Les Zimbabwéens rencontrent des difficultés dans leur quête d'asile en Afrique du Sud

Articles d'actualité, 11 juillet 2008

© HCR/J.Oatway
A travers les fils de fer barbelés : A Musina, en Afrique du Sud à la frontière avec le Zimbabwe.

MUSINA, Afrique du Sud, 11 juillet (UNHCR) L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a fait part vendredi de sa préoccupation sur l'insuffisance de la procédure de détermination du statut de réfugié pour les personnes fuyant la violence politique au Zimbabwe, faisant ainsi craindre l'expulsion forcée pour des personnes ayant une crainte fondée de persécution.

Le nombre des Zimbabwéens fuyant vers l'Afrique du Sud a augmenté considérablement ainsi que le nombre des expulsions depuis la tenue des élections générales et présidentielles au mois de mars. La répression qui a suivi sur les membres de l'opposition à travers le Zimbabwe a exacerbé la situation, qui s'est encore détériorée depuis le tour de scrutin présidentiel ayant eu lieu à la fin juin.

Durant les derniers 40 jours, l'Afrique du Sud a renvoyé quelque 17 000 Zimbabwéens via le point de passage frontière de Beit Bridge, en dépit des précédents appels de l'UNHCR demandant la suspension des expulsions forcées.

L'UNHCR avec des groupes de défense des réfugiés et des organisations pour les droits de l'homme indiquent que les Zimbabwéens arrivant en Afrique du Sud doivent surmonter des obstacles importants dans leur quête d'asile. « Le gouvernement devrait faire davantage pour les aider », en accord avec ses engagements juridiques internationaux, a dit Sanda Kimbimbi, délégué régional de l'UNHCR.

Sur les 35 000 Zimbabwéens qui ont demandé l'asile en Afrique du Sud en 2006 et 2007, seulement 500 d'entre eux se sont vu accorder le statut de réfugié, selon les statistiques officielles. Une autre indication de l'évolution de la situation de réfugiés est l'affluence grandissante de Zimbabwéens environ 3 000 à 4 000 qui approchent le bureau d'enregistrement des réfugiés de Crown Mines à Johannesbourg les jeudis et vendredis, des jours réservés aux demandeurs d'asile zimbabwéens.

L'UNHCR a renforcé sa présence à la frontière et ses employés chargés de la protection se rendent chaque jour au centre de détention de Musina pour identifier des demandeurs d'asile zimbabwéens et référer leurs cas aux autorités compétentes.

« Il y a tant de gens qui, chaque jour, sont expulsés de force. Il nous est tout simplement impossible d'interviewer 95 pour cent d'entre eux », a dit Camilla Kragelund, chef du bureau de l'UNHCR à Musina. « Les seuls Zimbabwéens qui sont reconnus en tant que réfugiés sont ceux qui rentrent en contact avec l'UNHCR ou nos partenaires », a-t-elle ajouté.

Des travailleurs humanitaires dans les villes frontalières commencent à voir une évolution dans le schéma du déplacement zimbabwéen. Alors que 90 pour cent de ceux qui arrivaient en Afrique du Sud dans le passé étaient des jeunes hommes célibataires en quête d'un avenir économique meilleur, les nouveaux arrivants comptent de plus en plus de familles fuyant la violence politique.

« Nous observons une évolution de la tendance, nous voyons maintenant arriver des familles entières, qui comptent de nombreux blessés et qui recherchent l'asile », a dit Thandi Hadebe, chef du bureau du Service Jésuite des Réfugiés (JRS) dans la ville de Mahkado (Louis Trichardt), située au sud de la frontière. Depuis début juin, cette organisation a aidé sur place quelque 300 à 400 Zimbabwéens par jour.

A Musina, il y a une présence visible de Zimbabwéens manifestement en situation difficile. « Nombre d'entre eux ont désespérement besoin d'aide. Certains arrivent après plusieurs jours de marche, ils sont affamés et exténués », a dit le père Adrian McHugh, dont l'église donne de la nourriture aux nouveaux arrivants.

A l'Eglise catholique romaine de Nancefield, une ville proche de Musina, des mères et leurs enfants font la queue pour recevoir des paquets contenant de la nourriture. Nombre des Zimbabwéens ont vécu de terribles expériences. « Ils parlent de meurtres et de coups ; ils ont des blessures profondes, des bleus. Leurs jambes et leurs pieds sont enflés », a dit Debra Sibanda, une employée de l'église.

La majorité des Zimbabwéens entrent en Afrique du Sud via des points de frontière non autorisés. Ils doivent éviter les patrouilles de sécurité et les barrages établis par la police, parer aux bandes criminelles qui opèrent à la frontière, traverser le fleuve Limpopo infesté de crocodiles et d'hippopotames et franchir des clôtures de fils de fer barbelés. Ceux qui font le voyage craignent d'être arrêtés et d'être reconduits à la frontière et nombre d'entre eux demeurent dans la clandestinité, ce qui les rend plus vulnérables aux viols et aux vols.

