Golfe d'Aden : des dizaines de morts et de disparus ; des boat people en nombre croissant

Articles d'actualité, 4 novembre 2008

© HCR/A.Fazzina
Une femme trempée et éreintée sur une plage yéménite, reconnaissante d'être encore en vie après avoir dû nager un kilomètre à la fin de son voyage dans le golfe d'Aden.

GENEVE, 4 novembre (UNHCR) Selon de récentes informations, au moins 12 personnes se seraient noyées ce week-end dans le golfe d'Aden. Par ailleurs, l'agence des Nations Unies pour les réfugiés a annoncé mardi que le nombre des réfugiés et des migrants, ayant traversé le golfe d'Aden et la Méditerranée par la mer dans les dix premiers mois de 2008, est plus élevé que le nombre total observé pour toute l'année 2007.

Le porte-parole du HCR, Ron Redmond, a indiqué aux journalistes à Genève que près de 40 personnes, parmi 115 désespérés transportés à bord d'un bateau de passeurs dans le golfe d'Aden depuis la Somalie, ont été contraintes de sauter par-dessus bord dimanche en pleine mer au large des côtes du Yémen.

« Quelque 12 corps ont déjà échoué sur la plage d'Alam et 28 autres personnes sont toujours portées disparues. Les 75 boat people survivants sont arrivés au centre de réception du HCR à Ahwar où ils reçoivent de l'aide » a-t-il dit, ajoutant qu'une personne est décédée à Ahwar, suite aux graves blessures infligées par les passeurs. D'autres personnes sont traitées pour des blessures, notamment à la tête.

Les survivants ont expliqué que lorsque le bateau était en vue des côtes yéménites mais toujours en haute mer, les trafiquants ont exigé davantage d'argent de la part de tous les passagers, qui avaient déjà payé 100 dollars chacun avant le départ. Ceux qui n'ont pas pu payer ce supplément ont été sévèrement battus par les passeurs et près de 40 personnes principalement des Ethiopiens ont été jetés par-dessus bord malgré leurs appels à la clémence.

Par ailleurs, Ron Redmond a indiqué que le nombre des réfugiés et des migrants ayant traversé la Méditerranée et le golfe d'Aden cette année ont déjà dépassé les totaux observés pour toute l'année 2007 dans plusieurs régions.

Selon les estimations du HCR basées sur des sources officielles ou officieuses, à la fin du mois d'octobre 2008, près de 30 000 boat people sont arrivés sur les côtes italiennes, en comparaison avec le nombre de 19 900 qui étaient arrivés pendant toute l'année 2007. Au même moment, le nombre de personnes qui auraient trouvé la mort ou qui seraient portées disparues en mer au cours du voyage vers l'Italie ou Malte (509) pour les 10 premiers mois de 2008 est déjà plus élevé que le total (471) de 2007.

A Malte, près de 2 600 boat people sont arrivés au cours des neuf premiers mois de cette année depuis l'Afrique du Nord, en comparaison avec les 1 800 personnes arrivées sur l'ensemble de l'année 2007.

Dans le cas de la Grèce, des chiffres sont disponibles seulement pour les sept premiers mois de 2008, mais ils montrent la même tendance qu'en Italie et à Malte. Environ 15 000 personnes sont arrivées en Grèce continentale ou dans les îles de la mer Egée entre janvier et juillet 2008, en comparaison des 19 900 arrivées observées pendant toute l'année 2007.

Les arrivées en Espagne continentale et dans les îles Canaries [via l'est de l'Atlantique] à la fin du mois d'octobre 2008 (10 700) sont également plus élevées que pendant la même période l'année dernière (9 100 pour les 10 premiers mois de 2007), mais elles restent inférieures par rapport à l'ensemble de l'année 2007 (18 000 arrivées).

Le nombre de réfugiés dans ces mouvements mixtes de populations, qui incluent aussi des migrants économiques, varie de façon importante d'un pays à un autre et selon les périodes de l'année. Dans le cas de l'Italie, un tiers de ceux qui sont arrivés illégalement par la mer l'année dernière ont fait une demande d'asile (soit quelque 7 000 personnes). En moyenne, à peu près la moitié des demandeurs d'asile en Italie sont reconnus comme réfugiés ou reçoivent une autre forme de protection.

