500 km de trajet en moins pour les Zimbabwéens en quête d'asile en Afrique du Sud

Articles d'actualité, 7 août 2008

© HCR/P.Rulashe
Des Zimbabwéens en quête d'asile rentrent illégalement en Afrique du Sud par la brousse.

MUSINA, Afrique du Sud, 7 août (UNHCR) Absalom Moyo* est vraiment soulagé depuis qu'il a obtenu sa carte de demandeur d'asile. « C'est comme un rêve devenu réalité », s'exclame-t-il. Il est récemment arrivé en Afrique du Sud illégalement, fuyant la violence sévissant dans son Zimbabwe natal.

« Recevoir cette carte aussi rapidement a vraiment été surprenant. Elle marque pour moi la fin de la terrible expérience que je vivais depuis mon arrivée en Afrique du Sud », dit-il, en montrant la carte à l'origine de son soulagement et qui lui permet de ne plus rester sans cesse sur le qui-vive.

Absalom Moyo fait partie des centaines de Zimbabwéens qui ont récemment bénéficié de l'initiative du ministère de l'intérieur visant à établir la Section 22 des cartes de demandeurs d'asile à Musina, à seulement 12 kilomètres du point de passage de la frontière du Pont Beit. Musina est une ville frontalière près de laquelle un grand nombre de personnes franchissent, dans la brousse, une fragile clôture pour entrer en Afrique du Sud illégalement.

Auparavant, ils risquaient l'arrestation ou la reconduite à la frontière après avoir parcouru plus de 500 kilomètres ou davantage encore pour arriver à Pretoria ou à Johannesburg et se faire enregistrer.

« Avec le nombre croissant de Zimbabwéens arrivés dans cette ville en quête de protection internationale, ce que nous avons vu ici nous a convaincus du besoin urgent d'améliorer l'accès aux procédures d'asile », explique Camilla Kragelund, chargée de protection à l'UNHCR à Musina.

Il suffit de demander à Absalom Moyo ce que subit un demandeur d'asile ordinaire. Il a fui des menaces de mort qu'il recevait de la part des jeunes Zanu PF du Zimbabwe ces dernières semaines, pour se retrouver dans une situation encore plus difficile après avoir franchi illégalement la frontière.

Comme de nombreux Zimbabwéens entrant illégalement en Afrique du Sud à travers les vastes plaines de brousse, Absalom Moyo a été victime des fameux gangs Gumaguma des groupes de maraudeurs armés qui exploitent la vulnérabilité des hommes et les femmes zimbabwéens comme eux. Absalom Moyo a été attaqué par sept Gumaguma qui lui ont volé les quelques possessions de valeur qu'il avait cachées sur lui.

« Ils m'ont donné de vieilles chaussures et un vieux sac de maïs pour tout vêtement et j'ai continué mon voyage vers Musina », se rappelle-t-il avec colère et frustration. « En tout et pour tout, j'avais 57 dollars et quelques dollars Zimbabwéens, ils m'ont tout pris ! »

Absalom Moyo a retrouvé sa dignité grâce à un sympathique maraîcher qui a eu pitié de lui, alors qu'il arrivait près de Musina, et qui lui a donné un pantalon et une chemise. Il s'est ensuite rendu à l'église anglicane de Nancefield, un bidonville situé à environ trois kilomètres de Musina, pour éviter de se faire repérer, d'être arrêté puis reconduit à la frontière par la police et les employés de l'immigration sud-africains, avant même d'avoir obtenu sa carte de demandeur d'asile.

Il a eu la chance de pouvoir arriver à Musina. Auparavant, les demandeurs d'asile arrivant en Afrique du Sud par le Pont Beit devaient se rendre à Pretoria, à 500 kilomètres pour demander le statut de réfugié.

« C'est loin si vous arrivez ici sans rien et c'est encore plus loin si vous entrez dans le pays illégalement et que vous n'avez aucun document d'identité », dit Camilla Kragelund de l'UNHCR.

Les réfugiés et les demandeurs d'asile, qui voyagent jusqu'à Pretoria ou Johannesburg, risquent réellement d'être arrêtés et reconduits à la frontière. L'UNHCR plaide depuis longtemps pour un accès meilleur et plus facile aux procédures d'asile à Musina et, avec une augmentation du nombre d'arrivées de Zimbabwéens dans cette ville, le ministère de l'intérieur a ouvert un bureau pour les réfugiés en juillet 2008.