A Campbell, une municipalité près de Musina, des équipes de l'UNHCR ont rencontré un groupe mixte de Zimbabwéens arrivés récemment, dont la majorité d'entre eux dormaient à même le sol dans la brousse, avec seulement une couverture ou deux pour se protéger des froideurs de l'hiver. Nombre d'entre eux étaient des étudiants, parmi lesquels Prosper, qui a participé aux manifestations anti-gouvernementales.

La police a répondu en harcelant systématiquement des meneurs supposés de la rébellion et des sympathisants de l'opposition. L'étudiant a montré de profondes coupures sur la tête et des signes de violence physique sur le corps qui lui aurait été infligée par la police zimbabwéenne. « La situation s'est aggravée et les attaques pour motif politique devenaient courantes », a-t-il dit.

Se sentant menacé, il a décidé de fuir vers l'Afrique du Sud fin avril avec trois autres étudiants. « Nous sommes arrivés à la frontière la nuit. Nous avons marché dans la brousse et avons traversé la frontière par le fleuve Limpopo. C'était risqué et l'un des étudiants qui était avec nous, s'est ... noyé. » Des bandits leur ont aussi dérobé leurs possessions.

Parallèlement, le Haut Commissaire pour les réfugiés António Guterres a réitéré son appel à l'Afrique du Sud de mettre un terme aux renvois à la frontière des Zimbabwéens et d'assurer que les demandeurs d'asile aient accès aux procédures nationales d'asile. L'UNHCR continue de demander avec insistance à l'Afrique du Sud de garantir exceptionnellement aux Zimbabwéens un statut juridique temporaire leur permettant de rester dans le pays, une option qui est prévue dans la législation nationale sud-africaine.

On compte actuellement plus de 138 000 réfugiés et demandeurs d'asile enregistrés en Afrique du Sud, originaires d'un grand nombre de pays. Des Zimbabwéens auraient aussi cherché refuge dans d'autres pays.

Par Yusuf Hassan à Musina, Afrique du Sud

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Invisibles en Afrique du Sud

En mars 2011, le HCR a lancé un projet avec l'organisation non gouvernementale sud-africaine, Lawyers for Human Rights (LHR- Avocats pour les droits de l'homme), pour traiter de la question de l'apatridie. Les objectifs spécifiques du projet étaient de fournir directement des services juridiques aux apatrides et aux personnes risquant de le devenir, d'aborder avec le gouvernement la nécessité de réformer la loi pour prévenir et réduire les cas d'apatridie, de sensibiliser à la question des apatrides et de leurs droits et de plaider pour la ratification des conventions des Nations Unies de 1954 et de 1961 relatives à l'apatridie.

LHR avait conçu ce projet un an plus tôt après avoir observé qu'un grand nombre de demandeurs d'asile nés Zimbabwéens leur faisaient part de leurs difficultés pour trouver du travail, étudier ou créer une entreprise - activités autorisées selon le droit sud-africain. Ils expliquèrent à LHR que lorsqu'ils ont demandé un passeport zimbabwéen, nécessaire pour accéder à ces droits, les fonctionnaires du Consulat les ont informés qu'ils n'étaient plus reconnus comme citoyens zimbabwéens. Ceci en réalité les rendait apatrides.

Depuis le commencement du projet, LHR a rencontré plus de 2 000 personnes apatrides ou risquant de le devenir. Ces personnes sont originaires de plus de 20 pays différents. L'ONG a identifié plusieurs catégories de personnes rencontrant des difficultés en Afrique du Sud, que ce soit des migrants ou des personnes nées dans le pays.

La série de photos qui suit présente certaines des personnes qui ont été, ou sont, aidées par le projet. Les portraits ont été réalisés par le photographe Daniel Boshoff. Certaines personnes ont demandé que leur nom soit modifié.

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Afrique du Sud: En marche vers la coexistence

L'Afrique du Sud est l'un des rares pays d'Afrique où les réfugiés et les demandeurs d'asile enregistrés bénéficient légalement d'une liberté de mouvement ainsi que de l'accès aux services sociaux et aux emplois au même titre que les citoyens.

Mais si ces droits sont garantis par la loi, ils sont parfois ignorés dans la pratique. Les réfugiés et les demandeurs d'asile se voient souvent rejetés par les employeurs ou mis en compétition avec les citoyens les plus pauvres pour obtenir les pires emplois - en particulier ces dernières années, quand des millions de personnes ont fui les difficultés politiques et économiques survenant dans des pays comme le Zimbabwe. La récession économique mondiale n'a pas aidé.

Durant cette dernière décennie, quand la situation est devenue plus difficile, les réfugiés des villes sont parfois devenus la cible de frustrations de la population locale. En mai 2008, des violences xénophobes ont éclaté à Johannesburg et se sont rapidement propagées à d'autres parties du pays, causant la mort de plus de 60 personnes et le déplacement d'environ 100 000 autres.

A Atteridgeville, une ville située en bordure de la capitale Pretoria - et théâtre de l'une des pires situations de violence - des commerçants sud-africains et somaliens, aidés par le HCR, ont négocié un accord détaillé pour régler le contentieux commercial initial ayant conduit à l'embrasement des magasins tenus par des Somaliens. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés soutient également l'action de la Fondation Nelson Mandela visant à lutter contre la xénophobie.

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