Questions/Réponses : Retour au Soudan d'un ancien « lost boy »

Articles d'actualité, 2 mai 2008

© HCR
Valentino Achek Deng durant la Journée mondiale du réfugié à San Francisco en juin 2007.

NAIROBI, Kenya, 2 mai (UNHCR) Séparé de sa famille quand il était enfant, lors d'une attaque menée contre son village durant la guerre civile au Soudan, Valentino Achak Deng a fui à pied avec un groupe de jeunes garçons, pour trouver en fin de compte la sécurité dans des camps de réfugiés en Ethiopie et au Kenya. Ce groupe est devenu célèbre, sous le nom des « lost boys » du Soudan, et en 2001, nombre d'entre eux ont été réinstallés aux Etats-Unis. Valentino a publié une biographie romancée, devenue un best-seller, « What is the What » racontant les difficultés auxquelles il a été confronté en tant que réfugié dans le camp de Kakuma au nord-ouest du Kenya et à son arrivée aux Etats-Unis. Le chargé d'information de l'UNHCR Tim Irwin s'est entretenu par téléphone avec Valentino se trouvant alors à Nairobi, au cours de l'un de ses voyages fréquents depuis sa ville natale Marial Bai au Sud-Soudan.

Sur quel projet travaillez-vous au Sud-Soudan ?

Je suis actuellement engagé dans la construction du complexe d'une école secondaire. C'est un projet que j'ai financé via une organisation à but non lucratif que j'ai créée avec Dave Eggers, qui a écrit « What is the What », sous-titré l'Autobiographie de Valentino Achak Deng. Nous voulions pouvoir aider notre pays. En 2003, après 16 ans passés hors de mon pays, je suis venu rendre visite à ma famille dans mon village natal. J'ai découvert que je n'étais pas trop mal loti parmi les victimes de la guerre civile soudanaise.... Les pires victimes de la guerre civile sont les personnes qui sont restées au Soudan durant le conflit, et j'ai voulu les aider. Alors nous avons créé la fondation [Valentino Achak Deng] et nous avons utilisé les revenus générés par la vente du livre pour construire une école secondaire, une bibliothèque et un centre communautaire.

Vous avez été hébergé au camp de Kakuma durant près de 10 ans. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

C'était une vie faite de souffrances diverses. Tout d'abord, je n'avais aucune famille à Kakuma. Ma famille, c'était la communauté de réfugiés et l'UNHCR, qui gérait le camp. J'avais de nombreux amis : des employés soudanais, éthiopiens, rwandais, kényans et aussi des réfugiés originaires de nombreux pays.

Au niveau de la sécurité, Kakuma était un site protégé par les Nations Unies. Parfois, des groupes isolés, issus du banditisme local, attaquaient le camp et tuaient des gens, mais cela n'avait rien à voir avec la situation que j'avais fuie au Soudan. J'ai grandi pour devenir un leader et un éducateur.... C'est à Kakuma que je suis allé à l'école pour la première fois. L'UNHCR finançait plus de 21 écoles primaires et trois écoles secondaires et j'ai pu en bénéficier. J'ai aussi bénéficié des activités de loisirs qui étaient financées par les Nations Unies. C'est grâce à cela que je suis devenu un leader communautaire dans le camp.

A quels défis avez-vous été confrontés en arrivant aux Etats-Unis ?

Dans les premiers jours, l'adaptation a été un défi [après des années de survie grâce à l'aide des Nations Unies au camp de Kakuma].... Aux Etats-Unis, je devais payer mon loyer, acheter ma nourriture et trouver du travail. J'ai trouvé un emploi au bas de l'échelle. Même si je gagnais une somme d'argent importante en comparaison de ce que j'avais à Kakuma, ce n'était pas suffisant pour vivre. J'étais inquiet. Deviendrais-je un sans domicile fixe ? Comme pourrais-je financer mes études ? J'ai considéré cela comme un défi à relever.