« Ils ont répondu remarquablement vite », a dit Camilla Kragelund. Quatre employés chargés de la réception de réfugiés et quatre autres chargés de la détermination du statut de réfugié ont été recrutés à Pretoria et Johannesburg et, en trois jours ouvrés, ils ont ouvert un bureau fonctionnel qui a commencé à traiter les dossiers de demande d'asile.

« Ce fut incroyablement rapide et, depuis, nous voyons qu'ils peuvent recevoir environ 300 demandes d'asile par jour », ajoute Camille Kragelund. « C'est un rythme très soutenu et ils travaillent vraiment efficacement. »

La seule inquiétude pour l'UNHCR actuellement concerne le système d'asile à Musina. Celui-ci va rapidement être saturé par des personnes qui ne sont pas qualifiées pour obtenir le statut de réfugié.

« Il y a des personnes qui vivaient à Musina depuis plusieurs années et qui ne sont pas des réfugiés », dit Camille Kragelund. « Elles n'ont pas fui les persécutions, mais elles sont arrivées en Afrique du Sud il y a plusieurs années, à la recherche d'un travail. Beaucoup n'ont pas de statut légal et elles essaient d'utiliser le système d'asile pour légaliser leur séjour dans le pays. »

Absalom Moyo considère qu'il fait partie des chanceux. En se rendant à l'église catholique romaine de Nancefield où il espère recevoir une couverture et un colis de nourriture, un don de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, il est déjà en train de prévoir son prochain départ.

« Maintenant j'ai besoin de trouver du travail pour me faire un peu d'argent », dit-il en marchant d'un bon pas vers l'église. « Cela veut dire que je peux maintenant essayer de reconstruire ma vie peut-être à Johannesburg ou au Cap ! »

Par Pumla Rulashe à Musina

* le nom a été changé pour des questions de protection

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Invisibles en Afrique du Sud

En mars 2011, le HCR a lancé un projet avec l'organisation non gouvernementale sud-africaine, Lawyers for Human Rights (LHR- Avocats pour les droits de l'homme), pour traiter de la question de l'apatridie. Les objectifs spécifiques du projet étaient de fournir directement des services juridiques aux apatrides et aux personnes risquant de le devenir, d'aborder avec le gouvernement la nécessité de réformer la loi pour prévenir et réduire les cas d'apatridie, de sensibiliser à la question des apatrides et de leurs droits et de plaider pour la ratification des conventions des Nations Unies de 1954 et de 1961 relatives à l'apatridie.

LHR avait conçu ce projet un an plus tôt après avoir observé qu'un grand nombre de demandeurs d'asile nés Zimbabwéens leur faisaient part de leurs difficultés pour trouver du travail, étudier ou créer une entreprise - activités autorisées selon le droit sud-africain. Ils expliquèrent à LHR que lorsqu'ils ont demandé un passeport zimbabwéen, nécessaire pour accéder à ces droits, les fonctionnaires du Consulat les ont informés qu'ils n'étaient plus reconnus comme citoyens zimbabwéens. Ceci en réalité les rendait apatrides.

Depuis le commencement du projet, LHR a rencontré plus de 2 000 personnes apatrides ou risquant de le devenir. Ces personnes sont originaires de plus de 20 pays différents. L'ONG a identifié plusieurs catégories de personnes rencontrant des difficultés en Afrique du Sud, que ce soit des migrants ou des personnes nées dans le pays.

La série de photos qui suit présente certaines des personnes qui ont été, ou sont, aidées par le projet. Les portraits ont été réalisés par le photographe Daniel Boshoff. Certaines personnes ont demandé que leur nom soit modifié.

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Afrique du Sud: En marche vers la coexistence

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays d'Afrique où les réfugiés et les demandeurs d'asile enregistrés bénéficient légalement d'une liberté de mouvement ainsi que de l'accès aux services sociaux et aux emplois au même titre que les citoyens.

Mais si ces droits sont garantis par la loi, ils sont parfois ignorés dans la pratique. Les réfugiés et les demandeurs d'asile se voient souvent rejetés par les employeurs ou mis en compétition avec les citoyens les plus pauvres pour obtenir les pires emplois - en particulier ces dernières années, quand des millions de personnes ont fui les difficultés politiques et économiques survenant dans des pays comme le Zimbabwe. La récession économique mondiale n'a pas aidé.

Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

A Atteridgeville, une ville située en bordure de la capitale Pretoria - et théâtre de l'une des pires situations de violence - des commerçants sud-africains et somaliens, aidés par le HCR, ont négocié un accord détaillé pour régler le contentieux commercial initial ayant conduit à l'embrasement des magasins tenus par des Somaliens. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés soutient également l'action de la Fondation Nelson Mandela visant à lutter contre la xénophobie.

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