanistan. Ce groupe traditionnellement nomade sillonnait la région avec son bétail, ses membres ont perdu leurs terres ancestrales lorsqu'ils ont cherché refuge dans le village de Jalozai au Pakistan, dans les années 80.

Avant la fermeture de Jalozai cette année, ils avaient négocié l'achat d'un terrain dans le district de Sholgara. Mais à leur retour fin mai, des membres de la tribu locale ont protesté et ils ont empêché le déchargement de leurs camions.

En fin de compte, les autorités provinciales les ont transférés vers le site où ils se trouvent actuellement, à Mohahir Qeshlaq près du centre du district de Sholgara, malgré des protestations de groupes ethniques ouzbèques et arabes se trouvant à proximité. Toutefois les tensions ethniques ne sont pas le seul problème.

« Au Pakistan, les gens disent que la paix a été rétablie en Afghanistan », a dit Qayum, âgé de 35 ans, alors qu'il était assis à côté de sa mère, sa femme et leur cinq enfants sous une tente du HCR à Mohajir Qeshlaq. « Mais à notre retour, il n'y avait ni terrain ni eau. Mes enfants allaient à l'école au Pakistan, mais ici c'est difficile d'aller à l'école si nous n'avons pas de carte d'identité. »

Le gouvernement leur a promis des terres, mais tant que les carrés de terrain ne sont pas délimités et distribués, personne ne peut construire des bâtiments permanents. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés et ses partenaires ont distribué de la nourriture d'urgence et des articles de secours aux familles indigentes, mais il est déjà trop tard cette année pour commencer à construire des logements car il n'y a pas assez de soleil pour sécher les briques et les murs.

Il n'y a pas non plus d'eau en quantité suffisante pour répondre aux besoins élémentaires. Chaque jour, le gouvernement envoie plusieurs citernes d'eau sur le site. Les enfants de Qayum remplissent des jerrycans et rapportent l'eau dans la tente pour la toilette et la cuisine. Aziza, la benjamine de la famille, se démène pour porter plus que son propre poids. Malgré cela, ils doivent souvent faire deux heures de marche pour aller encore chercher de l'eau à la rivière Sholgara.

Les seuls emplois disponibles se trouvent dans les champs de maïs situés à proximité. La famille de Qayum fait partie des chanceux qui trouvent du travail ici. Akim, le fils de 11 ans, coupe et récolte les pousses de maïs dans le champ pour 100 afghanis (2 dollars) par jour. Son père et sa sœur Mastura, âgée de neuf ans, nettoient les épis un par un. Ils ne sont pas payés pour cette tâche, mais ils reçoivent un épi sur 20 nettoyés.

Le déjeuner, composé de maïs et de thé léger, est pris dans la tente qu'ils considèrent comme leur maison. Qayum distribue deux épis de maïs par personne, et détache les grains un par un du sien, les salant abondamment pour leur donner du goût. Sa mère, âgée de 70 ans, est visiblement absente.

« Le Ramadan est terminé, mais j'observe toujours le jeûne », a-t-elle dit plus tard, pour expliquer comment elle fait face au manque de nourriture. Mais cela ne l'arrête pas dans son travail : « Ils me donnent de la laine venant du marché et je file les fibres. Cela me prend cinq à six jours pour produire un kilo de fil de laine et je gagne 40 afghanis (80 cents) par jour pour cela. »

Au Pakistan, Qayum et son fils aîné Akhtar travaillaient dans une briqueterie alors que la femme et la mère de Qayum cousaient et capitonnaient des tissus à la maison. « Les salaires étaient bien plus élevés au Pakistan », a soupiré Akhtar. « Nous travaillions à la briqueterie depuis l'aube jusqu'à la tombée de la nuit, et notre paie s'élevait à 300 ou 400 roupies [près de cinq dollars] par jour. »

En fait, il s'est rendu au Pakistan peu après son rapatriement en mai dernier. « J'ai rejoint un groupe et nous sommes retournés travailler à la briqueterie près de Jalozai. Nous habitions dans l'enceinte de l'usine mais nous avons été arrêtés par la police, car nous ne disposions pas de documents d'identité. J'ai toutefois gagné une bonne somme d'argent en deux ou trois mois. »

Akhtar, âgé de 15 ans, s'est joint à une vague d'hommes valides ayant quitté l'Afghanistan rural pour trouver du travail ailleurs. La pauvreté et le manque d'opportunités pour les moyens d'existence poussent un grand nombre à retourner dans leurs anciens pays hôtes, au Pakistan et en Iran, souvent en tant que travailleurs illégaux risquant d'être arrêtés et expulsés de force.

Interrogés sur ses projets de retour éventuel au Pakistan, il a expliqué que le harcèlement de la police s'était avéré dissuasif. « Je prévois plutôt d'aller à Kaboul. J'ai entendu qu'ils recherchent des briquetiers là-bas. Je vais me reposer quelques jours car je sais que, dès le début, ce travail sera harassant. »

Sa famille sera triste de le voir partir, mais elle a d'autres soucis en tête. « Les gens nous disent que l'hiver sera dur », a dit Qayum. « Nous n'avons pas connu d'hiver pendant 23 ans, le temps était beaucoup plus clément au Pakistan. Nos vêtements ne sont pas assez chauds. Et nous n'avons pas de couvertures. »

Le HCR va fournir du matériel d'équipement pour les conditions hivernales afin de les aider ces prochains mois. Une fois les litiges fonciers résolus, l'agence procédera aussi au creusement de puits et fournira un hébergement d'assistance de deux pièces aux familles les plus vulnérables de Mohajir Qeshlag. Toutefois fournir des terrains et des logements ne suffira pas à transformer ce « village de réfugiés » en ce que ces rapatriés pourront vraiment appeler leur maison.

Ce mercredi, le HCR et le Gouvernement afghan organisent conjointement une conférence internationale de haut niveau à Kaboul sur le retour et la réintégration concernant les possibilités d'assurer un retour durable pour des personnes comme Qayum et sa famille.

Par Vivian Tan à Sholgara, Afghanistan

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