Pourquoi vouliez-vous raconter votre histoire et comment avez-vous rencontré Dave Eggers ?

Je ne prévoyais pas de raconter mon histoire. Je savais que j'étais un réfugié ... et à Atlanta, j'ai rejoint une organisation locale appelée la Fondation des « lost boys ». Ils avaient un programme où les réfugiés étaient formés pour parler avec la communauté locale des écoles secondaires, des collèges et des universités. J'étais habitué à faire cela à Kakuma, alors j'ai commencé à y participer. J'ai réalisé qu'il était nécessaire de faire savoir ce qui se passait au Soudan.

Parfois, je parlais dans l'école secondaire locale. Mais je voulais faire encore davantage ; Je voulais faire connaître mon histoire par un livre. Alors j'ai demandé à Mary Williams, qui avait créé la Fondation des « lost boys » à Atlanta, de m'aider à trouver un écrivain qui pourrait rédiger ma biographie. Elle m'a recommandé à Dave et c'est ainsi que nous avons commencé à travailler sur le livre.

Pourquoi avez-vous décidé de romancer votre histoire ?

Nous y travaillions comme si cela était des mémoires. J'étais très jeune quand je suis parti de chez moi et je ne me rappelais pas de tout. A un certain moment, nous avons réalisé que nous devrions faire preuve de créativité pour raconter correctement mon histoire.

Avez-vous rencontré des réfugiés rapatriés au Sud-Soudan ?

Oui, il y a beaucoup de gens de Kakuma qui sont rentrés dans mon village ou dans leur pays. Ils sont contents d'être rentrés.... Ils peuvent maintenant se concentrer sur la reconstruction de leur vie et de leurs maisons. Ils vont très bien. Ils ont rapporté de nouvelles compétences après avoir vécu dans un pays étranger. De nombreux anciens réfugiés travaillent maintenant pour le gouvernement. Kakuma a vu naître une génération de Sud-Soudanais qui pourraient devenir des dirigeants au Sud-Soudan.

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L'UNHCR et ses partenaires continuent de former et de rémunérer les instituteurs au sein des 12 camps de réfugiés, assurant ainsi une éducation de qualité aux enfants réfugiés. Les ONG partenaires entretiennent les écoles et fournissent les uniformes aux écoliers. L'UNICEF distribue des livres, des cahiers et des fournitures. En août 2007, l'UNHCR, l'UNICEF et le Ministère de l'éducation tchadien ont travaillé conjointement pour améliorer l'éducation des Soudanais déracinés par le conflit au Darfour.

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La plupart des réfugiés, notamment les enfants et les personnes âgées, sont arrivés très affaiblis dans les camps. Or, les pluies incessantes ont tendance à exacerber la situation, les flaques d'eau se transformant vite en foyer d'incubation de moustiques porteurs du paludisme. Qui plus est, un simple rhume suffit pour que l'état de malnutrition modérée dont souffrent les enfants et personnes âgées se transforme en malnutrition sévère.

C'est dans le camp de Yusuf Batil, dans le Comté de Maban, que la situation se fait la plus critique puisque 15 % des enfants de moins de cinq ans y souffrent de malnutrition aiguë.

Le HCR et ses partenaires font tout leur possible pour prévenir et lutter contre la maladie. Dans le camp de Yusuf Batil, 200 professionnels de la santé des communautés vont de foyer en foyer afin d'enseigner aux réfugiés les règles d'hygiène de base, telles que la nécessité de se laver les mains ou encore comment reconnaître les signes de maladie. S'ils en ont besoin, les enfants reçoivent des aliments nutritifs tels que des Plumpy'nut. Un hôpital spécialisé dans le traitement de patients atteints du choléra a d'ailleurs ouvert ses portes. Parallèlement, des moustiquaires ont été distribuées dans tous les camps à des fins de prévention du paludisme.

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