A Malte, près de 80 pour cent de ceux qui arrivent par la mer demandent l'asile et près de 60 pour cent d'entre eux, en moyenne, sont reconnus comme ayant besoin de protection internationale. Ils reçoivent soit le statut de réfugié soit une autre forme de protection. A l'opposé de ceux qui atteignent l'Italie ou Malte, quelque trois pour cent seulement des boat people qui arrivent sur les plages espagnoles demandent l'asile.

En plus de la Méditerranée, le HCR attire l'attention depuis un certain temps sur la crise humanitaire se déroulant dans le golfe d'Aden, traversé chaque année par des dizaines de milliers de personnes fuyant la corne de l'Afrique une région ravagée par la guerre civile, l'instabilité politique, la famine et la pauvreté en quête de protection au Yémen ou plus loin encore.

Au cours des premiers 10 mois de l'année 2008, plus de 38 000 personnes ont effectué la périlleuse traversée en bateau depuis la Somalie vers le Yémen. Cela représente une augmentation considérable par rapport aux 29 500 personnes qui avaient entrepris ce même voyage durant toute l'année 2007. Cette année, plus de 600 personnes auraient déjà trouvé la mort ou seraient portées disparues dans le golfe d'Aden. L'an dernier, le nombre de morts était de 1 400.

En 2007, environ deux tiers de ceux qui sont arrivés vivants au Yémen ont cherché une assistance auprès du HCR. Le Yémen a accepté depuis des années des Somaliens en tant que réfugiés prima facie, mais l'accès à la protection des réfugiés demeure plus difficile pour les demandeurs d'asile originaires d'Ethiopie.

Le HCR intensifie sa réponse en renforçant les conditions de réception pour ceux qui réussissent à arriver au Yémen et, parallèlement, en améliorant les conditions de vie des personnes vivant dans la corne de l'Afrique, en répondant aux besoins de protection, de façon à ce qu'elles n'aient pas besoin de risquer leur vie en effectuant la traversée vers le Yémen.

Parallèlement, le HCR et ses partenaires discuteront des problèmes de migration mixte, notamment des traversées clandestines dans le golfe d'Aden, en Méditerranée et dans l'est de l'Atlantique, durant une réunion la semaine prochaine à Dakar au Sénégal. Le HCR a développé un Plan d'action en 10 points sur la protection des réfugiés et les mouvements migratoires mixtes qui établit certains domaines dans lesquels l'agence estime que des initiatives doivent être mises en œuvre et pour lesquels elle peut apporter une expertise.

Par Hélène Caux et William Spindler à Genève

• FAITES UN DON •

 

• COMMENT NOUS AIDER • • RESTEZ INFORMÉS •
Asile et migration

Asile et migration

Tous dans le même bateau : les défis de la migration mixte à travers le monde.

Migration mixte

Les migrants diffèrent des réfugiés, mais ces deux populations voyagent parfois côte à côte.

Magazine Réfugiés N° 148

Magazine Réfugiés N° 148

Réfugié ou migrant ? Pourquoi cette question compte

Migration internationale

Le lien qui existe entre les mouvements de réfugiés et les migrations plus larges fait l'objet d'une attention croissante.

Crise somalienne

Les taux élevés de malnutrition chez les réfugiés somaliens imposent d'agir sans attendre

Donnez pour cette urgence

Crise dans la corne de l'Afrique

Des dizaines de milliers de Somaliens fuient le conflit et la sécheresse vers Djibouti, l'Ethiopie et le Kenya.

Le rythme d'arrivée des réfugiés somaliens au Kenya est alarmant

Les trois camps de Dadaab, dont la capacité d'accueil était initialement prévue pour 90 000 personnes, comptent désormais une population d'environ 250 000 civils somaliens, ce qui fait de ce complexe accueillant des réfugiés l'un des plus grands et des plus surpeuplés au monde. Le HCR craint l'arrivée de dizaines de milliers d'autres réfugiés en 2009 dans cette région isolée située au nord-est du Kenya, alors que la situation continue à se détériorer dans leur pays en proie à des troubles.

Les ressources, comme l'eau et la nourriture, se réduisent dangereusement dans les camps surpeuplés, avec parfois 400 familles se partageant l'usage d'un robinet d'eau. Il n'y a plus de place pour monter de nouvelles tentes, et les nouveaux arrivants doivent partager des abris déjà surpeuplés avec d'autres réfugiés.

Début 2009, le Gouvernement kényan a donné son accord pour allouer des terres supplémentaires à Dadaab, ce qui permettra d'héberger quelque 50 000 réfugiés. Les photos ci-après montrent les conditions de vie dans le camp de Dadaab en décembre 2008.

Le rythme d'arrivée des réfugiés somaliens au Kenya est alarmant

Traite d'êtres humains dans le Golfe d'Aden

Fin mars, au cours d'une période de six jours, plus de 1 100 Somaliens et Éthiopiens sont arrivés sur le territoire yéménite, après avoir traversé le Golfe d'Aden à bord de bateaux de passeurs depuis Bossasso, en Somalie. Au moins 28 personnes sont mortes lors de ces voyages - d'asphyxie, des coups reçus ou de noyade - et plusieurs ont été gravement blessées par les trafiquants. D'autres souffrent de problèmes dermatologiques en raison d'un contact prolongé avec de l'eau de mer, des excréments, de l'essence ou d'autres produits chimiques.

Au cours d'une récente visite au Yémen, la Haut Commissaire assistante pour la protection, Erika Feller, s'est engagée à mieux faire connaître cette situation, à lancer un appel pour des fonds supplémentaires et pour une action internationale afin de venir en aide au Yémen, et à développer des projets qui amélioreront les conditions de vie et l'autosuffisance des réfugiés au Yémen.

Depuis janvier 2006, le Yémen a reçu près de 30 000 personnes originaires de Somalie, d'Éthiopie et d'autres pays, alors que plus de 500 personnes sont mortes pendant leur traversée. Au moins 300 sont également portées disparues. L'UNHCR aide déjà le Yémen en fournissant de l'assistance, des soins et un logement à plus de 100 000 réfugiés qui se trouvent dans le pays.

Traite d'êtres humains dans le Golfe d'Aden

Kenya : largages aériens pour les camps de réfugiés affectés par les inondations

Ce week-end, l'UNHCR a commencé, avec l'aide de l'armée américaine, le largage aérien d'urgence d'environ 200 tonnes de biens de secours destinés aux milliers de réfugiés affectés par de graves inondations dans les camps de réfugiés de Dadaab au nord du Kenya.

Ces largages aériens offrent un spectacle impressionnant. Un avion cargo C-130 a largué, à chaque rotation, 16 tonnes de bâches en plastique, de moustiquaires, de tentes et de couvertures, au-dessus d'un site préalablement évacué de toute présence humaine et animale. Des réfugiés ont ensuite chargé le matériel dans des camions pour l'acheminer vers les camps.

Dadaab, un complexe de trois camps accueillant quelque 160 000 réfugiés, principalement originaires de Somalie, a été coupé du monde par un mois de fortes pluies qui ont emporté la seule route permettant de relier les camps isolés depuis la capitale kenyane, Nairobi. Le transport aérien s'est avéré la seule solution pour faire parvenir les secours vers les camps.

L'UNHCR a transféré 7 000 réfugiés parmi les plus touchés depuis Ifo vers le camp d'Hagadera, à quelque 20 kilomètres plus loin. 7 000 autres réfugiés ont été transférés vers un nouveau site, appelé Ifo 2, situé plus en altitude.

Kenya : largages aériens pour les camps de réfugiés affectés par les inondations

Somalie : La fuitePlay video

Somalie : La fuite

Des milliers de personnes ont fui la ville portuaire de Kismayo en Somalie et, malgré le départ des militants, beaucoup ont choisi de ne pas rentrer.
Somalie : Les touk-touks de GalkayoPlay video

Somalie : Les touk-touks de Galkayo

Des touk-touks ont été offerts à un groupe de déplacés internes somaliens qui vivent dans la ville de Galkayo, ce qui leur facilite la vie.
Somalie : Retour à ZanzibarPlay video

Somalie : Retour à Zanzibar

Un groupe de familles rentre à Zanzibar en Tanzanie après avoir vécu en exil pendant plus de 10 ans à Mogadiscio en Somalie.